Ce beau volume réunit 26 études sur la philosophie hégélienne, tentant de donner une vue d’ensemble de la philosophie hégélienne tout en proposant des échantillons significatifs de la recherche actuelle, principalement française. Les contributions sont choisies en sorte qu’elles introduisent à Hegel tout en traitant à chaque fois d’un autre aspect de sa pensée, permettant par là aux auteurs de faire connaître leurs positions « de principe » parfois divergentes. Plusieurs auteurs viennent très récemment de publier des ouvrages sur Hegel, comme Gwendoline Jarczyk (2006), Jean-François Kervégan (2007), Gilles Marmasse (2008) et André Stanguennec (2006). Bernard Mabille, dans son étude sur le prétendu dogmatisme de Hegel, montre que sa philosophie est au contraire le système articulé des thèses « dogmatiques », c’est-à-dire « unilatérales », ou tout simplement tranchées (p. 82). Cela ne revient pas à un relativisme, voire à un scepticisme, pour la simple raison que Hegel élabore une totalité, articulée, des positions dogmatiques ou unilatérales, où l’une ne vaut pas l’autre, même si toutes sont appelées à se dissoudre. La lecture de l’« épistémologie » hégélienne par Emmanuel Renault prolonge cette réflexion dans la mesure où elle montre de quelle façon une théorie des théories peut néanmoins devenir théorie des objets par le seul fait d’articuler des savoirs d’entendement et de faire ainsi apparaître leur sens plein « dans leur propre lumière » (p. 377-379), ce qui veut dire à la lumière de la Vernunft, si celle-ci est l’articulation des positions unilatérales. Emmanuel Cattin médite sur le langage, en reprenant l’étude ancienne de Josef Simon. Il met l’accent sur les figures d’intersubjectivité étudiées dans la Phénoménologie de l’esprit (la certitude sensible, le conseil…) ainsi que sur la fonction constitutive du langage pour la formation du Je, dans la mesure où le langage seul prononce et produit le Je qui, de son côté, n’est pas une substance au-delà de sa manifestation (p. 203-204). Le rôle performatif du langage est aussi au centre dans l’article de Michel Dalissier sur « la description de la chose », surtout dans la Phénoménologie de l’esprit. Dans la contribution de Catherine Malabou, consacrée au « vouloir ce qui est », l’idée d’action est reconstruite à partir de la dialectique inhérente au vouloir en tant que tel. La volonté selon Hegel, comme volonté de soi, ne rencontre jamais le « grand Autre » (lacanien), parce qu’elle se retrouve toujours elle-même dans son objet. Mais cette absence d’Autre est un fait positif qui détermine la volonté à chercher non pas l’Autre, mais l’Être (p. 251), remarque fort suggestive et qui appelle la controverse. La référence à la psychanalyse lacanienne est très présente ensuite dans l’étude serrée de Jean-Marie Vaysse sur la figure de la mort chez Hegel. Le volume contient en outre des contributions de Jean-François Marquet (sur la structure syllogistique de l’histoire), Jean-Louis Vieillard-Baron (sur la structure tragique de la vie), Luc Trabichet (sur le dépassement du mal), Marcel Conche (réédition du commentaire aux § 135-141 de l’Encyclopédie), Jean-Christophe Goddard (Hegel sur Spinoza), Jean-Pierre Zarader (sur quelques parallèles entre Hegel et l’œuvre cinématographique de Tavernier), Myriam Bienenstock (sur l’idéalisme hégélien en politique), Norbert Waszek (sur le mariage), Jean-Marie Lardic (sur l’actualité et le statut de l’ordre « éthique » au sens hégélien dans la philosophie pratique), Maxence Caron (introduction générale à la philosophie politique de Hegel), suivies de cinq contributions plus spécifiquement centrées sur des questions de philosophie de la religion : Christophe Bouton, Gwendoline Jarczyk, Pierre-Jean Labarrière, Emilio Brito et André Leonard. Le tout s’achève sur une postface de Bernard Bourgeois qui médite sur la diversité des interprétations au regard de la parole de Hegel.
Bruno Haas (Université de Paris I)
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