Les quaestiones V et VI de l’Expositio de Thomas sont celles qui glosent le début du chapitre II du De Trinitate de Boèce, où celui-ci situe la théologie dans la hiérarchisation des savoirs spéculatifs avant d’aborder l’examen de la Trinité divine. Dans une introduction de treize pages, Bertrand Souchard tente de situer la démarche thomasienne en ce domaine par rapport à celles de Platon et d’Aristote, défendant rapidement, sur une dizaine de pages assez aérées (5-14), le point de vue selon lequel Thomas apparaît, relativement à la méta-mathématique du premier et à la méta-physique du second, comme un « hypo-théologien », en ce sens que la théologie est chez lui scientifique seulement dans la mesure où elle s’appuie sur les principes d’une science des bienheureux qui lui est supérieure. Quelques prolongements succincts chez Descartes et Kant achèvent le tracé de la courbe exégétique. L’auteur ne démérite pas à conduire son analyse dans un espace pourtant trop étriqué pour lui donner sa pleine mesure. Mais il ne parvient point à en éviter tous les écueils. Commencer un paragraphe par ce jugement : « Si Descartes est bien un néoplatonicien… » (p. 13), sans préalable ni explicitation suffisante, ne peut que frustrer le lecteur. Fort heureusement, son sens de la synthèse et de la formule rattrape bien souvent une érudition bridée par des impératifs éditoriaux inadaptés à ce genre de travail. Le reste des indications introductives est partagé entre la datation relative de l’ouvrage (1256-1259), la caractérisation des deux fragments en « traités de théologie fondamentale et d’épistémologie » (p. 14-16), et une justification des choix de traduction (p. 16-18) – fondée, semble-t-il, sur l’édition de B. Decker de 1955 –, qui entend coller au texte jusqu’à en être parfois jargonnante, mais que l’absence du latin oblige à croire sur parole. Quoi qu’il en soit, elle corrige utilement les inexactitudes de la précédente version française, qui remonte à 1858. En annexe, la traduction de trois introductions de commentaires thomasiens (respectivement Éthique à Nicomaque d’Aristote, Métaphysique du même et Livre des causes). Enfin, une bibliographie très consistante et plutôt inattendue de onze pages déséquilibre l’ensemble. Lui réserver une typographie plus resserrée aurait permis au moins la présence d’un index rerum.
Alain Galonnier