Auteur : Paolo Giuspoli

Luca CORTI, Ritratti hegeliani. Un capitolo della filosofia americana contemporanea, Roma, Carocci, 2014, 295 p.

Le volume offre une introduction approfondie à ce mouvement philosophique contemporain appelé « néo-hégélianisme analytique ». Corti aborde ce domaine thématique – comme cela ressort du titre – en examinant la spécificité de l’interprétation de Hegel proposée par les auteurs de cette « renaissance hégélienne » américaine : Wilfrid Sellars (chap. 1, p. 29-58), John McDowell (chap. 2, p. 59-110), Robert Brandom (chap. 3, p. 111-180), Robert Pippin (chap. 4, p. 181-223) et Terry Pinkard (chap. 5, p. 235-269).

Ces cinq « portraits » sont dressés soigneusement, aussi bien en ce qui concerne le développement ample et varié de leur production (même les écrits les plus récents sont pris en considération) qu’en ce qui concerne la spécificité de la contribution théorique offerte par chaque auteur. Le volume présente néanmoins un profil unitaire : Corti montre comment les points fondamentaux de la théorie sellarsienne sur le rapport entre intuition et concept, dans le cadre de l’élaboration d’une théorie normative de la forme conceptuelle, sont à la base du débat contemporain sur Hegel et sur l’héritage de l’idéalisme allemand. En ce sens, l’interprétation offerte par Sellars de la philosophie kantienne (en particulier en ce qui concerne la constitution transcendantale de l’expérience) peut être considérée comme l’acte fondateur du néo-hégélianisme contemporain de matrice normativiste (p. 271).

Dans leur ensemble, souligne Corti, les développements du néo-hégélianisme contemporain sont caractérisés par un mélange de « lexiques » : le lexique de la tradition kantienne/hégélienne et celui de la tradition wittgensteinienne. En ce sens, des concepts clés comme ceux de règle, de norme, d’expérience, de raison, de transcendantal ont subi des déplacements sémantiques ou, dans certains cas, de véritables transpositions, qui ont radicalement redessiné leur signification. C’est le cas de l’usage kantien et hégélien du terme « Vernunft », relativement à l’expression « realm of reasons » et à la conception actuelle du « game of giving and asking for reasons ». Ces transpositions rendent parfois difficilement reconnaissables les « portraits de Hegel » dessinés par ces auteurs. D’un autre côté, de telles combinaisons ont permis l’ouverture de nouveaux horizons interprétatifs que Corti présente et examine dans ce volume, comme par exemple les débats autour du « contenu non conceptuel » et autour du rapport entre langage, norme et concept ; les enquêtes sur la généalogie des concepts et sur l’origine du normatif ; les discussions sur le holisme conceptuel et le holisme métaphysique ; les perspectives nouvelles sur la nature de l’« agency » ; enfin, les développements des théories de la reconnaissance sociale et les études sur la liberté comme auto-normativité. Une ample bibliographie (p. 277-295) conclut cette excellente étude introductive.

Paolo GIUSPOLI (Università di Messina) (trad. Giulia Valpione)

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Pour citer cet article : Paolo GIUSPOLI, « Luca CORTI, Ritratti hegeliani. Un capitolo della filosofia americana contemporanea, Roma, Carocci, 2014 » in Bulletin de littérature hégélienne XXVII, Archives de Philosophie, tome 80/4, Octobre-décembre 2017, p. 773-802.

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