Auteur : Annie Bitbol-Hespériès

DISTELZWEIG, Peter, GOLDBERG, Benjamin & RAGLAND, Evan R., éd., Early Modern Medicine and Natural Philosophy, Springer, 2016, 372 p.

Ce recueil est issu d’un colloque, tenu à Pittsburgh en nov. 2012, portant sur les interactions entre médecine et philosophie naturelle pendant la « Révolution scientifique ». Il comporte quatre parties, et la deuxième, intitulée « Vie et méchanisme » (Life and Mechanism, p. 91-225) propose cinq articles qui intéressent les études cartésiennes.

Dans « Machines of the Body in the Seventeenth Century », D. Bertoloni Meli questionne les notions de mécanisme et de construction mécanique en relation avec la mécanisation des corps, en anatomie et en pathologie. Aux soufflets et leviers, issus de l’Antiquité, s’ajoutent les fontaines et dispositifs expliqués par Salomon de Caus et déjà étudiés notamment par D. des Chene (Spirits and Clocks, p. 93-94, BC XXXII, p. 143-145), sans oublier les portes des écluses pour les valves des veines, qui s’opposent au cours des fleuves et prouvent la circulation du sang chez Harvey, lequel explique leur fonction, demeurée incomprise par leur découvreur Fabricius d’Acquapendente. L’étude des comparaisons chez chacun de ces deux grands anatomistes aurait été intéressante. L’A. évoque aussi les mécanismes comme le pendule de Borelli (p. 96), le baromètre ou tube de Torricelli, le ressort de Hooke. Après L. Belloni, l’A. cite Magiotti et son invention, en 1648, du ludion, dénommé « diavoletto di Cartesio » en Italie (p. 97) : une figurine creuse (« le petit diable de Descartes »), remplie d’air et ouverte à sa partie basse, qui est immergée dans un récipient recouvert d’une membrane. Une force exercée sur la membrane augmente la pression dans le liquide et fait remonter du liquide dans la figurine. Cette figurine devient donc plus lourde et coule ; si ensuite la pression sur la membrane cesse, alors, la pression dans le liquide diminue, l’air comprimé dans la figurine en chasse le liquide et la figurine, devenue plus légère, remonte. Ce dispositif expérimental simple a servi en 1665 de modèle à l’anatomiste de Bologne C. Fracassati pour l’explication supposée du mécanisme de la transmission nerveuse. Suit l’exemple de l’anatomiste Jean Pecquet et de ses expériences à l’aide de baromètres sur l’élasticité de l’air, (Experimenta nova anatomica, 1651) où l’A. retrouve les conclusions de Ch. Webster dans son article de 1965, The Discovery of Boyle’s Law, and the Concept of the Elasticity of Air in the Seventeenth Century (p. 441-501, en particulier p. 449-454), absent de la bibliographie, et le dispositif expérimental également reproduit par Roger French (William Harvey’s natural philosophy, p. 366-368). Intervient aussi le « monde invisible » découvert grâce au microscope, mais la Micrographia de Hooke est amputée des considérations philosophiques inscrites dans les descriptions. Le dernier exemple de l’A. revivifie celui des soufflets, avec le modèle des tuyaux d’orgue, et la référence à la description faite par Arnolt Schlick dans son traité allemand de 1511 sur la fabrication des orgues et la manière d’en jouer, Spiegel der Orgelmacher und Organisten.

