Auteur : Xavier Kieft

ARBIB, Dan, « L’ego image du Dieu ou du cogito suivant la volonté », Revue de métaphysique et de morale, 3/2016, p. 333-352.

Cet article propose une analyse du statut de la volonté dans la performance du cogito et dans les Meditationes III et IV où elle prend la forme de l’imago Dei au moyen d’une lecture interne originale et précise qui s’efforce d’élucider D. par lui-même, ce qui est toujours de bon aloi (en l’occurrence, il s’agit de montrer que, sur le point visé, la Meditatio IV opère un retour sur la Meditatio III et travaille en l’explicitant ce qu’elle annonce). Le primat de la volonté fait ainsi l’objet d’une étude suggestive et stimulante. On se plairait à voir comment celle-ci pourrait être articulée avec une analyse de cette volonté en ses déterminations, comme D. en propose par exemple dans les Lettres à Mesland des 2 mai 1644 et 9 février 1645, qui reviennent justement sur la Meditatio IV.

Xavier KIEFT

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Pour citer cet article : Xavier KIEFT, « ARBIB, Dan, « L’ego image du Dieu ou du cogito suivant la volonté », Revue de métaphysique et de morale, 3/2016, p. 333-352. » in Bulletin cartésien XLVII, Archives de Philosophie, tome 81/1, Janvier-mars 2018, p. 171-223.

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BORGHERO, Carlo & DEL PRETE Antonella, éd., L’uomo, il filosofo, le passioni, Florence, Le Lettere, « Giornale critico della filosofia italiana quaderni », 33, 2016, xii-332 p.

Ce volume reprend les actes d’un colloque international ayant eu lieu à l’Université de Rome « La Sapienza » en mai 2014. Il témoigne d’un élargissement des domaines de recherche du « Gruppo di ricerche sul cartesianismo » et est composé de quatre parties mettant chacune un thème ou sujet en relation avec les passions : une consacrée au corps, une axée sur la socialisation, une portant sur D. et les cartésiens et une dernière sur le scepticisme. L’érudition ici à l’œuvre fait la part belle aux choses curieuses et aux auteurs peu connus, tels Moreau de Saint-Elier ou Aubert de Versé, mais aussi à ceux que l’on considère ordinairement comme mineurs (Clauberg, Mersenne, Fontenelle, les Port-Royalistes) ou plutôt comme des gens de lettres que comme des théoriciens (Marivaux), aux grands (post-)cartésiens tels Spinoza, Malebranche et Diderot, aux auteurs anglo-saxons des XVIIe et XVIIIe siècles (Hobbes, Locke, Shaftesbury, Hume). L’ensemble constitue un remarquable panorama déployant la richesse des pensées modernes, présentées au prisme de l’étude des passions. Au cœur de ce beau volume, trois études sont spécifiquement consacrées à D. : une de G. Belgioioso portant sur tristesse dans la correspondance à Élisabeth, une de G. Mori sur la préface des Passions de l’âme, et une de D. Kambouchner centrée sur cette dernière œuvre.

Xavier KIEFT

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Pour citer cet article : Xavier KIEFT, « BORGHERO, Carlo & DEL PRETE Antonella, éd., L’uomo, il filosofo, le passioni, Florence, Le Lettere, « Giornale critico della filosofia italiana quaderni », 33, 2016, xii-332 p. » in Bulletin cartésien XLVII, Archives de Philosophie, tome 81/1, Janvier-mars 2018, p. 171-223.

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SHAW, Devin Zane, Egalitarian Moments. From Descartes to Rancière, London-Oxford, Bloomsbury, 2016, xii-208 p.

