Divisé en cinq chapitres, ce livre met en valeur les principales originalités de la pensée de Thaddée de Parme en les situant dans le contexte historique. Le premier chapitre s’emploie à restituer ce contexte en partant des condamnations de 1270 et 1277, en évaluant le rôle du néoplatonisme arabe pour l’aristotélisme latin en général, mais surtout, partant de l’historiographie la plus récente, il restitue les principales caractéristiques de l’averroïsme latin en montrant le rôle, aux côtés de Padoue, du studium de la faculté des arts de Bologne. Il fait encore le point sur la vie et l’œuvre de Thaddée de Parme en revenant sur les problèmes d’attribution des principales Questions disputées par le maître et en précisant les manuscrits où elles se trouvent. Le second chapitre regroupe les questions de logique, d’ontologie et de métaphysique. Ce n’est pas là que se trouve la plus grande originalité du maître parmesan ; aussi les problèmes classiques des universaux, des catégories, de l’être et de l’essence sont-ils évoqués sans digressions dans ce chapitre de 25 pages. Le suivant qui fait près du double est consacré à la psychologie et constitue le cœur de l’ouvrage. Il reprend d’abord les divisions de l’âme sensible et matérielle, les rapports entre sensibles propres et sensibles communs, et la question de la réduction des sens internes au sens commun. Mais surtout il consacre un long développement à la doctrine originale de Thaddée de Parme sur le sens agent située dans le cadre du débat qui traverse sur ce sujet l’aristotélisme des XIIIe et XIVe siècles. Pour le maître parmesan, non seulement la sensation doit passer de la passivité à l’activité, mais il doit y avoir aux côtés de la faculté passive une faculté active. Le chapitre revient enfin sur la dimension intellective de l’âme et la question de la continuatio. Le suivant passe plus rapidement sur les questions de philosophie naturelle : théories des dimensions indéterminées, de la génération naturelle, des formes élémentaires… Avec le chapitre V nous retrouvons une originalité de la pensée de Thaddée de Parme déjà étudiée par G. Federici Vescovini : la classification des sciences, et en particulier la division originale des mathématiques qui se trouve dans le prologue de l’Expositio super Theorica Planetarum. V. Sorge situe ainsi l’astronomie-astrologie du Parmesan dans le cadre du débat opposant déjà à son époque « anciens » et « modernes » sur le rôle des mathématiques dans cette discipline, sans oublier la place de la mathematica prohibita, prélude aux développements renaissants sur la magie. Très bien documentée, cette monographie centrée sur Thaddée de Parme atteint son objectif plus élargi de donner une idée de l’averroïsme bolognais au début du XIVe siècle. Elle est munie d’une riche bibliographie et d’un index des noms cités.
Christian Trottmann