Dans « ‘Mechanics’ and Mechanism in William Harvey’s Anatomy : Varieties and Limits », P. Distelzweig insiste sur l’importance de la reconnaissance, par Harvey lui-même, des liens qu’il n’a cessé de tisser avec son maître padouan, Fabricius d’Acquapendente, depuis les cours dispensés à Londres à partir de 1616 (cf. le manuscrit édité par G. Whitteridge des Prelectiones, The Anatomical Lectures of W. Harvey, 1964), jusqu’aux Exercitationes de generatione animalium (1651), en passant par le De motu cordis et sanguinis (chap. 13), sans oublier les notes manuscrites de Harvey de 1627, sur la physiologie du mouvement, éditées par G. Whitteridge (De motu locali animalium, CUP, 1959). À cet égard, les différences sont minces et non commentées entre les traductions anglaises de Whitterige et celles de l’A. (p. 124 et 127, puis p. 135-136). Contre une présentation d’un Harvey divisé (« Two Harveys »), l’A., après d’autres, donne crédit à l’affirmation de Harvey dans le De Gen. An., selon laquelle, parmi les Anciens, il suit Aristote, et parmi les auteurs plus récents, Fabricius d’Acquapendente. Soulignons que le premier doit être désigné plus comme un guide que comme « a General », traduction de « dux », et le second considéré, non pas simplement comme « a guide », traduction de « praedemonstrator » (p. 119 et n. 6), mais plutôt comme celui qui ouvre le chemin en pointant avec le doigt, celui qui montre une découverte (nul doute que Harvey pense ici aux expériences de dissection conduites par Fabricius). En somme, Aristote pour l’ambitieux projet d’investigation d’une nature où la téléologie est présente, et Fabricius pour ses découvertes anatomiques et embryologiques sur lesquelles Harvey a médité avant de proposer ses interprétations originales et fondamentales. C’est dans ce cadre que l’utilisation des comparaisons mécaniques/mécanistes de Harvey aurait dû être étudiée (p. 117, p. 125-126). Des difficultés existent dans la lecture de la Seconde lettre à Riolan (fils) (sans référence précise au texte publié en 1649 à Amsterdam et Londres), et pas seulement sur le point qui concerne D. (p. 118) : Harvey « was critical of Descartes’ mechanistic theory of the heart and, more generally, of the corpuscularianism associated with (e.g.) Descartes, Gassendi, Hobbes, and Boyle ». D. n’est critiqué ni pour son mécanisme, ni pour le corpuscularisme, mais pour l’inexactitude de son observation du mouvement, complexe, du cœur. Comme dans le traité de 1628, ce que Harvey met en avant, ce sont les expériences qu’il n’a cessé de pratiquer et qui confirment ses explications des mouvements du cœur et du sang. Notons aussi que si la division tripartite des publications de Fabricius : historia, actio, usus ou utilitas, sur laquelle insiste l’A. (p. 129-130), vaut pour le De oculo, visus organo, pour le De aure, auditus organo, le De Larynge, vocis instrumento, en revanche, elle ne vaut ni au sujet du De venarum ostiolis, ni pour les traités embryologiques, les trois textes qui ont le plus influencé Harvey. L’insistance sur le mot « historia », synonyme de dissectio, mais aussi de fabrica et de structura, comme sur les termes « actio » et « usus » ou « utilitas », d’inspiration galénique, nous paraît masquer la spécificité du traité de Harvey de 1628 : l’explication du mouvement du cœur et du sang, prouvée par des observations, dissections et vivisections, comme le démontrent les titres et les dix-sept chapitres de ce court traité qui fonde la médecine moderne.

Dans « Descartes on the Theory of Life and Methodology in the Life Sciences », K. Detlefsen se concentre sur les débats anglo-saxons récents autour de la conception cartésienne de la vie, et propose de compléter les textes de D. sur les fins de Dieu dans la création. Davantage revue des idées récentes, à distance variable des textes originaux, qu’analyse de la vie chez D., l’article souligne que « deux aspects de la métaphysique cartésienne causent à leur auteur des difficultés potentielles pour identifier une classe d’êtres vivants comme objet d’étude dans les sciences de la vie. Le premier vient de sa stricte ontologie (« austere ontology ») du monde créé, réduite à deux sortes de substances, la substance matérielle (avec l’extension) et les âmes (les choses non étendues avec la pensée). Le second tient à sa conception de la nature de Dieu et de notre relation avec lui, en particulier au fait que nous ne pouvons pas accéder aux fins de Dieu ou aux buts qui l’ont guidé dans la création du monde matériel » (p. 142 et 164). Selon l’A., « l’ontologie de Descartes permet […] un traitement scientifique particulier de l’être humain, mais pas des corps vivants. C’est un problème pour D. qui inclut les corps animaux et végétaux avec des corps humains dans ses écrits anatomiques et physiologiques ». L’article expose ce que l’A. « pense être la conception théorique qu’a D. de la vie » et conclut que D. « n’élimine pas la classe des corps vivants de sa philosophie naturelle », et que s’il « est réductionniste dans son explication des phénomènes vitaux, il n’est pas ‘éliminativiste’ au regard de la vie elle-même – tout comme nous le sommes aujourd’hui, nous qui disposons d’une science plus sophistiquée » (p. 143). Sans souci du contexte philosophico-médical où s’inscrivent les écrits de D. ni de leur chronologie, sans références précises aux textes médicaux-biologiques de D., l’évocation des critiques de « la conception cartésienne théorique de la vie » et de celle des corps vivants avec la chaleur comme principe corporel d’action, ainsi que le rejet du « feu sans lumière » comme « sérieux candidat » (« viable candidate ») à « la théorie de la vie », manque de pertinence (p. 145-150, 164). Après une évocation des débats sur la finalité chez D., l’A. explore la possibilité pour D. d’utiliser des explications téléologiques comme purement hypothétiques dans le domaine scientifique (p. 154-169).

