Auteur : Jean-François Kervégan

Filippo RANCHIO, Dimensionen der zweiten Natur. Hegels praktische Philosophie (Hegel-Studien, Beiheft 64), Hamburg, Meiner, 2016, 304 p.

Issu d’une thèse de doctorat préparée à Francfort et Venise sous la co-direction de Lucio Cortella et de Martin Seel, et inspiré en particulier par les travaux qu’Italo Testa et Terry Pinkard ont récemment consacrés au « naturalisme » de Hegel, ce livre qui s’inscrit dans la perspective des lectures postmétaphysiques, en particulier anglo-saxonnes, propose une étude systématique du motif de la « seconde nature », de provenance aristotélicienne, dont il montre (voir p. 53) qu’il combine chez Hegel une dimension « généalogique » (la seconde nature étant « le produit d’une histoire particulière ») et une dimension « normative » (la seconde nature étant à la fois, et peut-être contradictoirement, le produit de l’agir humain et un cadre s’imposant à lui), ces deux dimensions étant réunies chez Hegel dans une « théorie unitaire de la culture de l’esprit ». L’hypothèse sur laquelle repose le livre est que, si l’expression « zweite Natur » apparaît explicitement dans les Grundlinien et l’Encyclopédie, le concept lui-même est déjà élaboré dans les écrits antérieurs, en particulier dans la Phénoménologie de l’esprit, comme le montre avec précision le troisième chapitre ; il est aussi présent de manière « embryonnaire » dans les manuscrits d’Iéna, voire de Berne et de Francfort. Le dernier chapitre expose, sous le chef de la « puissance de l’habitude », la teneur systématique du concept de seconde nature dans les écrits de la maturité. Ranchio montre de façon convaincante qu’il recouvre d’une part une conception de l’autonomie qui se démarque de celle de Kant par sa prise en compte de la dimension « corporelle » de la subjectivité, d’autre part une « théorie des pratiques éthiques et des institutions » (p. 24). Le chapitre développe en particulier, de manière très suggestive, les éléments d’une « théorie post-métaphysique de la seconde nature » (p. 242 sq.) dans laquelle les institutions jouent un rôle décisif, à la fois positif, dans la mesure où elles peuvent constituer l’assise de l’autonomie subjective, et possiblement négatif, lorsqu’elles aboutissent à des formes de « dévitalisation » et de réification (p. 279). Telle est « l’ambivalence productive » de la seconde nature, conclut l’auteur, que l’on suit volontiers sur ce point.

Jean-François KERVÉGAN (Université Paris I Panthéon-Sorbonne)

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Pour citer cet article : Jean-François KERVÉGAN, « Filippo RANCHIO, Dimensionen der zweiten Natur. Hegels praktische Philosophie (Hegel-Studien, Beiheft 64), Hamburg, Meiner, 2016 » in Bulletin de littérature hégélienne XXVII, Archives de Philosophie, tome 80/4, Octobre-décembre 2017, p. 773-802.

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