Il s’agit du volume consacré aux Principes de la philosophie du droit dans une collection récente de « guides de lecture » des grands textes de la philosophie. La difficulté de présenter ce texte si riche en un nombre de pages limité contraint à des choix de présentation drastiques. L’auteur a ainsi décidé d’analyser en détail les premières sections de l’ouvrage, les plus courtes, laissant au lecteur le soin de lire seul les parties dédiées à la société civile et l’État qui en constituent pourtant la plus grande part. Son argument est qu’une fois qu’ont été fixées les définitions originales de l’autonomie et du droit chez Hegel, les analyses plus concrètes peuvent s’aborder sans guide. Il faut avant tout souligner la réussite de l’exposition. L’auteur parvient à définir de manière claire mais toujours juste l’originalité, la sophistication et la force des positions hégéliennes, tout autant pour les questions générales concernant la rationalité et la normativité en politique et en histoire qu’en ce qui concerne des questions plus précises comme la responsabilité ou l’action. Plus qu’un résumé, c’est un livre de philosophie à part entière, dans ses premiers chapitres surtout, qui parvient à reformuler les thèses hégéliennes en des expressions conceptuelles simples et précises. En particulier, l’auteur montre clairement en quoi la position hégélienne est une alternative forte au libéralisme politique. Mais le souci de rester abordable produit aussi certaines limitations. Ce n’est pas seulement que les exemples utilisés, à force d’être banals, peuvent parfois manquer l’étendue des enjeux (ainsi, le soutien à une équipe de football comme paradigme de Sittlichkeit). La remise de Hegel au goût du jour, suivant la tendance contemporaine, tend à restreindre sérieusement l’angle d’attaque philosophique. La politique est exclusivement abordée sous un angle normativiste qui tend à la confondre avec la morale. Ceci se vérifie déjà avec Kant puisqu’il n’est jamais fait référence à son articulation de la raison morale aux autres formes de rationalité pratique (politique, juridique et historique). Le choix de ne pas s’attarder sur les longs chapitres sur la société civile et l’État est symptomatique de cette réduction du champ. Des thématiques qui auparavant étaient centrales en philosophie politique, sur la souveraineté, les rapports entre institutions politiques ou les liens entre l’économique et le politique, et où l’apport hégélien est bien sûr immense, sont désormais ignorées. Peut-être pouvait-on réduire l’étude des premières sections pour dire quelques mots de l’originalité de Hegel sur ces questions. Il n’en reste pas moins que l’ouvrage réussit pleinement sur les points auxquels l’auteur a choisi de se restreindre.

Jean-Philippe Deranty (Université Macquarie)

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