Auteur : Jean-Pascal Anfray

Edward W. GLOWIENKA, Leibniz’s Metaphysics of Harmony, Studia Leibnitiana – Sonderhefte 49, Stuttgart, Franz Steiner Verlag, 2016, 124 p.

Cette monographie est consacrée à la métaphysique de l’harmonie. L’auteur soutient que l’harmonie est effectivement un Grundbegriff, un concept fondamental de la métaphysique de Leibniz, mais que la conception de l’harmonie connaît une évolution importante, dont les écrits du De summa rerum constituent le moment charnière. Après un premier chapitre introductif, les deux chapitres suivants exposent les deux conceptions de l’harmonie que l’auteur attribue à Leibniz.

Les écrits de la période 1669-1674 contiennent en effet une première conception de l’harmonie, comprise comme diversité compensée par l’identité ou encore unité compensée par la variété. Selon l’auteur, cette définition de l’harmonie renvoie à une forme de « co-compensation » (p. 21). Il étudie sa mise en œuvre successivement : dans le droit naturel (où elle permet la conciliation de l’objectivité du bien avec une psychologie égoïste d’inspiration hobbesienne) ; dans la philosophie naturelle (où l’harmonie permet notamment de fonder la distinction de l’esprit et du corps) et dans la théologie naturelle (où l’auteur décèle une tension dans le fait que l’harmonie s’identifie tantôt aux idées divines, tantôt à une propriété du monde créé). Les manuscrits de 1676 contiennent une conception différente de l’harmonie, liée d’une part à l’idée de maximisation d’essence et de simplicité (cf. A VI, 3, 472), d’autre part au caractère central des esprits ou êtres rationnels, en raison de leur capacité à amplifier la perfection (p. 52). Cette place centrale des êtres rationnels dans la conception de l’harmonie du monde s’expliquerait par le contexte de la critique de Spinoza et de son rejet en particulier des causes finales (chapitre III.4). Sur ce point, les conclusions de l’auteur sont éclairantes et justifiées. Jusque dans sa correspondance avec Wolff, Leibniz perçoit en effet un lien étroit entre la caractérisation de la perfection et de l’harmonie comme ce qui offre un maximum d’intelligibilité aux esprits et la critique de Spinoza (cf. GLW 171).

Si la conception de l’harmonie se fixe entre 1676 et 1680, Leibniz la met à l’épreuve dans différents champs : le règne des causes finales et leur usage en optique, l’hypothèse de la concomittance et l’harmonie préétablie de l’âme et du corps. Les trois chapitres suivants sont consacrés à la place de l’harmonie dans la philosophie de Leibniz. Le cinquième chapitre porte notamment sur les discussions occasionnées par la publication du Système nouveau et avec lui de la théorie de l’harmonie préétablie. Il s’achève par une discussion du rôle de l’harmonie préétablie dans la discussion avec Des Bosses autour du Vinculum substantiale. Il y soutient notamment que l’harmonie préétablie est incompatible avec les réquisits ontologiques du lien substantiel, en particulier avec l’idée que la force caractéristique d’un tel vinculum dépend des forces primitives des monades selon une relation d’influxus, autrement dit, d’une causalité transitive intersubstantielle (p. 106).

Le chapitre conclusif revient sur l’idée que la métaphysique leibnizienne est une métaphysique de l’harmonie. L’auteur soutient notamment que l’harmonie joue un rôle décisif dans la résolution des deux labyrinthes leibniziens : celui de la liberté parce que, du fait que l’harmonie est une source de plaisir pour les esprits, il nous permet de passer du fatum stoicum au fatum christianum ; celui du continu, parce que l’harmonie permet de justifier la division actuelle à l’infini de la matière et le fait que chaque portion soit attachée à une monade.

