Ce volume de la collection « Sagesses médiévales » contient un ensemble de textes de l’École de Chartres concernant des questions de cosmologie, et relevant plus largement de ce que l’on pourrait appeler une théologie naturelle, fortement influencée par le Timée de Platon.
Une courte introduction a pour fonction de présenter le cadre historique et doctrinal de ces textes. Après avoir rappelé la controverse à propos de l’existence d’une supposée École de Chartres, les traducteurs (qui se contentent prudemment de souligner la présence de maîtres importants à Chartres) présentent d’une part les textes de philosophie antique (Macrobe, Martianus Capella, Calcidius, Boèce) qui nourrissent la réflexion de ces maîtres chartrains, avant de présenter en quelques lignes les thèmes qui donnent une certaine unité à la pensée de ces chartrains (renouveau de la science de la nature dans une perspective platonicienne, valorisation du mythe comme outil philosophique, présence d’une forme de pythagorisme). On regrettera d’ailleurs que cette partie thématique n’ait pas été davantage développée, laissant un peu le lecteur sur sa faim.
La suite du volume propose quelques extraits des œuvres de quatre « philosophes chartrains ». Pour chacun d’eux, une brève notice présente le cadre historique et bibliographique de leur pensée, et éventuellement justifie leur appartenance à l’École de Chartres.
Le premier philosophe abordé est Bernard de Chartres. En dépit de son importance pour cette École de Chartres, importance soulignée par Jean de Salisbury à plusieurs reprises, seuls deux courts textes extraits de ses Gloses sur Platon, sont proposés. L’un concerne la question de l’éternité du monde et l’autre la question des formes natives, qui est un élément important des théories réalistes de l’époque. C’est sans conteste Guillaume de Conches qui se taille la part du lion. De larges extraits de deux de ses œuvres sont proposés : d’une part la Philosophia et d’autre part le Dragmaticon. Le premier texte, dont sont traduits les livres I et II (quelques extraits), présente, dans un mouvement descendant de Dieu aux éléments, les principes et les modalités de constitution du monde. On trouve en particulier un courte preuve, par le hasard et par l’ordre, de l’existence de Dieu. Le second texte (dont sont donnés extensivement les livres I et II et quelques passages des livres III et IV) reprend sous une forme dialoguée ces même théories cosmologiques en suivant l’ordre de la création de la Genèse. C’est ce texte biblique que suit également Thierry de Chartres dont est proposée une traduction partielle de l’Hexameron. On trouvera ainsi un exemple intéressant de théologie naturelle platonicienne puisque l’exégèse biblique est nettement appuyée sur un outillage provenant, entre autres, du Timée. Enfin, le dernier auteur proposé est Clarembaud d’Arras qui, sans avoir étudié à Chartres, témoigne dans son œuvre d’une dette indéniable envers Guillaume de Conches (dont il reprend, par exemple, la preuve de l’existence de Dieu), et Thierry de Chartres.
C’est incontestablement une heureuse initiative que de proposer au lecteur cet ensemble de textes, même si l’on se dit parfois que la traduction complète d’un de ces traités (en particulier ceux de Guillaume de Conches ou Thierry de Chartres) aurait peut-être été préférable. On aurait aussi souhaité un appareil critique (d’explicitation, de commentaire) plus abondant, l’annotation étant réduite à sa plus simple expression. Mais, ce volume n’en reste pas moins un utile complément à l’étude de M. Lemoine, Théologie et platonisme au XUUe siècle, Paris, Le Cerf, 1998.
Christophe Grellard