Auteur : Antoine Cantin-Brault

Andreja NOVAKOVIC, Hegel on Second Nature in Ethical Life, Cambridge (UK), Cambridge University Press, 2017, 223 p.

En s’appuyant principalement sur la Phénoménologie de l’Esprit et l’« Anthropologie » de l’Encyclopédie, l’auteure s’attache à suivre Hegel dans son ambivalence quant à la nécessité de la réflexion pour la vie éthique (Sittlichkeit) située dans les Principes de la philosophie du droit. Pour éviter de qualifier Hegel de conservateur, plusieurs commentateurs ont accentué le rôle de la réflexion dans la réalisation de la liberté subjective. Cependant, l’auteure nous rappelle que Hegel insiste fortement sur l’habitude s’affirmant comme seconde nature et sur le risque que pose un certain type de réflexion pour cette liberté. Si bien que pour apprécier la part de scepticisme que comprend la réflexion, elle doit être divisée en certaines de ses formes qui, pour deux d’entre elles au moins, s’avèreront indispensables à la vie éthique alors que ce ne sera pas le cas pour d’autres.

Suivant la trajectoire tracée par Hegel dans les Principes de la philosophie du droit (§ 147, Rem.), l’auteure commence par observer la réflexion à son point le plus bas dans la vie éthique, pour en mesurer ensuite graduellement l’utilité. Le premier chapitre porte donc sur l’habitude qui, selon l’auteure, est pour Hegel la seule façon dont peut se réaliser la liberté subjective dans un monde social rationnel et objectif. En effet, l’habitude, qui comprend un contenu normatif universel, permet à l’individu de s’identifier de tout cœur à la règle éthique, cette règle éthique qui ne disparaît pas pour autant et qui peut faire l’objet d’une codification, ce qui situe Hegel à mi-chemin entre Kant (universalité du principe éthique) et Aristote (identification habituée à la vertu). Même si Hegel privilégie l’habitude comme disposition éthique pratique, elle s’inscrit tout de même dans une participation culturelle, traitée au deuxième chapitre. La culture, entendue comme Bildung, repose sur une structure réflexive qui, par le processus d’aliénation et d’externalisation qui lui est propre, s’impose comme une œuvre à laquelle les sujets doivent toujours travailler pour le bien de leur propre identité. Le troisième chapitre introduit une deuxième forme de réflexion utile pour la vie éthique : la critique. Même si Hegel s’oppose aux théorisations critiques, l’auteure cherche à montrer qu’il valorise une « critique immanente », c’est-à-dire une réflexion critique qui doit prendre place dans l’expérience de la vie éthique lorsque des contradictions pratiques apparaissent et forcent à des changements normatifs. L’auteure, dans le quatrième et dernier chapitre, se tourne vers la réflexion philosophique qui n’aura pas pour rôle de critiquer la vie éthique, mais de donner à son contenu rationnel sa forme rationnelle et, comme processus de ressouvenir (Erinnerung), de réconcilier l’acteur social avec sa seconde nature pour le convaincre du bien-fondé de la vie éthique.

Même si ce livre a une tendance polémique marquée et simplifie parfois les lectures rivales, sa rédaction claire et directe lui permet d’atteindre son but, à savoir de montrer comment Hegel entend orienter le sujet dans son monde social objectif.

Antoine CANTIN-BRAULT (Université de Saint-Boniface, Winnipeg)

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Pour citer cet article : Antoine CANTIN-BRAULT, « Andreja NOVAKOVIC, Hegel on Second Nature in Ethical Life, Cambridge (UK), Cambridge University Press, 2017 », in Bulletin de littérature hégélienne XXVIII, Archives de Philosophie, tome 81/4, Octobre-décembre 2018, p. 821-856.

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