Le titre du présent ouvrage pourrait être trompeur. Il s’agit d’une étude centrée sur Rancière [= R.] à partir d’un thème fondamental dont l’A. trouve une origine dans la déclaration d’ouverture du Discours de la méthode relative au partage du bon sens. Ce rapprochement l’incite à soutenir que R. pratique l’« égalitarisme cartésien » (p. 9), une tendance qui consiste dans la décision de partir de l’égalité et de travailler à l’émancipation de sujets politiques auxquels on aura fait un tort en leur refusant l’auto-détermination ; on pense ici aux femmes, aux étudiants à qui on fait la leçon et qui n’ont pas leur mot à dire, aux pauvres. Quoique inspirateur d’un mouvement politique qui comprend Poulain de la Barre, Jacotot (le « maître ignorant » du livre éponyme de R.) et Beauvoir avant l’auteur du Philosophe et ses pauvres, l’auteur des Meditationes n’est pas tout fait un « égalitariste cartésien » (p. 11). L’enjeu du primat l’égalité des intelligences est en effet, selon l’A., souvent oblitéré chez lui par des questions de méthode, et D. reste souvent principalement apprécié en raison de son statut dans l’histoire de la métaphysique post-heideggérienne (p. 29-30). Comme par ailleurs « l’œuvre de Rancière ne contient pas de mise en question développée de la pensée de Descartes » (p. 42), notre philosophe brille surtout par son absence. De fait, après les mises au point évoquées à l’instant le livre aborde la question de l’égalitarisme de principe avec l’auteur de L’égalité des deux sexes, avant d’évaluer la position de R. lui-même, essentiellement en regard de Greenberg en esthétique et de Badiou en politique, tout en soulignant l’influence de Sartre et Beauvoir. D’autres auteurs sont mobilisés, tels Schelling ou Schiller, mais de D., il n’est pratiquement plus question après le premier chapitre. On remarquera aussi l’absence totale de Rousseau, pourtant assurément égalitariste et cartésien, et certainement influent sur R., mais on admettra que des choix aient pu être opérés. Quoi qu’il en soit, ces restrictions n’empêchaient pas qu’une étude serrée de la « traduction [par Jacotot] de la célèbre analyse cartésienne du morceau de cire », présentée par R. comme l’expression d’une « égalité cartésienne du cogito » placé sous le signe de la volonté dans Le maître ignorant (2e éd., 2004, p. 92-97) soit opérée. L’A., qui évoque ce passage, insiste sur la difficulté qu’il y a à distinguer la position de Jacotot de celle de R. (p. 44) ; c’est précisément dans un tel travail qu’il aurait été possible de prendre la mesure de la singularité ranciérienne. C’est en effet l’auteur de La mésentente qui découvre un cogito volontariste derrière la perspective sensualiste de Jacotot déployée dans le Journal de l’émancipation intellectuelle (t. IV, 1836-1837, p. 430-431, cité dans Le maître…, p. 93-94). Jacotot, pour sa part, traite plutôt du cogito pour le renverser en « Je suis homme, donc je pense » dans son Sommaire des leçons publiques de Mr. Jacotot, publié par son critique S. V[an] D[e] W[eyer] (Louvain, Valinthout et Vandenzande, 1822, p. 23, cité dans Le maître…, p. 62 et ici p. 44). Ainsi, quand l’inventeur de la panécastique fait quelque cas de D., ce n’est pas exactement dans le sens de R. Il eût été intéressant de montrer de quelle manière l’un et l’autre pouvaient donc, chacun à sa façon, être des égalitaristes cartésiens. Et il était peut-être également possible de montrer que c’est principalement R. qui a constitué Jacotot en cartésien émancipé, comme le suggère un entretien de 2005 sur « L’actualité du Maître ignorant » dans Et tant pis pour les gens fatigués (Paris, Amsterdam, 2009, p. 412-413).

Xavier KIEFT

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Pour citer cet article : Xavier KIEFT, « SHAW, Devin Zane, Egalitarian Moments. From Descartes to Rancière, London-Oxford, Bloomsbury, 2016, xii-208 p. » in Bulletin cartésien XLVII, Archives de Philosophie, tome 81/1, Janvier-mars 2018, p. 171-223.

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DESGABETS, Roberts, Opuscoli teologici e filosofici, editi a cura di Marco Ballardin, Milan, Vita e pensiero, 2013, LXII-326 p.

DESGABETS, Roberts, & LE GALLOIS, Antoine, Sull’Eucaristia. Scritti benedettini inediti negli anni del Traité de physique di Rohault, a cura di Maria Grazia et Mario Sina, Firenze, Olschki, 2013, CXX-509 p.

