Ce travail est en fait, comme l’intitulé complet de la page de titre le précise, une édition semi-critique des Glosae colonienses super Macrobium (p. 159-275), précédée d’une ample introduction (p. 11-157), qui justifie l’intitulé de la couverture. Il s’agit de pseudo-gloses (en réalité d’un « commentaire lemmatique ») en deux faux livres aux Commentarii in Somnium Scipionis de Macrobe, conservées dans les folios 26rb à 38vb du seul témoin manuscrit connu, le codex 199 de la Bibliothèque du diocèse et de la cathédrale de Cologne, datant des années 1125-1150. L’écrit lui-même aurait pu être rédigé par un commentateur (et non par un glossateur, en toute cohérence) issu du milieu chartrain, autour de 1110. En un peu moins de 150 pages l’auteur parcourt avec aisance le fonds manuscrit, qu’il soumet à une analyse codicologique serrée – comme en témoigne notamment l’Appendice 2 –, les genres littéraires impliqués, le contexte historique et l’environnement doctrinal dont dépend plus ou moins directement le traité. Les difficultés inhérentes à ce type de reconstitution, où l’on doit souvent composer avec l’anonymat des calames et le caractère fragmentaire des vestiges textuels, freinent quelquefois les avancées exégétiques. Par exemple – signe d’une chronologie malaisée à stabiliser –, il faudrait user de plus de précaution pour prétendre, certes à titre de conjecture, que les Glosae super Platonem, il est vrai attribuées avec réserve à Bernard de Chartres, actif entre 1110 et 1130, qui se seraient donc développées parallèlement aux Glosae colonienses, aient pu être la source de ces dernières (p. 117-118) ? De même, il reste ambigu d’énoncer, à quelques lignes d’intervalle, que le recueil en question d’une part est bien tributaire de la tradition des gloses antérieure au XIIe siècle, de l’autre en dépend faiblement (p. 117). La prudence est en revanche suffisamment marquée quant à l’incidence supposée sur les Glosae super Macrobium (c. 1120), pourtant plus élaborées, de Guillaume de Conches, dans leurs deux versions (brevior et longior), qui feront l’objet d’une section importante. Aucun élément probant ne permet d’établir l’existence de liens entre cet autre grand témoin du premier platonisme médiéval et les Glosae colonienses, quoiqu’une version interpolée de celui-là en cite de larges fragments (voir l’Appendice 1). Car l’objectif principal de la présente étude, comme l’indique l’auteur dès le début de son Avant-propos, est de contribuer à une meilleure connaissance de la réception de Platon au Moyen Âge à partir de l’exégèse suscitée par la lecture des Commentarii de Macrobe, autrement dit durant les quelques décennies qui ont précédé le renouveau platonicien permis par les traductions d’Henri Aristippe (Phédon et Ménon) dès le milieu du XIIe siècle, celui-là même au cours duquel nombre d’historiographes, pas toujours avec raison du reste, affirment voir s’y manifester une « renaissance ». Plus précisément, l’enjeu était alors de concilier le paganisme platonicien des Commentarii avec la révélation chrétienne sur des thèmes de pensée communs, tels l’origine de l’univers, la naissance de la matière, du temps et des âmes, aussi bien celle du monde que celle de l’homme. Irene Caiazzo donne d’autant plus d’efficacité à son entreprise que l’apparat des sources et celui des loci paralleli qui escortent le texte édité sont fort conséquents, et rendent immédiatement possible la confrontation des contenus doctrinaux et l’appréciation de leur évolution. L’ensemble est d’ailleurs bien servi par une bibliographie étendue – qui aurait cependant gagné à toujours suivre la chronologie –, et deux indices fouillés. C’est dire que cet ouvrage, dépassant le vœu de sa responsable, fait bien davantage que prolonger l’ombre projetée, en ce domaine de recherche, par les contributions plus savantes qui l’ont devancé.

Alain Galonnier