Quel est le rôle de la volonté dans la constitution du concept hégélien d’esprit de la maturité ? Telle est la question qui est à la base de la recherche minutieuse de Mariafilomena Anzalone, née de sa thèse de doctorat. Cette recherche, par une reconstruction précise du débat sur l’homme développé dans l’anthropologie du siècle des Lumières, fait apparaître l’attention originaire du jeune Hegel aux questions psychologiques. En reconstruisant les rapports du philosophe avec les penseurs qui lui sont contemporains, l’auteur met bien en évidence la préférence hégélienne pour une vision organique de la subjectivité par rapport à l’idée d’un conflit des facultés en l’homme. Elle montre aussi que « la dimension naturelle, sensible, n’est pas entendue comme un facteur à réprimer, mais comme le lieu dont il faut partir pour éduquer et former l’individu » (p. 5). On comprend ainsi que le discours sur la psychologie qui va être élaboré dans la période de Nuremberg trouve ici ses préliminaires. Ce parcours généalogique, qui s’appuie sur une bibliographie riche et détaillée, fait également interagir les textes hégéliens avec les réflexions sur l’homme et sur la volonté que propose à la même époque la Populärphilosophie de Mendelssohn, Feder, Campe et Garve – mais qui sont aussi présentes, quoique dans une perspective différente, dans le débat que Rapp et Flatt introduisent au Stift de Tübingen sur les mobiles moraux et le rôle du sentiment dans la détermination pratique de la volonté.
À partir de ces développements comparatifs, la recherche s’attache plus particulièrement, dans la seconde partie, à l’évolution de l’idée hégélienne de volonté. Il s’agit des réflexions de la période d’Iéna au sein desquelles l’auteur souligne le rôle que l’impulsion (Trieb), comprise en lien avec l’acte volontaire, exerce, elle aussi, dans l’explication du rapport entre individu et communauté. Anzalone montre comment l’amour, la reconnaissance, mais aussi les rapports économiques et juridiques sont vus par Hegel comme les phénomènes de la manifestation de la volonté, capables de conférer une réalité effective aux connaissances que la philosophie des Lumières avait maintenues dans l’abstraction. La nouvelle vision de la subjectivité conduit en effet Hegel à mettre au centre de la constitution de l’individu, mais aussi de la communauté, la volonté qui, loin de se présenter comme une pure abstraction, apparaît à présent comme le contenu principal de l’esprit. Il s’agit donc d’une recherche originale, conduite avec lucidité et maîtrise argumentative, et pleinement inscrite dans la recherche la plus actuelle sur le sujet.
Stefania Achella (Università di Napoli Federico II)
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