Deux très beaux volumes concernant Desgabets nous sont proposés : ils présentent la pensée du bénédictin de manière approfondie et permettent d’en réévaluer l’importance et l’originalité. Outre les rares textes parus de son vivant, sa philosophie ne nous était essentiellement connue que par le biais de quelques études – dont les magistrales thèses de P. Lemaire, Le cartésianisme chez les Bénédictins. Dom Robert Desgabets, son système, son influence et son école (Paris, 1901) et J.-R. Armogathe, Theologia cartesiana. L’explication physique de l’Eucharistie chez Descartes et dom Desgabets (La Haye, 1977) –, la publication de certaines de ses Œuvres philosophiques inédites par G. Rodis-Lewis et J. Beaude (Amsterdam, 1984) et les Controverses de Commercy reprises par J. Delon au tome II de son édition des Œuvres complètes du Cardinal de Retz (Paris, 2005). L’auteur de ces lignes avait appelé de ses vœux une édition des œuvres théologiques du bénédictin dans le BC XXXVI ; c’est avec joie qu’il a pu découvrir que cet appel avait été entendu par M. Ballardin, qui a entrepris en 2010 la publication de six de ces œuvres dans la Rivista de filosofia neo-scolastica, toutes reprises dans les Opuscoli désormais offerts au public, qui comprennent également cinq nouveaux inédits, dont un très important texte sur Les fondements de la philosophie et de la mathematique chrétienne contenus dans les loix de la nature et dans les regles de la communication des mouuemens… qui donne des justifications et explications relatives à la fameuse thèse de L’indéfectibilité des créatures comprise dans les fascicules 2 et 3 des Œuvres philosophiques inédites. Ce premier ensemble s’ouvre sur un essai introductif, qui présente le cadre intellectuel dans lequel se déploie la pensée du bénédictin et résume en quelques dizaines de pages les points essentiels de sa philosophie. Il déploie aussi une bibliographie précise qui en fait l’instrument de travail indispensable par lequel il conviendra de commencer ses recherches, parallèlement à la lecture des œuvres parues jusqu’ici. Sull’Eucartistia propose, comme l’indique son titre, un vaste ensemble de textes se rapportant aux questions eucharistiques précisément introduites dans l’essai exemplairement érudit par lequel il s’ouvre. Les textes y sont articulés autour des années charnières 1671-1672, au moment où, sous l’influence d’Harlay de Champvallon et suite à l’émoi causé chez les port-royalistes par la publication des Considerations sur l’estat present de la controverse touchant le tres-saint sacrement de l’autel, cet « avorton » embarrassant dont Lemaire avait fait grand cas aux chap. IV et V de sa thèse, il s’agit de faire cesser la diffusion de la doctrine cartésienne, notamment en ce qui concerne les possibles explications de la transsubstantiation inspirées par les lettres de Descartes à Mesland dont le caractère alors inédit n’a nullement empêché la diffusion. Ce très important ensemble comprend entre autres l’Explication familière de la théologie eucharistique sur laquelle s’appuyait J.-R. Armogathe dans la deuxième partie de Theologia cartesiana. Il propose également de découvrir la hardie Renovatio Antiqui SS. Eucharistiae explicandae modi per Philosophos, Theologiam et SS. Patres d’Antoine Le Gallois écrite en 1670, juste avant la parution des Considerations, et dont le public ne connaissait pour ainsi dire jusqu’alors que la réfutation dans le Mémoire de dom Mège contre un écrit du P. Gal. au sujet de sujet de l’Eucharistie repris par Lemaire en appendice de sa thèse sur le bénédictin. Ces deux ouvrages de vaste envergure sont accompagnés d’un ensemble de lettres et autres textes, principalement de Desgabets et de son disciple Senocq qui donnent la mesure des perturbations générées par ces manuscrits et les positions qu’ils traduisent, leur critique et leur diffusion en marge des publications officielles.

On l’aura compris, ces deux recueils constituent des jalons importants dans l’approfondissement de la connaissance de la diffusion du cartésianisme et de l’influence du cercle de Clerselier, puisque le rôle qu’y assume Desgabets prend le contrepied de la réserve publiquement adoptée par ce dernier et son gendre Rohault, même s’il n’est pas sûr à la lecture attentive des correspondances que la posture de Desgabets exprime sa seule imprudence, un zèle voire un enthousiasme cartésien de mauvais aloi ainsi que le suggéraient les commentateurs tels que Lemaire. Mais ils serviront aussi l’histoire des idées scientifiques, philosophiques et religieuses dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Ils invitent enfin à reprendre à nouveaux frais l’étude de la pensée propre de dom Desgabets, dont la singularité des opinions articulées autour la thèse fondamentale de l’indéfectibilité des créatures fait de lui non seulement un « petit cartésien » de tout premier ordre, mais aussi un auteur véritablement original.