La thèse centrale de l’ouvrage – que la conception leibnizienne de l’harmonie connaît une évolution authentique – est originale et audacieuse. L’auteur la défend subtilement dans le chapitre III, faisant de la confrontation avec Spinoza un élément clé de la conception définitive de l’harmonie. La seconde partie de l’ouvrage offre des aperçus suggestifs sur une série de questions topiques de la métaphysique leibnizienne. Toutefois le caractère synoptique de cette seconde partie est vraisemblablement responsable de quelques points plus faibles dans le développement. Ainsi la portée de l’objection de Bayle à l’harmonie préétablie semble sous-estimée : l’harmonie préétablie implique en effet que si le chien est frappé alors qu’il mange, il passe du plaisir à la douleur. Mais elle n’exclut pas que même si le chien n’était pas frappé, il pourrait passer du plaisir à la douleur. L’auteur n’insiste pas assez sur le fait que pour Leibniz, il est exclu que cette dernière hypothèse s’avère actuelle en raison de la sagesse divine. Plus loin, dans la discussion de la preuve de l’existence de Dieu tirée de l’harmonie préétablie, l’auteur aborde la difficulté du caractère circulaire de l’argument : d’un côté en effet, (i) Dieu est requis pour prouver l’existence des autres substances, tandis que d’un autre côté (ii) l’existence divine est prouvée à partir de l’existence d’une pluralité de substances harmonieuses entre elles. L’auteur suggère que l’existence d’autres substances est attestée en réalité par le fait de ma propre limitation : si aucune autre substance n’existait, il n’y aurait pas de raison que Dieu m’impose ces limites (p. 97-98). Une telle solution est toutefois difficilement défendable, car elle transforme l’imperfection essentielle aux créatures en une propriété extrinsèque, alors que l’imperfection originale est intrinsèque aux monades.

Plus largement, la thèse défendue dans l’ouvrage, selon laquelle les textes de 1676 manifestent un changement profond par rapport à la conception antérieure de l’harmonie comme co-compensation, est peut-être trop forte. Une telle lecture est en effet difficilement conciliable avec le fait que Leibniz continue à employer dans ses textes les plus tardifs des formules équivalentes à celles des tout premiers textes pour définir l’harmonie (cf. GLW 172). En outre, il est tout à fait possible de soutenir que la maximisation de la perfection d’une part et d’autre part le rôle spécifique dévolu aux esprits qui, par leur capacité à percevoir l’harmonie, tendent à accroître la perfection globale, représentent moins une divergence relativement à la définition initiale qu’ils n’apportent un surcroît de précision à la définition antérieure de la perfection. En atténuant ainsi la distance entre ces caractérisations que l’auteur semble opposer, on retrouverait les interprétations de l’harmonie de Blumenfeld ou de Rutherford, qui insistent sur le fait que l’harmonie du monde coïncide avec la détermination du maximum d’essence et (contrairement à Rescher) ne résulte pas d’un conflit entre deux paramètres antagoniques, la simplicité des lois et la richesse des effets. Ces réserves ne doivent pas occulter le mérite indéniable de cette monographie qui est de remettre la notion d’harmonie au cœur de l’interprétation de la métaphysique de Leibniz.

Jean-Pascal ANFRAY

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Pour citer cet article : Jean-Pascal ANFRAY, « Edward W. GLOWIENKA, Leibniz’s Metaphysics of Harmony, Studia Leibnitiana – Sonderhefte 49, Stuttgart, Franz Steiner Verlag, 2016 » in Bulletin leibnizien IV, Archives de Philosophie, tome 81/3, Juillet-septembre 2018, p. 563-639.

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Leonardo RUIZ GÓMEZ, El concepto leibniziano del espacio. La polemica con Clarke y el newtonianismo, Ediciones Universidad de Navarra, Pampelune, 2014, 471 p.

La conception leibnizienne de l’espace comme la controverse avec Newton et Clarke sont deux thèmes étroitement liés et sur lesquels il existe de longue date une littérature abondante, généralement inscrite dans la perspective du débat entre les conceptions absolutistes et relationnistes de l’espace et du temps. Cependant, les monographies exclusivement consacrées à l’une ou l’autre de ces questions sont encore peu nombreuses et plus rares encore celles qui traitent des deux à la fois. Resituer les thèses et les arguments que contiennent ces lettres à la fois dans leur contexte historique – celui des polémiques avec Newton et du climat scientifique, théologique et politique britannique – ainsi que dans le contexte des propres conceptions physiques et métaphysiques de Leibniz, tel est l’objectif de Leonardo Ruiz Gómez dans ce livre précis et longuement argumenté tiré d’une thèse de doctorat.

