Cet excellent dossier comprend, après une introduction problématique situant clairement l’agnosticisme professé par Kant en cosmologie par rapport à la position de Thomas d’Aquin, les textes essentiels de la controverse de l’éternité du monde ordonnés en trois chapitres. Le premier précise la position du problème dans la première partie du XIIIe siècle et propose la traduction des passages des Commentaire des Sentences de Bonaventure et de Thomas réfléchissant sur la compatibilité entre création et éternité du monde. Le deuxième chapitre en vient au cœur de la querelle, et ce sont cette fois la question de Jean Peckham, ainsi que les traités de Thomas et de Boèce de Dacie sur l’éternité du monde qui sont présentés et traduits. Le troisième chapitre fait émerger l’enjeu perçu ultérieurement : la liberté de Dieu dans son acte créateur ; et ce sont cette fois les questions 7-8 du Quodlibet I d’Henri de Gand, les textes des condamnations de 1277 concernant la cosmologie et une question d’Ockham sur le sujet qui sont traduits et analysés dans le cadre des débats immédiatement postérieurs à la querelle. Le livre est encore précieux par son appendice et son annexe. Le premier revient sur la source gréco-latine et la source gréco-arabe du problème, mais aussi sur la position spécifique de Maïmonide. L’annexe propose un recueil de textes essentiels sur les sources du problème des rapports entre éternité et commencement du monde mais aussi sur les suites de la controverse d’Oresme à Kant, et à sa relecture par quelques contemporains principalement anglo-saxons. A cela s’ajoutent encore un répertoire des arguments (distingués conceptuellement, mais avec leur attribution à ceux qui les ont soutenus), une chronologie et une bibliographie ordonnée. Un dossier précieux, non seulement comme document pédagogique, mais comme réflexion et mise au point d’une querelle fameuse et centrale pour la scolastique universitaire.

Christian Trottmann