Xavier KIEFT

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Pour citer cet article : Xavier KIEFT, « DESGABETS, Roberts, Opuscoli teologici e filosofici, editi a cura di Marco Ballardin, Milan, Vita e pensiero, 2013 et DESGABETS, Roberts, & LE GALLOIS, Antoine, Sull’Eucaristia. Scritti benedettini inediti negli anni del Traité de physique di Rohault, a cura di Maria Grazia et Mario Sina, Firenze, Olschki, 2013, » in Bulletin cartésien XLVI, Archives de Philosophie, tome 80/1, Janvier-mars 2017, p. 147-224.

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ARIEW, Roger, DES CHENNE, Dennis et alii, Historical Dictionary of Descartes and Cartesian Philosophy, Second ed., Lanham-Boulder-New York-Toronto-Plimouth, UK, Rowman & Littlefield, 2015, xx-388 p.
SMITH, Kurt, The Descartes Dictionary, London-New York, Bloomsbury, 2015, x-131 p.

Deux dictionnaires consacrés à D. et au cartésianisme sont parus cette année. Ou plutôt, la seconde édition d’un dictionnaire déjà reconnu (celui de R. Ariew, D. Des Chenne, D. Jesseph, T. Schmaltz et T. Verbeek) et un petit lexique. De dimensions très distinctes, ces deux ouvrages ne s’adressent pas au même public et, de ce fait, n’offrent guère le même contenu. Commençons par le second, The Descartes Dictionary de K. Smith, qui se présente explicitement comme un travail destiné aux étudiants (anglo-saxons) de premier cycle, peu familiers avec l’histoire de la philosophie en général et du cartésianisme en particulier. À ce titre, il s’ouvre sur une présentation rapide de la vie et de la philosophie de D., passablement convenue et, comme c’est presque inévitable pour ce genre d’exercice, en partie discutable, puisqu’elle fait fond sur la fameuse ontologie dualiste attribuée à notre auteur, s’interroge sur l’articulation de l’épistémologie et de la métaphysique et sur la présence éventuelle d’une morale définitive dans les œuvres publiées (p. 1-28). Elle s’achève sur autre pages consacrées au statut attribué à D. dans les salles de cours et met notamment en valeur le rapport conflictuel de Russell à notre philosophe, soulignant ainsi que ce lexique s’adresse principalement aux étudiants « analytiques », plutôt rompus aux discussions d’arguments appréhendés pour eux-mêmes qu’à la recherche de la source historique d’une querelle ou d’une idée. Les entrées de ce petit dictionnaire se devaient donc d’être sobres, synthétiques et non surchargées de références au corpus ou à la littérature secondaire, tout en étant suffisamment suggestives pour inciter les curieux à pousser plus avant leurs recherches. Force est de constater qu’elles remplissent le plus souvent honorablement ce rôle.

Le dictionnaire d’Ariew, Des Chenne et alii, quant à lui, s’adresse davantage aux chercheurs en histoire de la philosophie et aux étudiants de second cycle, et comprend ainsi un certain nombre d’entrées qui tendent vers l’érudition. Il est également agrémenté d’une substantielle bibliographie. Sa première édition était parue en 2003 chez Scarecrow Press (filiale de Rowman & Littlefield). Elle avait connu un assez beau succès et avait été rééditée en paperback en 2010. Les principaux ajouts de cette seconde édition se rapportent, comme l’indiquent les pages ajoutées à l’introduction (p. 12-16) au cartésianisme et à l’anticartésianisme, puisque les entrées de la première version du Dictionary ne sont nullement modifiées. À titre d’exemples, l’examen comparatif de quelques sections (A, B, C, G, L, M) du dictionnaire permet ainsi de découvrir ces nouvelles entrées, concernant des mouvements (« catholicism », « cartesianism », « anti-cartesianism »), mais aussi des concepts généraux en regard desquels la position cartésienne est explicitée (« authority »), des objets d’études ignorés dans la première version ou pour lesquels de simples renvois à d’autres articles étaient proposés (« comets », « composite », « cause in itself (causa sui) », « concurrence », « music »), ainsi que de nouvelles personnalités important pour l’histoire du cartésianisme (« Bagno », « Ban », « Boswell », « Brégy », « Golius », « Maresius », « Meysonnier »). La présentation plus aérée de la nouvelle édition (qui comprend plus de quatre-vingts pages supplémentaires) et la taille légèrement supérieure du nouveau volume accentuent l’impression d’augmentation de l’ouvrage, mais celle-ci n’est en réalité pas si quantitativement impressionnante, même si les suppléments sont très bienvenus et appréciables. Ils traduisent les préoccupations communes de ses auteurs, qui ne conçoivent guère l’étude de D. hors de son contexte historique et du mouvement intellectuel dans lequel sa pensée s’est déployée, à travers ses propres écrits ou ceux de ses contemporains ou successeurs. Il est donc fort agréable de saluer la nouvelle version de ce petit dictionnaire qui, sans pouvoir se comparer aux vastes Lexicons aujourd’hui disponibles sur le marché, n’en constitue pas moins un ouvrage précis et commode, dont seul le prix de vente, qui le rend assez peu accessible (à tout le moins dans cette version hardback, encore plus onéreuse que la première), semble à déplorer.