Dans l’article suivant, « Mechanism, the Senses, and Reason : Franciscus Sylvius and Leiden Debates over Anatomical Knowledge after Harvey and Descartes », E. R. Ragland traite des débats sur l’action du cœur, aux Pays-Bas, après les publications du De motu cordis et sanguinis et du Discours de la méthode. L’A. montre l’utilisation des explications mécaniques pour les êtres vivants, à la suite de la démonstration de la circulation du sang par Harvey et des « spéculations anatomiques provocantes mais sujettes aux erreurs de Descartes » (p. 173). Sans détour par les textes originaux de Harvey et de D., et tout en pointant « la pauvreté » des commentaires sur l’opposition entre Harvey « l’empiriste » et D. « le rationaliste », entre une « pensée vitaliste » et une « philosophie mécaniste », l’A. présente une vision tronquée des deux positions en présence à partir de résumés de sources secondaires (p. 174-179). Il met ensuite, avec raison, et notamment après R. French (Harvey’s Natural Philosophy, Cambridge, 1994), l’accent sur le rôle de Walaeus, de Franciscus De le Boë Sylvius, de Thomas Bartholin, et de leurs expériences anatomiques « autour des années 1640 à Leyde ». Mais c’est pour montrer que, contrairement aux remarques de D. sur l’importance du mécanisme du mouvement du cœur, et à la « vital connection between his metaphysics and his medicine », les anatomistes hollandais peuvent « rompre le lien supposé nécessaire » entre la métaphysique et la physique cartésiennes et « rejeter son modèle du cœur en acceptant souvent une ontologie cartésienne idéale » (p. 175, p. 176 n. 14, p. 201). N’est-il pas plus simple de consulter les thèses médicales soutenues alors aux Pays-Bas et d’observer qu’à Leyde, mais aussi à Utrecht, les médecins travaillent sur la démonstration expérimentale de la circulation du sang, sur le mouvement du cœur, pratiquent des dissections de cœurs, de cerveaux, des organes liés à la digestion et questionnent la notion de fermentation ? Un constat s’impose : il s’agit de thèmes traités par D. et abordés notamment dans la correspondance avec le médecin Regius, où D. corrige les thèses médicales réunies sous le nom de Physiologia. Or l’A., survole cet échange épistolaire où Sylvius est notamment mentionné au sujet des expériences sur les veines lactées (AT III, 69) tout comme il condamne la Physiologia sans l’avoir lue (p. 177, 180, 185 et n. 54, 186, 193). Car il tient au présupposé de l’opposition sommaire entre Harvey l’expérimentateur et D. avec ses « speculative explanations » ou « speculations » (p. 173, 182, 184, 185, 186, 187, 191, 193, 194, 195, 196, p. 200 et 202). La place des expériences est négligée chez D., faute de références aux textes : Cinquième partie du Discours, Description du corps humain, Correspondance. Une seule allusion est faite aux « lettres à Plemp de 1638 » (p. 176-177), avec une erreur dans la citation, puisque l’expérience invoquée par D. ne « coupe pas court à l’opinion de Harvey sur le mouvement du sang », mais sur le mouvement du cœur : « quo experimento Harvaei sententia de motu cordis jugulatur » (AT I 527, 21-23). D. a pratiqué des expériences dont les comptes rendus figurent dans les Excerpta anatomica, où la vue et le toucher sont invoqués, comme ils l’étaient déjà dans le traité de Harvey de 1628, et avant encore chez Vésale, Fabricius d’Acquapendente et chez Bauhin. Sylvius n’innove en rien à cet égard (p. 196). Comment ne pas voir qu’alors, en médecine, aux Pays-Bas puis en Allemagne, notamment avec Clauberg, on pense et on expérimente avec Harvey et D., ou contre eux, mais pas sans eux ?

Dans « Louis de la Forge and the Development of Cartesian Medical Philosophy », P. Easton et M. Gholamnejad s’intéressent à la philosophie médicale du médecin de Saumur Louis de La Forge. Elles examinent les Remarques de La Forge à l’édition française de L’Homme et du Traité de la formation du fœtus (1664), lorsque D. traite de la génération et de la fonction des esprits animaux dans le corps-machine humain, où La Forge voit un exemple de la simplicité du raisonnement mécaniste cartésien, puis le Traité de l’esprit de l’homme, de ses facultés et fonctions, et de son union avec le corps suivant les principes de René D., (1666). Les A. soutiennent que D. et La Forge, « s’écartent de la notion purement ontologique de mécanisme pour adopter un mécanisme non réductionniste » (p. 209 et 223). Elles examinent comment les Remarques de La Forge confirment le texte de D. sur deux points importants : en fournissant (à partir d’AT XI 128, 3 et du commentaire associé, éd. 1664, p. 205) plus de détails anatomiques sur l’explication cartésienne des esprits animaux et en questionnant l’explication des mouvements musculaires étant donnée la communication quasi instantanée du mouvement du cerveau vers les muscles (p. 210, p. 213-214). Les A. insistent avec raison sur l’intérêt de La Forge pour la description cartésienne de la structure intra-cérébrale, qu’il complète, et pour la glande pinéale. La critique, en 1675, par le médecin cartésien François Bayle, des fonctions attribuées par D. à la glande pinéale, est signalée à juste titre ainsi que son influence sur l’évolution de la conception malebranchiste entre 1674 et 1678 (p. 216). Les A. soutiennent ensuite que, dans le Traité de l’esprit de l’homme, La Forge « fournit une version sophistiquée de l’interaction esprit-corps cartésienne ». Elles retiennent que La Forge y complète la comparaison cartésienne avec la machine hydraulique et qu’il développe les explications cartésiennes mécaniques sur les questions de la mémoire, de l’imagination, y compris des femmes enceintes, du sommeil et de la veille (p. 214-215, p. 220-222). Elles concluent que La Forge conforte les idées de D. sur la génération et le fonctionnement des esprits animaux et leur interaction avec l’âme humaine (mind plutôt que soul, cf. p. 220, p. 223), et qu’il éclaire la réception et l’essor de la philosophie médicale cartésienne en France (p. 207-210, 223). Les indications sur l’habitude du corps auraient bénéficié d’un bref rappel historique médical et d’une référence à l’art. 50 des Passions de l’âme, et celles sur les réflexes de la lecture de Canguilhem sur ce thème (p. 218-219). La majorité des articles aurait gagné à accorder plus d’importance aux textes-sources et aux études articulant mieux philosophie et science, comme Descartes’ Natural Philosophy, édité par S. Gaukroger, J. Schuster et J. Sutton (BC XXXI, p. 113-117).

