Auteur : Paolo Giuspoli

Giovanna MIOLLI, Il pensiero della cosa. Wahrheit hegeliana e Identity Theory of Truth, Trento, Verifiche, 2016, 372 p.

Dans ce volume, Giovanna Miolli affronte le problème de la vérité chez Hegel en commençant par un examen critique de ce qu’il est convenu de nommer l’Identity Theory of Truth (chapitre 1, 29-103). Elle procède ensuite à une discussion précise des interprétations contemporaines qui soutiennent l’existence d’une affinité substantielle (T. Baldwin, F. Ellis, Ch. Halbig), ou qui soulignent l’existence de divergences inconciliables à de nombreux égards (R. Stern, B. Levey) entre l’Identity Theory of Truth et la conception hégélienne de la vérité (chap. 2, 105-163).

La discussion se développe sur un mode bilatéral dans la mesure où elle est menée tant par le biais d’un examen interne des options d’interprétation en question que par le biais d’un examen systématique interne des textes hégéliens, qui approfondit un certain nombre de distinctions conceptuelles essentielles pour la conception hégélienne de la vérité. La première est identifiée dans le rapport « forme-contenu » du penser conceptuel dans la Science de la logique (chap. 3, 163-246) : l’enquête se développe à travers l’examen de la théorie hégélienne de l’« Idée » comme unité du concept et de la réalité. Au cours de l’examen, il se révèle notamment que, chez Hegel, il est impossible de trouver trace des conditions d’une théorie de la vérité comme « exactitude » (Richtigkeit), Hegel considérant au contraire cette dernière comme l’expression d’une simple « vérité formelle ».

La seconde distinction conceptuelle concerne la notion d’« identité » : l’auteure montre (chap. 4, 247-276) comment la notion d’identité à la base de l’Identity Theory of Truth, qui s’exprime dans la coïncidence entre le contenu propositionnel d’un jugement et un fait, n’a pas d’analogue dans la philosophie hégélienne. Pour Hegel le rapport entre concept et objet ne découle pas de la comparaison entre des éléments extérieurs : le concept est « identité négative avec soi », qui se développe, non à travers une simple opération d’adéquation extrinsèque entre la forme du connaître et la réalité extérieure, mais comme le procès d’auto-manifestation de la « vraie » réalité de l’objet, comme la totalité de l’objet, en laquelle les différences sont reconnues comme moments du procès de développement par auto-différenciation du tout en ses moments. L’achèvement de cette auto-manifestation conceptuelle du réel est l’auto-compréhension de la rationalité logique, l’« idée absolue » : ce procès d’auto-manifestation conceptuelle du tout est ce qui définit la vérité au sens propre chez Hegel et, par rapport aux modèles traditionnels d’« adéquation », celle-ci peut être définie comme procès d’« auto-adéquation ».

La troisième distinction conceptuelle fondamentale concerne le rapport entre forme logique et contenu du jugement ( chap. 5, 277-339). Miolli souligne que la théorie hégélienne du jugement ne porte pas sur son contenu représentatif particulier, mais considère d’abord sa structure en fonction de l’examen de la forme logico-conceptuelle du rapport entre les éléments du jugement (c’est-à-dire les déterminations conceptuelles d’universalité, de particularité, de singularité). Au cours de l’enquête, l’auteure démontre que Hegel est très loin de soutenir que l’identité entre concept et objet puisse être exprimée en un jugement, comme identité entre un contenu propositionnel et un état de choses.

Au total, le volume présente un examen critique, mené avec clarté et rigueur, d’un courant significatif des interprétations contemporaines de Hegel, qui démontre que la philosophie de Hegel n’est pas assimilable à une Identity Theory of Truth. En même temps, à travers une lecture attentive de la Science de la logique, le volume éclaire la caractéristique de la théorie hégélienne de la vérité comme auto-manifestation conceptuelle et comme « savoir de soi » rationnel, en en mettant en évidence le « potentiel théorique » pour la recherche philosophique contemporaine.

Paolo GIUSPOLI (Università di Messina) (trad. J.-M. B.)

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Pour citer cet article : Paolo GIUSPOLI, « Giovanna MIOLLI, Il pensiero della cosa. Wahrheit hegeliana e Identity Theory of Truth, Trento, Verifiche, 2016 » in Bulletin de littérature hégélienne XXVII, Archives de Philosophie, tome 80/4, Octobre-décembre 2017, p. 773-802

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