Xavier KIEFT

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Pour citer cet article : Xavier KIEFT, « SMITH, Kurt, The Descartes Dictionary, London-New York, Bloomsbury, 2015 » in Bulletin cartésien XLVI, Archives de Philosophie, tome 80/1, Janvier-mars 2017, p. 147-224.

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SOSA, Ernest, Judgment and Agency, Oxford, OUP, 2015 vi-269 p.

L’A. est épistémologue et ne fait pas profession d’historien de la philosophie. Il a cependant régulièrement intégré des commentaires novateurs et suggestifs concernant la théorie cartésienne de la connaissance dans le déploiement de ses intuitions relatives à l’épistémologie de la vertu qu’il a développée depuis son article fondamental de 1980 « The Raft and the Pyramid: Coherence versus Foundations in the Theory of Knowledge ». On les retrouve notamment dans A Virtue Epistemology. Apt Belief and Reflective Knowledge, Volume I (Oxford, 2007), Reflective Knowledge. Apt Belief and Reflective Knowledge, Volume II (Oxford, 2009) et l’article « Descartes and Virtue Epistemology » (dans K. J. Clark et M. Rea, éd., Reason, Metaphysics, and Mind. New Essays on the Philosophy of Alvin Plantinga, Oxford, 2012). Jugdment and Agency prolonge et précise ces travaux. On y retrouve notamment « Descartes’s Pyrrhonian Virtue Epistemology », d’abord paru dans D. Dodd et E. Zardini, éd., Scepticism and Perceptual Justification, Oxford, 2014). L’A. perçoit de manière suggestive que l’épistémologie cartésienne porte moins sur des règles ou des critères de justification des énoncés considérés en eux-mêmes que sur une posture particulière à adopter, qui consiste à déterminer l’aptitude à savoir bel et bien ce que l’on dit connaître en vertu d’une réflexion portée sur les moyens d’accéder à la croyance qui en fournissent la justification. Je sais que dans des conditions normales, si je vise la vérité comme je le fais (en suivant par exemple ma méthode d’examen ou si je maintiens mes efforts d’attention), je peux soutenir que je dois atteindre, autant que faire se peut, le savoir. Ainsi, les règles ou critères de vérité importeront progressivement moins que l’exercice et la constance dans mes efforts, c’est-à-dire l’intégration personnelle des normes épistémiques entendues non comme des commandements vis-à-vis desquels chaque défaillance conduirait à un constat d’échec mais selon la tendance générale – épistémologiquement vertueuse – que j’incarne. Sosa s’appuie dans ses écrits principalement sur les ouvrages se rapportant à la théorie de la connaissance de D. (le Discours, les Méditations et les Principes de la philosophie) ainsi que sur quelques extraits de la correspondance. Le lecteur averti pourra s’amuser à retrouver dans Les passions de l’âme où d’autres textes pour le moment ignorés de l’A. certaines confirmations de ses thèses, à tel point qu’il se demandera peut-être si D. n’est pas réellement le précurseur d’une forme d’épistémologie de la vertu – ce qui ne serait pas totalement absurde.

Xavier KIEFT

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Pour citer cet article : Xavier KIEFT, « SOSA, Ernest, Judgment and Agency, Oxford, OUP, 2015 » in Bulletin cartésien XLVI, Archives de Philosophie, tome 80/1, Janvier-mars 2017, p. 147-224.

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