Ce livre cherche à « développer une connaissance philosophique de la souffrance ». Il ne s’agit donc pas d’un livre d’histoire de la philosophie, mais d’un projet métaphysique centré sur les notions de souffrance, culpabilité et liberté. L’auteur conçoit la souffrance comme un moyen « d’accès réel et existentiel à la liberté ». L’homme qui souffre (homo patiens) est un être libre et spirituel. Sa liberté est constituée par l’acte créateur et d’amour d’un Dieu libre. La passivité transcendantale de la souffrance conduit l’homme vers Dieu, car celui-ci peut lui pardonner et le délivrer du mal. La souffrance humaine est alors le chemin vers le Christ.

Le livre est divisé en trois parties, dont la première propose une analyse « anthropologique de la souffrance ». L’auteur cherche à montrer que les interprétations somatique et psychique de la souffrance ont leurs limites dans la transcendance spirituelle de la personne humaine. L’homme souffre dans son esprit. Ce phénomène échappe également à une simple analyse phénoménologique (Levinas) de la condition humaine. Une fois qu’il a constaté la faiblesse de ces méthodes, l’auteur va chercher chez Thomas d’Aquin la source « d’inspiration » pour comprendre la souffrance. La deuxième partie, la plus longue du livre, est alors un commentaire sur les Quaestiones disputatae de Malo. L’auteur suit le texte de près, mais il l’interprète selon ses propres intérêts. Sans grande surprise, ce sont les notions de péché, peine et cause finale qui retiendront l’attention. La troisième partie est alors le moment « d’application de la métaphysique du mal de saint Thomas à la souffrance ». Si l’explication de l’existence du mal dans le monde se fait par rapport à l’ens, car le mal n’a pas de réalité ontologique et si la souffrance est un mal, alors elle ne doit pas être comprise comme une réalité, mais comme liée à la condition de l’homme. Quelle condition ? L’auteur s’efforce de montrer qu’il s’agit bel et bien de la condition métaphysique de l’homme. Mais on se demande si pour lui la métaphysique n’est pas, au bout de compte, identique à la théologie chrétienne, dans la version qui lui est particulière.

Alfredo Storck