Annie BITBOL-HESPÉRIÈS

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Pour citer cet article : Annie BITBOL-HESPÉRIÈS, « DISTELZWEIG, Peter, GOLDBERG, Benjamin & RAGLAND, Evan R., éd., Early Modern Medicine and Natural Philosophy, Springer, 2016, 372 p. » in Bulletin cartésien XLVII, Archives de Philosophie, tome 81/1, Janvier-mars 2018, p. 171-223.

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DURIS, Pascal, Quelle révolution scientifique ? Les sciences de la vie dans la querelle des Anciens et des Modernes (XVIe-XVIIIe siècles), Paris, Hermann, 2016, 401 p.

Ce livre questionne la notion de « révolution scientifique » appliquée aux sciences de la vie dans une perpective littéraire, mais sans bien cerner les thèses dans leur contexte ni lire attentivement plusieurs textes convoqués. Il comporte deux parties inégales qui se recoupent sans exclure répétitions et contradictions : (I) « La mélancolie », réduite à la valorisation des Anciens (Bacon, Harvey) ; (II) « Le mépris », associé à leur rejet (Gassendi, Descartes). Le découpage thématique manque de nuances faute d’une réflexion sur ces notions qui engagent le débat sur le scepticisme (Montaigne est cité, mais M. A. Screech, R. Popkin et G. Paganini sont absents de la bibliographie) et à cause du parcours peu chronologique qui est proposé. Le propos du livre se concentre sur le XVIIe siècle, et notamment sur Harvey et Descartes. Mais le privilège accordé à des sources secondaires et des résumés peu exacts des œuvres rendent aussi difficile de cerner la personnalité complexe de Harvey et celle de D. que les thèses novatrices qu’ils ont respectivement défendues. D’où des jugements hâtifs et de sérieuses inexactitudes, joints à l’absence de réflexion sur l’épistémè cartésienne.

