Blaise de Parme est l’un des principaux philosophes italiens de la fin du XIVe et du début du XVe siècle. Si G. Federici Vescovini a depuis longtemps contribué à la connaissance de cet auteur par ses nombreuses études, son œuvre restait largement inédite. Il faut donc se féliciter de voir mis à notre disposition le plus important des ouvrages de logique de cet auteur, édité par J. Biard, G. Federici Vescovini, O. Rignani et V. Sorge. Il s’agit du cours de logique professé par Blaise de Parme à Padoue et à Bologne (entre 1378 et 1388), qui consiste en commentaire par questions sur les Summulae logicales de Pierre d’Espagne.
L’introduction fournit les outils essentiels à une juste compréhension du texte. Après un bref rappel de la vie et l’œuvre du maître de Parme, où l’on rappelle non seulement son séjour à Paris mais sa dette philosophique envers les théories de Buridan ou de ses successeurs, les éditeurs précisent le statut de la logique dans l’épistémologie de Blaise, ce qui est l’occasion de quelques remarques sur sa théorie de la connaissance. Les éditeurs décrivent ensuite la théorie de la signification et de la supposition mise en œuvre dans l’ouvrage, quoique aucun traité spécial n’y soit consacré. Blaise de Parme semble ici fortement influencé par Jean Buridan (dont il retient la division bipartite de la supposition en personnelle et matérielle, mais dont il néglige la théorie de la supposition naturelle) et Pierre d’Ailly. Puis, en suivant l’ordre même du texte de Blaise, sont abordées les questions touchant au statut des prédicables et des catégories, et pour finir des consequentiae et des argumentations topiques. Le maître italien apparaît ici mener à son terme l’absorption du syllogisme dans les conséquences initiée par Burley.
Outre l’importance historique de ce texte qui témoigne de la diffusion italienne des positions nominalistes, tant ockhamistes que buridaniennes, et qui ne fut pas sans influence, comme le rappellent les éditeurs, sur le dialectique de Lorenzo Valla, il faut souligner l’intérêt proprement philosophique des thèses de Blaise de Parme. Ainsi, c’est en développant une théorie de l’acte psychologique d’assertion que se trouve résolue la question logique de la vérité des propositions, dont le maître italien fait usage pour résoudre des sophismes. Cet intérêt pour la théorie de la connaissance comme support aux problèmes de logique se retrouve également dans les développements initiaux sur la notion de science (premier traité, questions 1-3) et sur la notion de vox qui permet une réflexion sur la capacité représentative du langage.
L’ouvrage contient un index des noms et des œuvres citées, mais pas d’index des notions ni, ce qui est regrettable, de table des sophismes que Blaise de Parme introduit dans ses questions.
Christophe Grellard