Auteur : Christophe Frey

Robert R. WILLIAMS, Hegel on the Proofs and the Personhood of God. Studies in Hegel’s Logic and Philosophy of Religion, Oxford, Oxford University Press, 2017, 319 p.

L’ouvrage se présente comme l’étude de quelques points de théologie hégélienne. Il examine en effet successivement la manière dont Hegel traite des preuves de l’existence de Dieu et l’application théologique qu’il fait du concept de personnalité. Mais son intérêt ne se limite pas à l’éclairage qu’il porte sur ces problèmes particuliers. Il se caractérise en effet avant tout par un effort continu pour rendre à ce domaine de la pensée de Hegel son ancrage logique et systématique, ce qui lui permet d’aboutir à une analyse particulièrement riche et cohérente des principes de la philosophie de l’esprit dans son ensemble.

Williams refuse aussi bien de rabattre la théologie hégélienne sur un fondement anthropologique que sur une quelconque forme d’orthodoxie religieuse. C’est pourquoi il se sent proche d’un hégélien « du centre » comme Carl Ludwig Michelet. Mais si Michelet affirme à juste titre que la personnalité de Dieu n’en fait pas une personne transcendante, Williams montre aussi que sa présentation de la théologie hégélienne ne prête pas assez d’attention à la logique du concept et échoue pour cette raison à donner à son objet un sens pleinement déterminé.

En effet, s’appuyant sur le dernier ouvrage de Stanley Rosen : The Idea of Hegel’s Science of Logic, Williams entend montrer que le trinitarisme théologique de Hegel doit être compris à partir de son trinitarisme logique, c’est-à-dire de sa conception de l’unité dans et par leur différence entre la pensée et l’être, le singulier et l’universel, qui est au fondement de la notion même de personnalité. Ceci donne lieu à des développements sur le caractère constitutivement social et communicatif de l’esprit, qui n’est qu’en se reconnaissant dans son autre et ne perd rien en se communiquant.

Le but du livre est ainsi de montrer comment la logique subjective permet de reconquérir un contenu rationnel tant pour la philosophie que pour la religion, au sein desquelles Hegel percevait des tendances formalistes et nihilistes, rendues inévitables par les apories de la métaphysique classique et renforcées par une lecture paresseuse de Kant. L’interprétation défendue n’a sans doute rien de révolutionnaire, mais elle se recommande par sa minutie et par l’attention qu’elle prête à des textes relativement méconnus, tels celui, resté inachevé, des Leçons sur les preuves de l’existence de Dieu.

Christophe FREY (Université Paris-I Panthéon-Sorbonne)

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Pour citer cet article : Christophe FREY, « Robert R. WILLIAMS, Hegel on the Proofs and the Personhood of God. Studies in Hegel’s Logic and Philosophy of Religion, Oxford, Oxford University Press, 2017 », in Bulletin de littérature hégélienne XXVIII, Archives de Philosophie, tome 81/4, Octobre-décembre 2018, p. 821-856.

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Hongyu JIA, Das Prinzip der Reflexivität bei Hegel, Würzburg, Königshausen & Neumann, 2016, 266 p.

L’ouvrage se donne pour objectif d’éclairer le principe même de la philosophie hégélienne. L’auteur s’attache en effet à mettre en évidence le rôle constitutif qu’une certaine forme de réflexion joue dans la systématisation de la pensée spéculative. Il en vient ainsi à considérer que la philosophie de Hegel se singularise davantage par son principe de réflexivité que par son caractère spéculatif, dans la mesure où elle se conçoit elle-même comme prenant la suite de systèmes qui se veulent et sont eux aussi spéculatifs dans leur principe, mais dont le point de départ spéculatif n’est pas animé et développé de la même manière par la réflexion, et ne revêt donc pas le même sens.

Avant d’aborder l’œuvre de Hegel, l’auteur s’efforce toutefois de tracer une brève histoire du concept de réflexion, depuis ses sources grecques et Cicéron jusqu’à Hegel lui-même, en s’attardant plus particulièrement sur les figures de Kant, de Fichte et de Schelling. Puis il suit l’évolution de la place accordée à la réflexion au sein même du corpus hégélien, des écrits de Berne à la Science de la logique et aux élaborations ultérieures. Il s’agit de montrer comment la réflexion, entendue comme acte mental, est d’abord exclue de la pensée de l’absolu, avant d’être progressivement intégrée à sa présentation, jusqu’à en devenir le principe moteur fondamental.

Enfin, dans les deux dernières parties de l’ouvrage, l’auteur adopte une démarche plus systématique, dont le but est de mieux définir la conception hégélienne d’une réflexion proprement philosophique et d’exposer les différentes formes qu’elle prend, dont les rapports déterminent selon lui la méthode de Hegel dans son ensemble.

Pour ce faire, l’ouvrage accorde un grand poids à l’écrit de 1801 sur La Différence entre les systèmes philosophiques de Fichte et de Schelling, où la réflexion, en tant qu’elle se supprime en se réfléchissant elle-même dans l’absolu, est effectivement présentée comme l’instrument privilégié de la philosophie. La thèse de l’auteur est que, si Hegel a ensuite fait du concept de réflexion un usage plus restreint, l’évolution ne serait que terminologique.

Sur ce sujet comme sur d’autres, l’ampleur des sujets abordés explique sans doute pour partie que l’auteur soit conduit à énoncer plus de thèses qu’il n’a le temps d’en justifier. Ceci a pour conséquence que la marche des idées n’est pas toujours facile à suivre. Néanmoins, le livre ouvre des perspectives interprétatives intéressantes sur un certain nombre de textes particulièrement ardus.

Christophe FREY (Université Paris I Panthéon-Sorbonne)

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Pour citer cet article : Christophe FREY, « Hongyu JIA, Das Prinzip der Reflexivität bei Hegel, Würzburg, Königshausen & Neumann, 2016 » in Bulletin de littérature hégélienne XXVII, Archives de Philosophie, tome 80/4, Octobre-décembre 2017, p. 773-802.


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