Rectifions les p. 172-175 où l’A. affirme que « D. semble pourtant s’être intéressé assez tardivement, vers 1625, à la médecine en tant que science, par l’intermédiaire de Mersenne et de son cercle » : en fait, c’est au moment de la rédaction du Monde, qui inclut les découvertes des « nouveaux astronomes » (Copernic, Kepler et Galilée), à la fin de 1629, alors qu’il est installé aux Pays-Bas, que D. dit « [vouloir] commencer à étudier l’anatomie » (AT I 102, 18). Sa source, comme celle de Harvey dans les cours qu’il dispense à Londres, est le Theatrum anatomicum de Bauhin (1605), autrement dit un Vésale actualisé, incluant par ex. les découvertes de Fabrice d’Acquapendente sur les valves des veines, ce qu’ignore l’A. (p. 92 et 172). C’est en 1632, alors qu’il a déjà rédigé une grande partie de L’Homme, inclus dans Le Monde, que D. lit le traité de Harvey démontrant le mouvement du cœur et la circulation du sang, De motu cordis et sanguinis, paru quatre ans auparavant. Le médecin anglais expose des nouveautés considérables qu’il explique dès la dédicace au Président du Collège des Médecins de Londres (« sententiam … novam »), puis redit au chap. 8 : « nova sunt et inaudita ». Harvey ne saurait donc être réduit à « la crainte d’innover à tort » (p. 78), pas plus que les sept premiers chapitres du De motu cordis à une inscription « dans la continuité de celle de ses prédécesseurs et contemporains » (p. 83 et 343). Notons par ex. que le chap. 1 commence par le rejet des ouvrages d’autrui pour mettre en avant les observations personnelles de Harvey, et que la seule fois où ce dernier cite Vésale, c’est pour rejeter son explication des mouvements du cœur liée à la seule action des fibres droites, au chap. 2, qui redéfinit les notions de diastole et de systole (p. 10, p. 21-24, éd. 1628). Pendant les années de rédaction de L’Homme, et à plusieurs reprises ensuite, D. pratique des expériences de dissection, privilégiant l’étude du cœur, « organe principal » du corps, et s’intéresse, après Harvey, aux particularités de ce viscère pendant la vie embryonnaire, quand les poumons ne fonctionnent pas. Les comptes rendus de ces expériences et des dissections de cerveaux figurent dans les Excerpta anatomica, où D. insiste sur l’importance des « questions de faits » ne pouvant « être fixées par la raison » (AT XI 510, 4-5, trad.), ce qui contredit les p. 176 et 319 (n. 71) de l’A. La présentation de D. « entre suffisance et modestie », « en rupture avec les Anciens (sauf dans son œuvre médicale) » et qui « adopte la même indépendance d’esprit [que Bacon], mais sans témoigner la moindre considération tant envers les Anciens qu’envers les Modernes », est inexacte, tout comme le diagnostic sur son œuvre qui « est celle d’un solitaire fuyant la contradiction de ses contemporains » (p. 167, 180-181). Pourquoi ces jugements hâtifs, pour rester ensuite dans le flou ? Et n’est-ce pas, à nouveau, esquiver ce qui est fondamentalement novateur en médecine ? D. rompt avec les Anciens en dissociant la démonstration récente de la circulation du sang du contexte aristotélicien où Harvey, génial observateur et expérimentateur, l’avait inscrite. C’est là ce qui se joue dans l’hommage que D. rend à Harvey dans le Discours de la méthode : on ne peut donc soutenir que D. ne souscrivait « pas en tout à la théorie circulationiste de Harvey » (p. 175), et qu’il aurait découvert la circulation « indépendamment » de Harvey (p. 176). Notons qu’aux Pays-Bas, la diffusion de la thèse harvéienne de la circulation du sang, se fait de manière cartésienne, grâce notamment à l’enseignement de Regius à l’université d’Utrecht et aux thèses médicales préalablement corrigées par D. qu’il fait soutenir, sous le nom de Physiologia à partir de 1641. Ces faits sont négligés par l’A. (p. 1 et 226), tout comme le respect constant que marque D. envers Harvey, dans sa correspondance (par ex. à Newcastle, AT IV 188), dans La Description du corps humain et dans les Passions de l’âme. Il est regrettable que l’A. ne cite pas l’article 7 des Passions, qui résume « toute la façon dont la machine de notre corps est composée », et mentionne à nouveau le nom de Herveus. Ce texte est au cœur même du renouveau médical et de l’émergence d’une nouvelle anthropologie, puisque la découverte de la circulation du sang doit non seulement fonder une nouvelle pratique médicale, mais renouveler l’étude de « toute la nature de l’homme » : la circulation du sang s’y trouve associée au mécanisme corporel, deux innovations constitutives d’une mutation fondamentale en médecine, voire d’une révolution dans les sciences de la vie, et D. y constate que, plus de 20 ans après la publication du traité de Harvey, la circulation du sang suscite toujours des réserves et n’est admise que par « ceux que l’autorité des Anciens n’a point entièrement aveuglés et qui ont voulu ouvrir les yeux pour examiner l’opinion de Harvey ». Les articles 8 et 107 traitent du « principe de la vie », un « principe corporel » : la chaleur du cœur, réduite à du mouvement (l’agitation des particules du sang) et donc purgée du vitalisme issu de la tradition aristotélico-galénique. De même, les « esprits » cartésiens ne sauraient être qualifiés d’« enfants du pneuma galénique » (p. 177), parce que D. ne conserve de la triade galénique que les « esprits animaux », issus des parties les plus subtiles du sang, et qu’ils « ne sont que des corps » (art. 10). Outre la méconnaissance de textes essentiels de D. et de la voie qu’il trace en médecine à partir de la découverte de la circulation du sang, le livre n’insiste pas sur le fait que deviennent caducs, par ex., le rôle principiel du foie selon Galien et les divisions traditionnelles du corps en anatomie (lien cœur/artères et lien foie/veines), ainsi que le cadre conceptuel aristotélicien présent notamment chez les médecins formés à Padoue, comme Harvey. Harvey et D. fournissent une nouvelle orientation à la pratique médicale, et procèdent à une mise en ordre dans une collection d’observations et d’expériences comme, en astronomie, l’héliocentrisme copernicien a eu pour première qualité d’imposer de l’ordre dans une accumulation de procédés de calculs hétéroclites aboutissant à une quantité de schémas inspirés de Ptolémée. Étude du mouvement des astres, puis des mouvements principaux du corps humain (cœur, sang) sont des thèmes fondamentaux qui s’insèrent dans un discours anthropologique novateur et teinté de scepticisme, qui ne peut qu’influencer des stratégies littéraires.