L’ouvrage comporte quatre grands chapitres. Le premier, qui est le plus historique, présente les éléments contextuels indispensables selon l’auteur à la compréhension de l’échange avec Clarke. Il rappelle les principaux épisodes de la querelle de priorité au sujet de l’invention du calcul et poursuit par une analyse socio-historique du contexte anglais, inspirée des travaux de Shapin, et par une présentation du contexte théologique ainsi que de la personnalité de Caroline, princesse de Galles, autour de laquelle se joue cette controverse.

Les deux chapitres suivants étudient le contenu de la correspondance proprement dite. Ainsi la critique de l’espace absolu à travers l’étude des arguments tirés du Principe d’identité des indiscernables (PII) et du Principe de Raison suffisante (PRS) est l’objet du chapitre 2. La manière dont ces arguments s’articulent l’un à l’autre et la relégation au second plan de la considération du PII dans le cinquième écrit au profit du PRS traduit, selon les commentateurs, tantôt un changement de stratégie, tantôt une subordination du premier argument à l’argument tiré du PRS. À cela s’ajoute l’idée selon laquelle Leibniz réfuterait seulement le caractère actuel d’un espace absolu, incompatible avec la sagesse divine, mais concèderait que Dieu aurait pu se trouver confronté à un choix entre des mondes indiscernables moins parfaits. L’auteur rejette cette lecture « contingentiste » de la conclusion de l’argument du PRS, qui semble impliquer la possibilité de l’espace absolu, et soutient de plus que les deux arguments sont logiquement indépendants l’un de l’autre et valides. Si l’argument du PRS occupe une place plus importante au sein de la correspondance, c’est en raison de la prégnance du contexte théologique. Ainsi l’auteur insiste-t-il sur le fait que, dans sa seconde réponse, Clarke ne cherche pas à défendre l’existence d’un espace absolu, mais utilise celui-ci comme une prémisse lui permettant de conclure que le choix divin relève d’une volonté libre qui est l’unique raison suffisante de ce choix. L’échange entre Leibniz et Clarke ne peut ainsi que déboucher sur un « dialogue de sourds » (p. 434, cf. p. 204-207), le second déduisant son interprétation du PRS de la supposition d’un espace absolu, quand le premier réfute cet espace absolu à partir du PRS.

Le chapitre suivant aborde les aspects cinétiques et dynamiques du débat entre relationnisme et absolutisme. Il commence par un rappel de l’argument newtonien établissant la réalité du mouvement absolu par l’effet des forces inertielles dans le mouvement centrifuge.

La suite du chapitre se penche sur la contradiction apparente, dans la réponse de Leibniz, entre l’équivalence des hypothèses, qui implique la complète relativité du mouvement d’une part, et d’autre part l’existence d’une distinction réelle entre mouvement absolu et mouvement relatif. L’auteur étudie en premier lieu les différents essais de défense de l’équivalence des hypothèses face à l’argument de Newton, tout en pointant à chaque fois leurs limites : la solution géométrico-cinétique, qui repose sur l’assimilation d’une trajectoire courbe à un polygone comportant une infinité de côtés, et la réponse dynamique, qui explique l’effet des forces inertielles dans le mouvement centrifuge par le mouvement relatif des corps par rapport à l’éther. Dans un deuxième temps, il se penche sur l’élément absolu dans le mouvement et expose à cet effet les fondements de la dynamique leibnizienne dont la structure duelle, selon la voie a posteriori et a priori de la démonstration de la conservation de la force, est fixée dès le début des années 1690, bien avant la correspondance avec Clarke ; ce qui permet d’écarter l’idée selon laquelle Leibniz aurait été conduit à une contradiction en concédant l’argument tiré de la force centrifuge. Selon l’auteur, la reconnaissance de la réalité de la force et de l’existence d’un absolu dans le mouvement ne contredit pas l’équivalence des hypothèses dès lors que l’une et l’autre thèse sont rattachées à leur domaine respectif : les phénomènes pour l’équivalence des hypothèses, les monades pour la réalité de la force. La formule mv2 ne définit pas la force, mais en donne seulement une mesure à partir de ses effets, la force se définissant proprement comme une capacité à causer du changement (p. 285-286).

