Après Volontarismo e diritto soggettivo, Luca Parisoli, qui enseigne le droit à Nanterre, poursuit sa recherche d’une philosophie normative chez Duns Scot dans un livre écrit cette fois en français, même s’il laisse deviner quelque accent. Le texte est muni d’une bibliographie conséquente et d’un index des noms.
Sur les traces de Xavier Dijon et Giovanni Ambrosetti, l’auteur part à la recherche d’une philosophie normative chrétienne. Le deuxième chapitre, consacré à une théorie générale de la norme selon Duns Scot, voit dans la transposition de la distinction entre puissance absolue et puissance ordonnée de Dieu à l’homme la possibilité de constituer l’homme comme « jurislateur », source absolue du droit sur un domaine, pourvu qu’il y exerce un pouvoir absolu. L’exemple est la possibilité pour le souverain de changer la loi conformément à son vouloir (songeons à l’instauration du divorce en Angleterre). L’auteur, qui ne reprend pas ce fait anachronique, évoque toutefois parmi les dérogations celle par laquelle Dieu, qui a instauré la monogamie selon la loi naturelle, autorise la polygamie dans la loi ancienne. Reste à penser le passage de Dieu au pouvoir du « jurislateur » (chapitre III). Dans une société chrétienne, la charité garantira la conformité des volontés divine et humaine. Pourtant, la loi humaine devra s’exercer dans une société, et le chapitre IV recense chez Scot les signes normatifs dans la vie sociale. Le chapitre V en revanche prend ses distances avec son « rêve théocratique ».
Refusant les thèses de Villey qui fonde l’objectivité du droit naturel sur une nature créée par Dieu, l’auteur montre ainsi les limites historiques de l’émergence du droit subjectif dans une pensée qui, exaltant la puissance absolue de Dieu, conduisait naturellement à un absolutisme théocratique. Il entend toutefois s’en dégager pour ouvrir aux juristes de notre temps des voies d’exploration non matérialistes du fondement du droit. Mais la métaphysique chrétienne de la liberté qui fonde la normativité sur l’amour pour Dieu que l’auteur entend lire chez Scot ne suppose-t-elle pas la foi ? Conscient de l’inactualité d’un tel fondement du droit dans une société laïcisée, l’auteur suppose toutefois que l’exigence d’un fondement universel de la normativité rejoint les aspirations des théoriciens contemporains du droit.
Christian Trottmann