Annie BITBOL-HESPÉRIÈS

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Pour citer cet article : Annie BITBOL-HESPÉRIÈS, « DURIS, Pascal, Quelle révolution scientifique ? Les sciences de la vie dans la querelle des Anciens et des Modernes (XVIe-XVIIIe siècles), Paris, Hermann, 2016, 401 p. » in Bulletin cartésien XLVII, Archives de Philosophie, tome 81/1, Janvier-mars 2018, p. 171-223.

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ANTOINE-MAHUT, Delphine & SECRETAN, Catherine, éd., Les Pays-Bas aux XVIIe et XVIIIe siècles, Nouveaux regards, Champion, 2015, 298 p.

Ce recueil d’articles est issu d’un colloque tenu à l’ENS de Lyon en février 2012 sur les Pays-Bas qui, aux XVIIe et XVIIIe siècles, en particulier en Hollande, constituaient un « laboratoire européen des pratiques et des idées » (p. 9 et 11). L’ouvrage comporte quatre parties : (1) « Écriture de l’histoire et construction identitaire » ; (2) « Diffusion et réception du cartésianisme » ; (3) « Penser le politique : individu, multitude et gouvernance » ; (4) « La coexistence confessionnelle et ses modalités ». La deuxième partie réunit cinq articles qui intéressent les études cartésiennes et visent à déconstruire quelques préjugés.

Les deux premiers articles concernent l’importance des relations que D. a nouées aux Pays-Bas, en particulier avec Reneri et Regius. T. Verbeek s’attache à « Étudier l’histoire du cartésianisme néerlandais » (p. 51-64) et son article prolonge plus Descartes and the Dutch, Early Reactions to Cartesian Philosophy, Carbondale IL, 1994 (BC XXIII, 2.2.7.) que le recueil Descartes et Régius, Amsterdam/Atlanta, 1993 (BC XXIV, 3.1.2.). Après avoir rappelé l’importance des travaux menés par son équipe à Utrecht (p. 53), l’A. signale ce que D. doit à ses amis néerlandais : à Reneri, pour la rédaction du Monde, à Huygens et Golius sans qui « on n’aurait jamais eu le Discours de la méthode », à la Princesse Élisabeth sans qui « nous n’aurions probablement pas eu les Passions de l’âme » (p. 63). Il insiste avec raison sur les oppositions factices entre « rationalistes » et « empiristes », puisque « les cartésiens furent les premiers à adopter les idées de Newton ». Il affirme que « Réduire la philosophie de D. à un format didactique et montrer qu’elle apporte des solutions probables aux problèmes principaux de la philosophie traditionnelle, voilà le véritable défi des cartésiens néerlandais ». D’où une « reformulation des doctrines cartésiennes, mais aussi une révision de ses méthodes » (p. 60). Mais, parce que « la connaissance du contexte » est « indispensable » (p. 55), plusieurs affirmations de l’A. semblent devoir être nuancées, notamment celle selon laquelle D. n’étant pas « philosophe professionnel » il « ignore la dispute, la quaestio disputata », et « préfère la méditation » (p. 56-60). N’est-ce pas oublier l’enjeu du Monde incluant L’Homme : présenter en français, donc à un nouveau public cultivé, les découvertes issues de l’année 1543 : d’une part, celles de Copernic, puis de Kepler et de Galilée, d’autre part, celles de Vésale, actualisé par Bauhin, sans oublier la découverte de la circulation du sang par Harvey ? Le Discours peut-il se réduire à être « tout au plus un programme de recherche » (p. 58) ? Peut-on affirmer que la Dioptrique n’appartient « pas à la philosophie » (p. 58) ? Sur les points essentiels du lien entre médecine et philosophie, médecine et méthode, et sur l’importance de l’aristotélisme en médecine, avec les considérations téléologiques et vitalistes présentes chez les médecins formés à l’École de Padoue et qui figurent encore dans le traité de W. Harvey, l’attitude de D. est à la fois novatrice et pédagogique : il passe sous silence l’aristotélisme de Harvey, tout en se ralliant à la découverte de la circulation du sang et en mettant en avant les expériences – de quoi confirmer la thèse de l’A. selon laquelle « ce qui a passionné les cartésiens, ce n’était pas en tout premier lieu la métaphysique de leur maître, mais sa physique et sa physiologie » (p. 62).

