La collection « Initiations au Moyen Age », publiée comme pendant français de « Eredita médievale » de Jacabook en Italie, est consacrée, rappelons-le, à l’histoire de la théologie. Jean Jolivet s’y propose de montrer que l’outillage conceptuel grec a été enrichi dans le monde arabe en fonction de représentations religieuses que partageaient les musulmans et les chrétiens. Le projet peut sembler paradoxal puisque une partie essentielle des théologiens arabes est ignorée des Latins, à la différence des philosophes. Mais, d’une part, la philosophie arabe, traduite à partir du XIIe siècle, contient des éléments de théologie, d’autre part et surtout, les spéculations des théologiens musulmans peuvent, d’une certaine manière, recouper certaines démarches de théologiens chrétiens, si bien que les théologiens chrétiens ont pu retrouver dans les textes philosophiques arabes dont ils ont eu connaissance des éléments de réponse à leurs propres interrogations.

Après un chapitre consacré à l’état de la question, Jean Jolivet distingue ainsi deux acceptions de la théologie dans le champ qui nous occupe ici. En un premier sens, il désigne la science du kalam, cherchant à prouver par des méthodes rationnelles et dialectiques les dogmes de la foi ; en un autre sens, il s’agit de « spéculations sur les choses divines de style et de contenu très différents », élaborées par les philosophes. Le chapitre consacré aux « théologiens », entendus en premier sens, contient ainsi une mise au point très utile sur la science du kalam, les étapes de son développement, ses méthodes d’argumentation rationnelle, ses principales questions sur l’unicité divine, les fins dernières ou le libre arbitre. La thèse qui sous-tend ces pages, et qui pourrait susciter discussion, est que même si leurs textes n’ont pas été transmis au monde latin, les théologiens mutazilites puis asharites ont traité les « mêmes questions » que les théologiens chrétiens. En fin de compte, cependant, Jean Jolivet souligne bien qu’elles sont traitées différemment.

A partir du deuxième chapitre, nous retrouvons les philosophes arabo-musulmans dont les écrits ont été en partie connus en Occident médiéval, notamment al-Kindi, al-Farabi, Avicenne, Averroès. Jean Jolivet insiste sur le fait que les analogies avec la théologie mutazilite (première étape du kalam) sont moins importantes que leurs différences. Dans la suite de l’ouvrage sont parcourues les étapes des traductions scientifiques et philosophiques d’ouvrages de langue arabe, puis examinés quelques cas de présence marquante de la théologie arabo-musulmane. Après un chapitre consacré à l’avicennisme au xiie siècle, sont ainsi considérés les cas de Thomas d’Aquin, de Duns Scot, puis (ce qui est moins connu) le curieux usage d’Averroès fait par Jean de Ripa.

Joël Biard