Le dernier chapitre, le plus long, est consacré à l’analyse de la conception proprement leibnizienne de l’espace. Certains passages de la correspondance, tout particulièrement le § 47 du cinquième écrit, en présentent certains éléments importants. Comme avec les concepts de la dynamique cependant, cette position ne peut être complètement reconstruite qu’en tenant compte des concepts élaborés dans le reste du corpus qui n’apparaissent qu’en filigrane dans la correspondance. La définition de l’espace comme « ordre de coexistence » est en elle-même assez indéterminée et peut désigner un ordre au sein des corps actuels aussi bien qu’entre des existants possibles. Elle pourrait aussi s’appliquer aux monades elles-mêmes. De même, les notions d’espace et d’étendue sont tantôt équivalentes, tantôt nettement distinguées. Afin de dégager une théorie précise, et en s’appuyant en particulier sur J. A Cover et G. Hartz, l’auteur attribue à Leibniz une ontologie à trois niveaux : monades, phénomènes, idéalités. Il reconstruit dans un premier temps l’ontologie spatiale à partir d’un concept opératoire de spatialité qui comporte deux notions fondamentales : (1) la situation et (2) l’extension ou diffusion (c’est-à-dire le fait de posséder une structure partes extra partes, p. 305, p. 438). Quoique dépourvues d’extension, les monades possèdent néanmoins une situation, conçue comme une « proximité représentationnelle », plus exactement comme un mode de la représentation elle-même. La diffusion assure le passage des monades inétendues aux phénomènes étendus. Formellement, l’étendue consiste ainsi dans la diffusion, mais celle-ci suppose toujours que quelque chose soit diffusé, une propriété homogène, qui dans les corps est la résistance à la pénétration, ou antitypie, mais qui peut être plus généralement la situation elle-même (p. 340). La première étendue est réelle en ce qu’elle implique une propriété des phénomènes corporels, alors que l’étendue résultant de la diffusion de la situation procède d’une abstraction mentale. S’appuyant sur un passage important de l’Entretien de Philarète et d’Ariste (GP VI, 585), l’auteur soutient que l’étendue pure, comme diffusion de la situation fournit une première notion d’espace, composé à partir de l’ensemble des situations. Cet espace est distinct des phénomènes, tout en étant abstrait à partir d’eux (p. 376, p. 439). Les phénomènes étendus satisfont le principe de continuité si l’on entend par là le fait qu’ils forment une série dense discrète (p. 351), dont les éléments sont antérieurs au tout. L’espace géométrique est au contraire un continu au sens strict, une unité antérieure à ses parties. Le processus par lequel est formé le concept d’espace comme ensemble des lieux présuppose l’antériorité des situations sur l’espace, et ne permet pas, semble-t-il, de concevoir l’espace comme continu. Comment alors rendre compte sur le plan épistémique de l’appréhension de ce dernier ? Partant d’une suggestion de M. Gueroult, l’auteur distingue le concept discursif de l’espace comme ordre des situations de l’idée innée de l’étendue pure (p. 376 sq.). Cette idée représente l’espace compris comme unité idéale antérieure à ses parties. Ceci conduit à une interprétation kantienne selon laquelle cette idée innée est la « forme pure de l’appréhension » ou encore « la forme de la possibilité de l’appréhension » (p. 384), en vertu de laquelle nous percevons l’étendue phénoménale comme homogène, alors qu’elle est en elle-même distinguée. La dernière partie du chapitre, après un bref aperçu de l’analysis situs et du problème de la mesure, revient sur les questions qui occupent le premier plan dans la correspondance avec Clarke : le sensorium Dei, l’immensité divine et son rapport à l’espace, enfin le vide. Rapportée aux développements précédents, cette dernière section est assez brève et revêt un caractère plutôt suggestif. Néanmoins l’auteur y relie différents fils des analyses antérieures. Ainsi l’immensité divine est-elle le fondement de l’espace au sens où la totalité des suites possibles et par là des différents ordres de coexistence subsistent dans l’entendement divin, ce qui permet de réaliser la connexion entre l’espace composé à partir des situations et l’espace continu qui est l’objet de notre idée innée (p. 415-417). Enfin, selon l’auteur, le vide n’existe dans aucun monde possible, conformément à son interprétation de la nécessité métaphysique de l’argument du PRS. Un tel vide impliquerait en effet une diffusion sans que quelque chose ne soit diffusé. Pour autant, on peut concevoir un espace sans matière si on conçoit par là l’idée innée de l’espace comme possibilité même d’un ordre (p. 423-425, p. 443).