Dans son article, « Henricus Reneri and the earliest teaching of Cartesian philosophy at Utrecht University » (p. 65-78), R. Buning, auteur d’une thèse sur Reneri (BC XLIV, p. 190-191), se propose de nuancer les études de F. Sassen et de T. Verbeek sur le peu d’influence de D. sur le programme philosophique de Reneri grâce à la découverte de disputations datant des denières années du professorat de Reneri à Utrecht. Une de ces disputations, datée de 1638, porte sur des thèses physiologiques et médicales et se distingue parce qu’elle « transmet une nouvelle philosophie complexe », que l’A. compare à une série de sept disputations physiques de 1635 qui forment un traité de physique « complet et cohérent » (p. 65-66). L’A. rappelle que D. et Reneri étaient amis au moment de la rédaction du Monde et que Reneri a fait partie de ceux qui ont convaincu D. de publier le DM. Reneri adopte la définition cartésienne de la matière donnée dans Le Monde dans sa disputation De elementis de 1635, en s’inspirant également du style cartésien des « suppositions » (p. 68-69). La disputation de Reneri De meteoris (1635) semble influencée par les Meteorologica de Froidmont (Fromondus), sauf sur la question du double arc-en-ciel et de la formation de l’arc secondaire, à laquelle D. fournit une explication par la double réflexion dans les Météores qu’il rédigeait alors (VIII, AT VI, 336-343). Ce qui signifie que les étudiants, en séances privées, discutaient d’un traité de D. non encore publié, fait que Schoock confirme dans l’Admiranda methodus de 1643 (p. 73-74). Il est dommage que le contenu de la Disputation physiologique défendue le 17 mars 1638, où Régius figure parmi les dédicataires, soit explicitement éludé. L’A. rappelle pourtant que Reneri devait enseigner la philosophie aristotélicienne et que ses « early disputations show a distinctive eclectic mix of Aristotelianism and mechanical corpuscular philosophy », mais que « this eclectic approach is absent in Reneri’s physiological disputation » (p. 75-78).

L’article d’E.-J. Bos, « Régius and the diffusion of Cartesianism in the early 1640 – and beyond » (p. 79-88), est la version anglaise d’un article de 2009 paru en langue néerlandaise, au sujet d’Une petite histoire d’un vers cartésien, Een kleine geschiedenis van een cartesiaans versje (PDF, avec planches en couleurs). Le titre néerlandais de l’article est plus précis puisque son enjeu concerne un des outils pédagogiques de Régius : la fortune du distique résumant les principes de la philosophie naturelle cartésienne : « Mens, mensura, quies, motus, postura, figura,/Sunt cum materia cunctarum exordia rerum ». Régius introduit cette formule mnémotechnique dans la Physiologia de 1641, la reprend dans la Responsio de 1642 à Voetius et dans les Fundamenta physices de 1646, malgré les critiques de Schoock (Admiranda methodus) et celles du théologien calviniste Jacobus Revius (Suarez repurgatus), qui conteste que « D. and his gang » puissent clarifier le principe de vie sans la notion scolastique de substance (p. 80-82). La fortune du distique tient à son insertion dans La logique ou l’art de penser d’Arnauld et Nicole (sans mention du nom de Régius) en 1662, puis de son évocation dans la recension favorable de La Logique (dans sa traduction latine), par la Royal Society, en 1674, et dans le Dictionnaire historique et critique de Bayle, en 1697. L’A. s’intéresse au cours du « philosophe cartésien » janséniste Antoine Lengrand (à ne pas confondre avec Antoine Legrand), formé à Utrecht, qui enseigna la philosophie au Collège Royal de Douai pendant quarante ans, et dont les notes de cours ont été recueillies par Nicolas Peerbooms d’Anvers. Ces notes, sans doute de 1708, commencent par la logique, avec le distique, où s’insère un nouveau moyen de mémoriser les principes de la philosophie cartésienne, fourni par des gravures d’Étienne Gantrel, de Paris, distribuées aux étudiants qui devaient les compléter. Parmi ces gravures, l’A. retient les planches numérotées 4 et 5. La planche 4 figure l’ancienne philosophie avec, sur l’arche triomphante les bustes de Socrate, Platon et Aristote, sur les colonnes les catégories d’Aristote et entre elles le prétendu arbre de Porphyre avec son escalier ontologique allant de l’individu Socrate à la substance, en passant par l’homme, l’animal, le vivant et le corps. La gravure 5 représente la nouvelle philosophie (qui a abattu l’arche de la gravure précédente et a précipité à terre les bustes des philosophes de l’Antiquité), avec « l’arbre de D. », qui va de l’homme à la substance, divisée en corpus et spiritus, et les vers de Régius disposés en guirlande sur les piliers. L’article se termine par l’évocation de Joseph de Maistre qui cite le distique de Régius en l’attribuant à Aristote ! Il aurait pu se clore sur le thème des frontispices avec leurs images comme des emblèmes, et sur l’influence de Bacon et de son art de la mémoire, en liaison avec le développement de la nouvelle science.

