Cet ouvrage collectif publié sous la direction de Fosca Mariani Zini propose une approche de la philosophie de la renaissance italienne au XVe siècle. Cherchant ce qui fait la spécificité de cette philosophie, l’auteur estime que c’est l’introduction d’une méthode philologique, c’est-à-dire une approche historique et critique des textes, qui constitue le commun dénominateur de cette période. Dans cette perspective, l’ouvrage se compose de trois sections : « Savoir lire » (avec des contributions de E. Kessler, M. Bollack et A. Grafton) porte sur la mise en œuvre de cette méthode philologique ; « Les controverses philosophiques » (contributions de J. Hankins, E. Rudolph, Ch. S. Celenza) examine comment cette méthode est utilisée dans un but parfois polémique contre la scolastique ; enfin « Lorenzo Valla, philologue et philosophe » (J. Monfasani, S. I. Camporeale, F. Mariani Zini) se consacre plus spécifiquement à l’œuvre de Valla.
Il va de soi qu’un tel volume constitue un apport important pour les médiévistes en raison de la forte imbrication entre le développement de la philosophie renaissante et les transformations de la scolastique italienne de cette époque. Cette imbrication se traduit à la fois par des influences plus ou moins avouées et des polémiques ou des disputes philosophiques qui témoignent bien du mélange des cultures médiévales et renaissantes par delà le « dispositif d’auto-représentation » qui caractérise les humanistes selon F. Mariani. A cet égard, on pourra se dispenser de lire la première étude, due à E. Kessler, qui accumule sur le Moyen Âge des clichés dont on croyait qu’ils appartenaient à une époque révolue. Qui peut encore prétendre de nos jours que le Moyen Âge se réduit à l’opposition entre des aristotéliciens qui cherchent l’ordre du monde dans les livres du Philosophe et des nominalistes qui sont conduits au scepticisme ? L’auteur néglige tout ce qui pourrait aller à l’encontre de sa thèse, à savoir l’humanisme comme alternative radicale à la scolastique. Peut-être aurait-il dû méditer l’avertissement de l’éditrice qui invite en introduction à dépasser le préjugé historiographique opposant philosophie de cour et philosophie d’université.
En revanche, les autres études du volume proposent une analyse fine et subtile du rapport entre philosophies médiévale et renaissante, dont il ne s’agit pas de nier les différences. A cet égard, l’étude de J. Hankins qui étudie sur un point précis la différence entre la traduction de l’Éthique due à L. Bruni et celle due à Grosseteste, et la façon dont l’humaniste dut se défendre d’attaques venant à la fois de scolastiques et des humanistes, est tout à fait remarquable. De même, les trois études sur L. Valla s’efforcent de faire justice des rapports de l’humaniste à la scolastique afin de comprendre plus précisément les transformations méthodologique et doctrinale qu’il a pu introduire. C’est seulement une fois ce travail accompli que l’on peut soutenir avec S. Camporeale que « la philologie est le meilleur instrument d’analyse d’une refondation épistémologique de toutes les branches du savoir » (p. 268).
L’ouvrage contient par ailleurs une utile bibliographie sur le Quattrocento, qui ne prétend cependant pas à l’exhaustivité, et deux index, des noms et des notions.
Christophe Grellard