Andrea Robiglio s’attaque à une question très difficile, celle de la velléité, volonté de l’impossible. Organisé en trois parties, le livre commence par situer la velléité dans son contexte : contexte de la théorie thomasienne des volitions, des différents sens du terme dans les dictionnaires modernes, et surtout des sources de Thomas examinées à partir des différentes occurrences du terme repérées grâce à l’index thomisticus. Sont en particulier examinés les héritages venant d’Albert le Grand, Guillaume d’Auxerre et Philippe le Chancelier. Un appendice concerne la place du thème dans l’école de Bañez.

La seconde partie confronte le thème de la velléité avec ceux plus particulièrement étudiés ces derniers temps de l’incontinence et de la « volition naturelle », pour s’achever sur des considérations relatives au langage même de la volonté, et au type d’impossible envisagé à son sujet, ce qui l’amène à des conclusions rejoignant en dernière partie les préoccupations contemporaines de la philosophie du langage. L’ouvrage ne comprend malheureusement pas d’index, mais il offre une riche bibliographie.

La réflexion est subtile et stimulante, peut-être un peu christocentrée par la place privilégiée donnée aux deux vouloirs du Sauveur au Mont des Oliviers. Il est vrai que la tradition, même antérieure à la période envisagée par le livre, lui accordait cette place. L’arrivée d’Aristote et du thème de l’incontinence modifie quelque peu la manière d’envisager la velléité, ce que montre d’ailleurs suffisamment le chapitre consacré à la confrontation des deux problématiques de l’incontinence et de la velléité. Plongeant des racines scripturaires et augustiniennes bien en deçà, le thème de la velléité s’avère ainsi constituer bien plus qu’un simple prolongement de la réflexion sur l’akrasia.

Christian Trottmann