Dans son étude « Y-a-t-il une théologie (néerlandaise) cartésienne ? » (p. 89-106), A. Del Prete revient sur la spécificité du cartésianisme néerlandais dans le panorama européen : « affaire universitaire » mais aussi « affaire des théologiens ». L’A. met en cause le « préjugé de l’apologétique cartésienne », selon lequel « les critiques de Voetius, Schoock, Revius, Lentulus, Van Mastricht, ne seraient que l’expression d’une haine théologique un peu bornée contre une philosophie » qu’ils ne comprendraient pas (p. 89-90). L’A. résume les enjeux du De abusu philosophiae cartesianae de Samuel Desmarets, de 1670 et, dans son sillage, de la Novitatum cartesianorum gangraena de Petrus van Mastricht (1677), puis examine la réponse de Wittich dans la Theologia pacifica publiée à Leyde en 1683. Dans ces controverses, la discussion sur la conception hylémorphique de l’âme est intéressante, tout comme la question du rapport des âmes et des anges avec le lieu. Pour la définition de l’âme humaine et pour la comparaison avec les anges, Wittich s’inspire des lettres de D. à More (avant même leur publication par Clerselier), avec quelques écarts importants (p. 97-104). L’A. montre que Wittich fournit l’exemple de celui qui a essayé « d’articuler les principes de la philosophie cartésienne à une théologie qui se veut exempte des erreurs scolastiques » (p. 105). C’est au prix non seulement d’une exégèse de la Bible qui s’est éloignée de la lecture littérale privilégiée par les calvinistes, mais encore d’une lecture de D. insérée dans un contexte théologique différent de celui auquel se référait D. La spécificité d’une théologie rationnelle hollandaise teintée de cartésianisme devient possible, ce qui s’éloigne de la séparation prêchée par Coccejus.

Delphine Antoine-Mahut examine « La fabrique de l’histoire du cartésianisme néerlandais dans les histoires de la philosophie française au XIXe siècle » (p. 107-126). Cette « fabrication » des cartésiens néerlandais est envisagée à partir des entreprises (a) de V. Cousin, dans son Histoire générale de la philosophie depuis les temps les plus anciens jusqu’au dix-neuvième siècle, chapitre VIII, qui consolide les cours de 1815 en les durcissant, (b) d’un de ses élèves sans doute « des plus zélés » : J-Ph. Damiron, dans son Rapport sur les six mémoires ayant concouru en 1839, à l’initiative de l’Académie des sciences morales et politiques pour remporter le prix de la meilleure histoire du cartésianisme, et plus encore dans l’Essai sur l’histoire de la philosophie en France au XVIIe siècle, publié en 1846, (c) de F. Bouillier dans son Histoire de la philosophie cartésienne, en deux volumes parus en 1854. Pour Cousin, « les cartésiens néerlandais sont envisagés uniquement dans la mesure où ils sont susceptibles de participer d’un combat anti-spinoziste se situant sur le terrain de la métaphysique et non sur le plan de la philosophie naturelle » (p. 111). Dans son Essai, Damiron innove en abandonnant l’édition Garnier pour l’édition Cousin des Œuvres de Descartes (1824), dans laquelle figurent les textes du Monde, de L’Homme, du Traité de la formation du fœtus (= La Description du corps humain), des Essais accompagnant le Discours, de l’intégralité des Principes, et des Lettres. C’est l’occasion d’accorder une place à la physiologie au sein de la philosophie, et par conséquent de faire la part belle à Régius, qui est fidèle à D. dans sa physique, mais très infidèle pour « les questions qui touchent aux choses spirituelles, à l’âme humaine et à Dieu » (p. 115). Quant à Bouillier, il étend de façon considérable son étude du cartésianisme néerlandais, à la fois du point de vue géographique – non seulement Groningue, mais aussi Utrecht, Leyde et Franeker – et en ce qui concerne le nombre d’acteurs : Hogelande, Reneri, De Raey, Voetius, Régius, Heerebord, Plempius, Wittich, etc. (p. 116). Il distingue aussi les idéalistes et les empiristes, ce qui implique une postérité empirique et médicale du cartésianisme, et il reconnaît qu’il « y a eu des médecins cartésiens en France, en Hollande, et en Italie » (p. 117). Boullier reprend la critique de Régius, « le déserteur du cartésianisme » (p. 119 et voir p. 115 et 122). L’A. termine par un retour au début du XIXe siècle, avec l’article de Destutt de Tracy intitulé « Sur les lettres de D. », daté de 1806. N’aurait-il pas été plus judicieux de citer le Rapport sur la philosophie en France au dix-neuvième siècle (1867) par Ravaisson ?

Annie BITBOL-HESPÉRIÈS

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Pour citer cet article : Annie BITBOL-HESPÉRIÈS, « ANTOINE-MAHUT, Delphine & SECRETAN, Catherine, éd., Les Pays-Bas aux XVIIe et XVIIIe siècles, Nouveaux regards, Champion, 2015, 298 p. » in Bulletin cartésien XLVI, Archives de Philosophie, tome 80/1, Janvier-mars 2017, p. 147-224.

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