Le grand philosophe et logicien Willard van Orman Quine s’est éteint en 2000, s’identifiant finalement avec ce xxe siècle philosophique dont il fut un des plus brillants penseurs. Quine, philosophe américain né à Akron (Ohio) en 1908, est historiquement celui qui a introduit le positivisme logique en Amérique, mais aussi celui qui, dès 1950, critiquait les « Dogmes de l’empirisme », et qui, en 1960, avec sa thèse d’indétermination de la traduction radicale, ébranlait profondément les principes de la sémantique analytique. Dans les années 1970, Quine a non seulement proposé de naturaliser la logique et l’épistémologie, mais a également développé une nouvelle conception de l’analyticité, dont les études rassemblées ici proposent différents éclairages.
Les Archives de philosophie ont consacré à son oeuvre des études et comptes rendus en nombre, mais jamais encore de dossier. De nouvelles éditions de ses ouvrages en français, et particulièrement des traductions de Jean Largeault, collaborateur des Archives de Philosophie et pionnier dans la lecture du philosophe américain, fournissent l’occasion d’un tel hommage : Du point de vue logique, Relativité de l’ontologie et autres essais, Philosophie de la logique ont été récemment mis ou remis à la disposition du public francophone, qui peut ainsi découvrir l’originalité et la diversité d’une pensée radicale.
Quine est à la fois celui qui a porté le genre analytique à sa perfection, et en a montré le plus clairement les limites : ses critiques de l’analyticité, du mythe de la signification, du réductionnisme épistémologique ont certainement donné lieu aux débats les plus passionnants de la philosophie américaine, telle qu’elle s’est poursuivie avec les œuvres de Davidson, Putnam, Rorty, puis McDowell, Brandom et d’autres. On insiste plus souvent, aujourd’hui, sur l’héritage positif de Quine et sur les conséquences, importantes, de la naturalisation épistémologique qu’il a proposée dans Relativité de l’ontologie et autres essais. Nous souhaitons pour notre part mettre en évidence la force critique d’une pensée qui, jusqu’au bout, aura voulu « revisiter l’analyticité » et réinventer l’a priori, ouvrant encore aujourd’hui de nouvelles perspectives.