Les thèses défendues par l’auteur sont clairement exposées et argumentées à partir d’une discussion souvent précise de la littérature secondaire. Si l’on peut regretter l’absence d’index, le détail de la table des matières et les rappels des principales thèses qui ponctuent chaque chapitre ainsi que la conclusion générale comblent cette lacune. Sur les questions plus techniques, en particulier sur la force vive, ou la notion de situs, l’exposé est souvent clair et pédagogique, en sorte qu’il est accessible à des non-spécialistes de Leibniz.

Sans pouvoir ici entrer dans une discussion de fond qu’appelleraient les thèses les plus originales de l’auteur, on pourra faire quelques remarques. En premier lieu, le choix de la correspondance avec Clarke comme lieu privilégié pour explorer la conception leibnizienne de l’espace peut certes se justifier, mais dans la mesure où il s’agit précisément d’un contexte polémique, il aurait convenu d’accorder une plus grande place aux thèses de Newton et Clarke, ici reléguées au second plan. Ainsi, le statut ontologique de l’espace absolu newtonien est passé sous silence au chapitre 2 et à peine évoqué dans le dernier chapitre. En outre, si l’auteur insiste à juste titre sur l’importance du contexte, celui-ci se réduit à un contexte immédiat et externe, négligeant le contexte doctrinal et scientifique plus large des discussions sur l’espace au XVIIe siècle. Il est révélateur que l’ouvrage classique d’E. Grant, Much Ado About Nothing (Cambridge University Press, 1981) ne soit pas mentionné et ne figure pas même dans la bibliographie. Or les thèses de Henry More, évoquées en passant à l’occasion de la présence de l’âme à l’étendue (p. 420-421), et plus largement les discussions sur l’immensité et l’omniprésence de Dieu, l’espace imaginaire, la possibilité du vide ou du mouvement du monde constituent un arrière-plan nécessaire à la compréhension des thèses de Clarke comme de Leibniz.

En second lieu, la reconstruction des positions de Leibniz prête à discussion. On pourrait ainsi contester la dérivation du PII à partir du seul Praedicatum inest subiecto (PIS), par laquelle l’auteur justifie la nécessité métaphysique du premier d’une part et l’indépendance à l’égard du PRS d’autre part. En effet, le PII apparaît dès 1676, avant le PIS, et il se présente alors comme une conséquence du PRS. Sur les relations, l’ouvrage manque de précision. L’auteur souligne à juste titre que l’espace comme ensemble de relations de situations est une idéalité, comme toutes les relations. Mais il paraît ne pas prendre toute la mesure de la complexité de la conception leibnizienne des relations (la bibliographie ne mentionne d’ailleurs pas les principaux travaux consacrés à cette question). Il attribue à Leibniz une conception purement conceptualiste et subjectiviste des relations. Mais, comme il le reconnaît à propos du situs, les relations ont un certain fondement (p. 361). Cette difficulté provient de ce qu’il identifie relations et dénominations extrinsèques et ne distingue pas clairement relations, prédicats relationnels et éventuellement propriétés relationnelles. Le rapport de l’espace à l’entendement divin aurait aussi gagné en précision si l’auteur avait rattaché cette réflexion à la thèse selon laquelle l’entendement divin est aussi le fondement des relations et des vérités éternelles. Une étude complète de la théorie leibnizienne de l’espace ne saurait ainsi faire l’économie d’une analyse des relations.

Ces quelques remarques ne doivent pas occulter les qualités de cet ouvrage qui offre une synthèse très importante sur une question philosophique et scientifique fondamentale au-delà des études leibniziennes.

Jean-Pascal ANFRAY

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Pour citer cet article : Jean-Pascal ANFRAY, « Leonardo RUIZ GÓMEZ, El concepto leibniziano del espacio. La polemica con Clarke y el newtonianismo, Ediciones Universidad de Navarra, Pampelune, 2014 » in Bulletin leibnizien III, Archives de Philosophie, tome 80/3, avril-juin 2017, p. 561-623.

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