Auteur : Siegrid Agostini

SALVATORE SCHIFFER, Daniel, Le clair-obscur de la conscience. L’union de l’âme et du corps selon Descartes, Bruxelles, Académie Royale de Belgique, 2015, 144 p.

La thèse fondamentale de ce petit livre est la suivante : on trouve dans la philosophie de D. ce que l’A. appelle le clair-obscur de la conscience. Ce clair-obscur de la conscience n’apparaît pas chez le D. jeune, qui vit et travaille en France, le mathématicien, médecin et physicien ; pas même chez le D. de la maturité, le philosophe et métaphysicien des Meditationes qui vit aux Pays-Bas ; mais chez le troisième et dernier D., celui de la vieillesse, le D. qui part pour la Suède et écrit les Passions de l’âme (« ce véritable traité de psychologie », selon l’A.), dans l’ambitieux but de réunir physique et métaphysique, de réunir le corps et l’âme, en inventant l’inconscient tel qu’il sera repris plus tard par Freud. C’est donc le troisième D., selon l’A., le D. moins connu et le plus négligé, celui qu’on doit étudier, le D. qui unit la physique et la métaphysique dans la psychologie, dans ce qui allait devenir la psychanalyse. D’après l’A., les spécialistes ont jusqu’à présent fourni une vision réductrice de D., celle d’un D. idéaliste et dualiste, tandis que reste cachée la dernière phase cartésienne du travail, celui dans lequel le philosophe ne sépare plus l’âme du corps mais les unit. L’union du corps et de l’âme aurait valu à D. d’aller contre les traditions judéo-chrétienne et platonicienne, et c’est pourquoi il n’a pas été en mesure de terminer la dernière partie de son travail, cette partie qui était complètement occultée. Très ambitieusement, l’A. tente de ressusciter cette phase de la philosophie de D. où le philosophe unit l’âme et le corps. Le titre du livre de l’ouvrage est en ce sens paradigmatique. Pour D., il y a les idées claires et distinctes, les idées de la res cogitans ; opposé aux idées claires et distinctes, on trouve le corps, la matière, la res extensa. D. oppose les idées claires et distinctes de l’âme aux idées sombres et confuses du corps, mais ensuite il les réunit. La pensée claire et le corps obscur vont donc fournir le clair-obscur, ce lieu où D. fait précisément la synthèse entre la clarté des idées et l’obscurité du corps : ce lieu, ce sont les passions, l’affectivité. Les passions sont ce qui se situe à la limite du rationnel et de l’irrationnel, en cette partie qui est aux confins de l’âme et du corps. Les passions (la sensibilité, donc) sont certainement, pour D., immatérielles, mais elles sont causées par des organes, par des facteurs physiologiques. C’est en cette union de l’âme et du corps qu’on peut retrouver le dernier et vrai D.

Siegrid AGOSTINI

Retrouver ce compte rendu et l’ensemble du Bulletin cartésien XLVI chez notre partenaire Cairn

Pour citer cet article : Siegrid AGOSTINI, « SALVATORE SCHIFFER, Daniel, Le clair-obscur de la conscience. L’union de l’âme et du corps selon Descartes, Bruxelles, Académie Royale de Belgique, 2015, 144 p. » in Bulletin cartésien XLVI, Archives de Philosophie, tome 80/1, Janvier-mars 2017, p. 147-224.

♦♦♦