Ce livre est un ouvrage de vulgarisation dont le but est clairement avoué : réhabiliter la place de la culture arabe et en particulier des sciences de langue arabe dans l’histoire culturelle mondiale. Les recherches de ces cinquante dernières années ont montré, en effet, qu’il fallait réévaluer l’importance des activités des scientifiques de langue arabe dans l’histoire des sciences. En particulier, l’idée, communément admise, selon laquelle la civilisation arabo-musulmane ne se réduit qu’à un moment de transition entre la civilisation grecque et celle de l’Europe de la Renaissance, est fausse. Entre le IXe et le XVe siècle, période la plus florissante de la civilisation arabo-musulmane, tous les domaines des sciences connurent des développements originaux très importants.

L’ouvrage commence par une présentation des grandes lignes de l’avènement et de l’essor de l’empire musulman. A. Djebbar retrace l’histoire de la civilisation arabo-musulmane, jugeant que les activités scientifiques s’inscrivent dans un contexte culturel, sociologique, politique, économique, qu’il est nécessaire de connaître. Certains de ces facteurs permettent, en effet, de comprendre l’émergence de tels problèmes, le développement ou la disparition de telles activités. Par ailleurs, l’auteur rappelle comment l’empire musulman sut tirer profit des très vieilles civilisations dont il avait conquis les territoires ou avec lesquelles il était en contact, en particulier les civilisations perse, byzantine, indienne.

Dans un deuxième chapitre, il est question de la place des sciences dans l’empire musulman. A. Djebbar évoque la question du lien entre sciences et islam. Il montre en particulier comment les premières études critiques du Coran et plus généralement du corpus religieux et, en liaison avec elle, les travaux sur la langue arabe, ont permis le développement d’un discours rationnel sur les textes qui sera ensuite appliqué à d’autres domaines comme la justice ou la politique. Il évoque ensuite la place des scientifiques dans la vie de la cité, l’organisation de l’enseignement, et le rôle de l’arabe comme langue scientifique à l’intérieur de tout l’empire.

Le troisième chapitre traite des apports des autres civilisations à la constitution de la civilisation arabo-musulmane. A. Djebbar ne parle pas ici de transmission mais d’appropriation. Il montre comment de simples citoyens, ou des représentants politiques, mus par leurs intérêts intellectuels, politiques, économiques ou autres, sont allés à la recherche de textes, d’informations, de savoir-faire, etc. Ce phénomène d’appropriation peut prendre trois formes : une transmission orale, des techniques de calcul ou des savoir-faire des artisans par exemple, la lecture directe des textes grecs, syriaques ou autres, la traduction en arabe de ces ouvrages. A. Djebbar évoque alors les héritages et les échanges entre les différentes civilisations à l’intérieur de l’empire mais aussi à l’extérieur.

Les derniers chapitres sont consacrés aux différentes sciences : l’astronomie, les mathématiques, la physique, les sciences de la terre et de la vie et la chimie. Pour chacune d’entre elles sont évoqués les héritages des autres civilisations puis les développements et les découvertes propres aux scientifiques de langue arabe. Un portrait est dressé des acteurs les plus importants. Il faut signaler qu’une place est faite aux activités scientifiques des pays du Maghreb, qui sont peu connues voire ignorées des historiens, lesquels privilégient les activités de centres de la partie orientale de l’Empire, comme Bagdad.

Cet ouvrage est une synthèse bien documentée des travaux de recherche les plus récents. Il présente un panorama aussi complet qu’il est permis dans un tel livre de vulgarisation, et c’est un bon outil pour qui souhaite une première approche de la science arabe. Une bibliographie, à la fin de chaque chapitre, oriente les lecteurs intéressés vers des ouvrages de recherche plus spécialisés.

Sabine Rommewaux