Auteur : Gilles Olivo

BORGHERO, Carlo & BUCCOLINI, Claudio, éd., La ragione et le sue vie, Florence, Le Lettere, 2015, 480 p.

La réception et l’héritage de ce qui constitue un jalon incontesté du cartésianisme, la question de la méthode, est paradoxalement un parent pauvre de son historiographie. La difficulté à comprendre et repérer dans les œuvres publiées par D. les lieux de sa méthode, sa teneur et son rapport à la logique – dès lors que D. lui-même, dans la Lettre-préface à la traduction française des Principes, énoncera précisément l’équivalence entre méthode et logique (AT IX-2 13, 24-14, 1 ; 15,10-13) – constitue l’une des croix, non seulement des études cartésiennes, mais d’abord de sa réception immédiatement contemporaine, comme peuvent en témoigner, parmi d’autres et à des titres divers, les efforts d’interprétation implicites de la Logique de Port-Royal (1662) ou explicites du Commentaire ou remarques sur la méthode de René Descartes (1670) par le Père Poisson. Le collectif dont nous rendons compte constitue à cet égard une réussite parce qu’il s’efforce de considérer de manière précise l’assomption de cette méthode sur un point précis, celui des savoirs et des procédures engagés dans la méthodologie de l’élaboration de la preuve. Cet examen parcourt ce faisant plusieurs thématiques disciplinaires, du XVIe au XVIIIe siècle, des antécédents cartésiens en la matière jusqu’à sa postérité éclairée. Se dégage de cette enquête aussi bien la persistance de thèmes éminemment cartésiens que la diffusion de ses procédures dans des disciplines qui originellement ne furent pas pressenties par D. pour faire partie des disciplines passibles de la méthode. C’est ainsi que l’on trouve dans l’ensemble des savoirs de ces époques des paradigmes d’inspiration cartésienne concernant les modalités d’élaboration de la preuve ainsi que les techniques argumentatives. On notera tout particulièrement – dans un ensemble dont la taille ne permet pas un compte rendu individualisé (15 articles composent ce fort volume) – un article préalable « Sui precedenti rinascimentali del metodo cartesiano : il rapporto Aconsio-Descartes nell’interpretazione di H.-J. De Vleeschauwer » qui donne en outre en appendice la traduction italienne de l’article du même auteur « Aconsio e Descartes » (par M. Muccillo) ; puis « Il ‘mos geometricus’ fra usi teologici ed esiti materialistici : le obiezioni di Mersenne contro la metafisica cartesiana » (C. Buccolini), « L’admiratio cartesiana in J. Clauberg » (D. Collacciani), « L’eredità cartesiana nel metodo del diritto naturale » (A. L. Schino), « Discussioni sul metodo nel cartesianismo olandese. Il caso di J. de Raey » (A. Del Prete), « Materie di fatto. Procedure di prova e sistemi del sapere nei secoli XVII e XVIII » (C. Borghero), « Attenzione, riflessione e scienza della mente. Suggestioni cartesiane nella scuola scozzese » (E. Levi Mortera). L’ensemble constitue un remarquable outil d’investigation sur cette diffusion multi-séculaire d’un aspect crucial de la méthode cartésienne.

Gilles OLIVO

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Pour citer cet article : Gilles OLIVO, « BORGHERO, Carlo & BUCCOLINI, Claudio, éd., La ragione et le sue vie, Florence, Le Lettere, 2015, 480 p. » in Bulletin cartésien XLVII, Archives de Philosophie, tome 81/1, Janvier-mars 2018, p. 171-223.

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