Le Collège catholique St Patrick de Maynooth (Irlande), bien avant de devenir Université en 1997, s’est fait une spécialité de l’étude du thomisme et de la philosophie scolastique. La publication d’une série de huit conférences sur la pensée de Thomas d’Aquin, données à Maynooth entre 1996 et 2001 par des professeurs du Collège, se présente comme le fruit d’une lecture et d’une réflexion séculaires dont la tradition n’a jamais quitté les lieux. Dirigé par le doyen de la faculté, James McEvoy, assisté de Michael Dunne, le recueil aborde des thèmes thomistes très variés, chaque conférencier étant libre de son propos. Ainsi, malgré le titre sous lequel elles sont regroupées, qu’elles soient philosophiques, théologiques, ou même historiques et scientifiques, les différentes approches de la pensée thomiste présentées ici n’ont de commun que la grande figure médiévale qu’elles visent à éclairer. Les nombreuses références à l’encyclique Fides et Ratio (1998) mettent néanmoins en avant l’actualité d’une étude sur Thomas, qui a si admirablement approfondi les rapports entre la foi et l’intelligence.

J. McEvoy traite de l’amitié chez Thomas, où se lient la notion chrétienne de l’amour-charité et la conception aristotélicienne de l’amitié. Aimer son prochain comme soi-même, c’est aimer son ami comme un autre soi-même. L. E. Boyle évoque l’exigence dominicaine de cura animarum, ou soin des âmes, qui comprend l’enseignement religieux ; il explique par là l’écriture de la Somme de théologie. S. Pinckaers développe quelques considérations morales autour de l’idée de bonheur chez Thomas, qu’il articule aux notions aristotéliciennes de vertu et de choix. J. Haldane plonge le réalisme de Thomas dans la philosophie analytique contemporaine, afin de mettre en valeur le caractère dialectique de la pensée thomiste, fortement tournée vers une finalité. B. M. Purcell esquisse une comparaison entre certaines théories paléontologistes sur l’évolution biologique et géologique de l’univers – notamment celles de Darwin – et la conception thomiste de la création du monde. J. Wippel expose la théorie de l’âme séparée chez Thomas, en s’appuyant sur de nombreux textes dont il fait ressortir la richesse autant que la complexité. A. MacIntyre clôt la série de conférences par une réflexion sur Fides et Ratio. Il précise les modalités de la conception thomiste de la vérité comme adequatio rei et intellectus, et comme Bien spécifique de l’esprit humain. Enfin, M. Dunne, en appendice, présente l’édition en cd-rom des œuvres complètes de Thomas, et les avantages que cette base de données présente pour les chercheurs.

Ce recueil hétéroclite intéressera sans doute les spécialistes de Thomas d’Aquin, curieux de voir à quel point leur maître peut susciter des réflexions diverses. L’édition comporte à la fin du volume un index nominum, ainsi qu’une présentation des auteurs, de leurs sujets d’étude et travaux actuels.

Bérangère Hurand