Auteur : Xavier Kieft

SOSA, Ernest, Judgment and Agency, Oxford, OUP, 2015 vi-269 p.

L’A. est épistémologue et ne fait pas profession d’historien de la philosophie. Il a cependant régulièrement intégré des commentaires novateurs et suggestifs concernant la théorie cartésienne de la connaissance dans le déploiement de ses intuitions relatives à l’épistémologie de la vertu qu’il a développée depuis son article fondamental de 1980 « The Raft and the Pyramid: Coherence versus Foundations in the Theory of Knowledge ». On les retrouve notamment dans A Virtue Epistemology. Apt Belief and Reflective Knowledge, Volume I (Oxford, 2007), Reflective Knowledge. Apt Belief and Reflective Knowledge, Volume II (Oxford, 2009) et l’article « Descartes and Virtue Epistemology » (dans K. J. Clark et M. Rea, éd., Reason, Metaphysics, and Mind. New Essays on the Philosophy of Alvin Plantinga, Oxford, 2012). Jugdment and Agency prolonge et précise ces travaux. On y retrouve notamment « Descartes’s Pyrrhonian Virtue Epistemology », d’abord paru dans D. Dodd et E. Zardini, éd., Scepticism and Perceptual Justification, Oxford, 2014). L’A. perçoit de manière suggestive que l’épistémologie cartésienne porte moins sur des règles ou des critères de justification des énoncés considérés en eux-mêmes que sur une posture particulière à adopter, qui consiste à déterminer l’aptitude à savoir bel et bien ce que l’on dit connaître en vertu d’une réflexion portée sur les moyens d’accéder à la croyance qui en fournissent la justification. Je sais que dans des conditions normales, si je vise la vérité comme je le fais (en suivant par exemple ma méthode d’examen ou si je maintiens mes efforts d’attention), je peux soutenir que je dois atteindre, autant que faire se peut, le savoir. Ainsi, les règles ou critères de vérité importeront progressivement moins que l’exercice et la constance dans mes efforts, c’est-à-dire l’intégration personnelle des normes épistémiques entendues non comme des commandements vis-à-vis desquels chaque défaillance conduirait à un constat d’échec mais selon la tendance générale – épistémologiquement vertueuse – que j’incarne. Sosa s’appuie dans ses écrits principalement sur les ouvrages se rapportant à la théorie de la connaissance de D. (le Discours, les Méditations et les Principes de la philosophie) ainsi que sur quelques extraits de la correspondance. Le lecteur averti pourra s’amuser à retrouver dans Les passions de l’âme où d’autres textes pour le moment ignorés de l’A. certaines confirmations de ses thèses, à tel point qu’il se demandera peut-être si D. n’est pas réellement le précurseur d’une forme d’épistémologie de la vertu – ce qui ne serait pas totalement absurde.

Xavier KIEFT

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Pour citer cet article : Xavier KIEFT, « SOSA, Ernest, Judgment and Agency, Oxford, OUP, 2015 » in Bulletin cartésien XLVI, Archives de Philosophie, tome 80/1, Janvier-mars 2017, p. 147-224.

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