Paris

Tome 79, cahier 4, Octobre-Décembre 2016

Visages de Putnam

Raphaël Ehrsam & Pierre Fasula, Visages de Putnam

Putnam est célèbre pour avoir toujours proclamé la dimension « réaliste » de ses recherches, et pour s’être efforcé d’articuler la philosophie de la logique et des mathématiques, la philosophie du langage, de l’esprit et de la connaissance, enfin l’éthique et la religion. Cette présentation montre comment ces préoccupations ont rencontré des réponses distinctes au cours de trois périodes. Putnam embrasse d’abord un réalisme scientifique de type métaphysique, puis son réalisme revêt une tournure épistémique de type transcendantal, enfin, sa pensée se fait résolument pragmatiste, dans le sillage de Wittgenstein et Dewey. Cette évolution atteste par elle-même d’un souci jamais démenti d’élaborer un rationalisme ouvert, en vue de promouvoir de nouvelles Lumières

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Raphaël Ehrsam, La théorie de la référence de Putnam. Entre déterminants conceptuels et déterminants réels

À propos de la référence, ou du contenu des états mentaux intentionnels, deux thèses de Putnam semblent dessiner des directions divergentes. Selon l’externalisme sémantique de « La signification de “signification” » (1975), la référence ou l’intentionnalité semblent devoir faire intervenir le rapport des termes et états mentaux au monde tel qu’il existe indépendamment de notre langage et de nos pensées. Dans le même temps, selon le réalisme internaliste de Raison, vérité et histoire (1981), on ne saurait penser à un objet quelconque ou y faire référence sans employer un certain réseau conceptuel et mobiliser tout un ensemble de croyances. Les deux directions sont-elles inconciliables ? Cet article soutient au contraire que leur conjonction constitue un aspect central de la pensée de Putnam, étant donné qu’elle seule permet d’éviter ce que Putnam nomme en 1999 « l’antinomie du réalisme ».

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Anna C. Zielinska, Putnam : relativité conceptuelle et méréologie

L’ontologie traverse toute l’œuvre de Hilary Putnam – qu’il s’agisse de sa philosophie des mathématiques, des sciences, de sa philosophie de la perception et de son épistémologie, et enfin de son éthique. La pensée du philosophe semble guidée par la question suivante : comment penser le monde sans ontologie forte et définitive, mais avec une épistémologie suffisamment robuste pour qu’elle puisse résister elle-même à l’antiréalisme ? Cet article vise à rappeler les enjeux des versions différentes du réalisme du penseur américain, pour proposer une évaluation critique du rôle qui y est joué par deux concepts clés : la méréologie et la relativité conceptuelle.

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Alberto Naibo, Putnam-Dummett. Quelle logique pour quel réalisme ?

Cet article compare les positions de Putnam et de Dummett sur la question de la signification et de la connaissance des vérités logico-mathématiques. Cette comparaison permettra de trouver une unité dans la pensée putnamienne, caractérisée par la tentative de définition d’une position intermédiaire entre un réalisme dogmatique et un antiréalisme constructiviste. Cette position intermédiaire, qui peut être appelée « réalisme modéré », sera ensuite analysée d’un point de vue technique, grâce à l’interprétation sans-contre-exemple de Kreisel.

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Pierre Fasula, L’éthique de Putnam. Une « mixture bigarrée au carré »

Pour décrire l’éthique, Putnam reprend l’expression de Wittgenstein à propos des mathématiques, selon laquelle ces dernières formeraient une « mixture bigarrée ». Sa propre contribution sur l’éthique pouvant être qualifiée de la même manière, on la présentera dans sa diversité, dans la manière dont elle rend compte à la fois des jugements de valeur, des règles et des principes, ou encore du raisonnement pratique, après avoir rappelé sa critique de l’ontologie.

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Sandra Laugier, Nécrologie de l’ontologie. Putnam, l’éthique, le réalisme

Cet article porte sur la proposition par Putnam d’une éthique et plus généralement d’une philosophie sans ontologie. Dans ses derniers ouvrages, en convergence avec le travail de Diamond, Putnam semble dépasser le clivage classique entre non-cognitivisme et réalisme moral, au profit d’un réalisme qui serait celui de l’esprit réaliste : non pas un réalisme de sens commun (qui ne serait qu’une thèse de plus) mais un réalisme ordinaire, naturel, qui examine l’expression de la morale dans notre langage et nos usages.

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David Espinet, Politiques du bonheur. Transformation de l’éthique kantienne

L’article met en relief la stratégie qui caractérise, dans le cadre de la conception du souverain bien chez Kant, une politique proprement kantienne du bonheur. Cette stratégie consiste à subordonner le désir de bonheur sensible à la loi éthique – non pour faire disparaitre l’élément sensible, mais pour sauvegarder l’hétérogénéité essentielle au souverain bien humain, c’est-à-dire la différence entre autonomie morale et vie sensible. Dans cette perspective sont reprises deux transformations plus récentes de l’éthique kantienne : les réflexions de Hans Blumenberg sur le caractère pluriel et très souvent indirect du bonheur humain, ainsi que l’interprétation par Derrida de l’amitié kantienne, notamment de la fonction interruptive du respect au sein du désir fusionnel de l’amour.

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Bulletin de littérature hégélienne XXVI

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Bulletin de bibliographie spinoziste XXXVIII

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Hilary Putnam, CC BY-SA 2.5

C’est à Hilary Putnam (1926-2016) que les Archives de philosophie choisissent de consacrer un dossier solidement informé…

Figure assurément intéressante et singulière, subtile, déconcertante, suggestive et libre…
Hilary Putnam explore de nombreux domaines (mathématiques, logique, science, histoire, éthique, politique nationale et internationale, économie, religion…). Il les investit les uns après les autres en évitant le carcan des systèmes qui pourraient les réduire, il s’attache à les faire découvrir. Bref, il invente sa route.

Véritable passeur entre univers philosophiques américains et univers philosophiques européens, il orchestre des entrecroisements, souligne des interactions, évite les nombreux pièges et les simplismes de leurs affrontements. L’itinéraire de Putnam commence par l’étude du Cercle de Vienne et le porte vers Wittgenstein – figure centrale qu’il médite très longuement – d’un côté, vers le pragmatisme américain et particulièrement John Dewey, de l’autre. Son itinéraire le situe visiblement dans un héritage. Celui du réalisme d’une part : nos connaissances ont rapport avec les faits ; elles ne sont pas une construction purement idéaliste et subjective. Celui des valeurs d’autre part, ce pour quoi une vie d’homme s’engage : non selon un moralisme qui lui serait imposé, ni selon un discours qui les déduirait mais au contraire comme points d’appui pour l’existence et la vie quotidienne – c’est d’ailleurs par là qu’est abordée et approfondie la religion comme acte de l’existence.

Une question demeure…

Une question demeure toutefois pour le lecteur de Putnam. Avec ce geste de la philosophie qui est le sien, l’ontologie est-elle définitivement disqualifiée ou a-t-elle encore un sens et un avenir ? Hilary Putnam est bien trop fin pour trancher dans le vif ! Car, à travers les différents domaines qu’il traverse en les explorant avec la plus grande minutie et beaucoup d’acuité, il trace un chemin pour la philosophie en tant qu’ouverture de l’esprit impliqué en ses différentes activités : sans positivisme, sans logicisme, sans empirisme exclusif.