Résumé :
Nous étudions ici l’une des figures les plus originales et les plus complexes de l’univers du dernier Merleau-Ponty, l’une des moins bien comprises aussi : la « promiscuité ». Aussi polymorphe que la célèbre figure de l’ « empiétement », la « promiscuité » appartient en propre au complexe de la psychanalyse ontologique de Merleau-Ponty. Elle décrit d’abord la logique des rapports archaïques avec autrui, et se situe en cela dans la ligne du travail sur l’intercorporéité. Elle désigne aussi la modalité connaissante de la chair, tout en indiquant notre résistance à celle-ci, notre ignorance naturelle de la chair comme être de promiscuité. Elle habite bientôt le cœur de la conception merleau-pontienne de l’inconscient, dans le prolongement des travaux de Paul Schilder sur l’image du corps. Enfin, elle vient renouveler dans les derniers manuscrits l’idée même de mystère ontologique. La chair, être de promiscuité, vit dans la promiscuité de l’être. Et la philosophie, d’après Merleau-Ponty, devrait être le savoir cohérent des visages apparemment si divers de cette ultime figure du lien.


Abstract :
We examine here one of the most original and complicated figures of Merleau-Ponty’s late works, also one of the least understood : the « promiscuity », which belongs to Merleau-Ponty’s strange « ontological psychoanalysis ». The promiscuity describes first the logic of archaic relationships in intercorporeity, then the way the flesh « knows », as well as our natural ignorance of the flesh. It also sheds light on Merleau-Ponty’s conception of the unconscious, linked with Paul Schilder’s body image theory. Finally, it renews in late manuscripts the idea of ontological mystery. The flesh, being in promiscuity, lives in promiscuity with Being. And philosophy, according to Merleau-Ponty, should be the coherent knowledge of the seemingly so diverse facets of this ultimate figure of bond.