Auteur : Xavier Kieft

SIMONETTA, David, « Descartes. L’intuition et la mémoire », Dix-septième siècle, 2017/4, 277, p. 701-718.

Cet article présente une mise en perspective des textes de D. relatifs à la mémoire avec les références renaissantes et celles de son temps, notamment Ravenne, Camillo, Schenkel et Meyssonnier, suivant en cela les travaux classiques de Rossi et Yates dont l’A. se démarque toutefois : en effet, D. n’est pas envisagé ici dans la continuité, mais à juste titre en rupture vis-à-vis de ces prédécesseurs (p. 710). Ce faisant, l’A. s’étend sur le statut de la mémoire intellectuelle chez D., et propose quelques remarques conclusives relatives au « dualisme ». On reconnaîtra à cet article l’intérêt de placer sous les yeux du lecteur quelques textes des représentants des arts de la mémoire que les travaux précédents ne citaient pas de manière aussi extensive, ainsi que le caractère suggestif de ses remarques concernant la mémoire intellectuelle. On regrettera seulement son ignorance presque totale de la littérature secondaire consacrée spécifiquement à la question dont il traite (« il n’existe certes pas de ‘théorie cartésienne de la mémoire’ ayant fait l’objet d’un exposé complet et systématique », lit-on p. 713), de sorte que si les importants travaux de D. Kambouchner sont heureusement évoqués, manquent l’article fondamental de P. Landormy sur « La mémoire corporelle et la mémoire intellectuelle chez Descartes » (Bibliothèque du congrès international de philosophie, Paris, Alcan, t. IV, 1902, p. 259-298), celui de J.-R. Armogathe sur « La memoria des modernes, ou les métamorphoses de Mnémosyne » (Biblio-17 : Papers on French XVII c. Literature, Paris-Seattle-Tübingen, 1993, p. 61-74), voire ceux de P. Guenancia et J. Sutton.

Xavier KIEFT

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Pour citer cet article : Xavier KIEFT, « SIMONETTA, David, « Descartes. L’intuition et la mémoire », Dix-septième siècle, 2017/4, 277, p. 701-718 » in Bulletin cartésien XLVIII, Archives de Philosophie, tome 82/1, Janvier-mars 2019, p. 143-224.


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DUBOUCLEZ, Olivier & PELLETIER, Arnaud, éd., « L’attention au XVIIe siècle : conceptions et usages », numéro thématique, Les Études philosophiques, 2017/1, 171, p. 3-117.

Ce cahier contient, outre sa présentation (p. 3-6), un ensemble de sept textes, dont trois portent notamment ou exclusivement sur D. Il s’agit des contributions de G. Hatfield : « L’attention chez Descartes : aspect mental et aspect physiologique » (p. 7-25), O. Dubouclez : « Attention et simultanéité intellectuelle chez Descartes, Clauberg et Spinoza » (p. 27-42) et Th. Barrier : « La capture de l’esprit : attention et admiration chez Descartes et Spinoza » (p. 43-58). Viennent ensuite quatre autres textes, de M. Dupuis : « L’attention et l’amour de l’ordre dans la morale de Malebranche » (p. 59-72), V. Lähteenmäki : « L’attention dans la philosophie de l’esprit de John Locke » (p. 73-86), L. Bouquiaux : « Attention et pensée aveugle chez Leibniz » (p. 87-102) et A. Pelletier : « Attention et aperception selon Leibniz : aspects cognitifs et éthiques » (p. 103-118). Si l’attention peut à bon droit être considérée comme une notion décisive pour la compréhension de l’entreprise cartésienne, au moins depuis les références à l’« esprit pur et attentif » de la Regula III, force est de constater que les héritiers et successeurs de D. ne l’ignorent pas non plus, quoiqu’ils lui attribuent un statut et une fonction souvent fort différents. C’est à la mise en perspective de ces théories divergentes que le lecteur de ce numéro des Études s’emploie, découvrant ce faisant un véritable kaléidoscope conceptuel, preuve que l’attention est loin d’être une notion univoque au XVIIe siècle. On rencontrera par ailleurs plusieurs styles d’études en histoire de la philosophie : l’analyse des emplois et significations (G. Hatfield), la distinction conceptuelle (L. Bouquiaux et A. Pelletier), la lecture interne érudite (O. Dubouclez) ou la mise en perspective interprétative (Th. Barrier, M. Dupuis et V. Lähteenmäki qui offre ici un prolongement de ses précédents travaux sur l’expérience et la perception chez Locke). Ce travail collectif constitue ainsi bien plus qu’un simple catalogue d’opinions ou une recension de points de doctrines de philosophes de l’âge classique : il donne à penser à nouveaux frais une question qui, pour actuelle qu’elle soit (voir à ce sujet la présentation et le début de l’article de M. Dupuis), est certainement suffisamment riche et complexe pour appeler encore bien des recherches.

S’agissant des textes portant plus spécifiquement sur D., on trouvera dans le texte de G. Hatfield une typologie des acceptions de l’attention dans ses usages cartésiens, à partir de la classification proposée par O. Neumann (dans l’important Historisches Wörterbuch der Philosophie dirigé par J. Ritter, Darmstadt, 1971), dont l’A. retrouve « six des sept catégories » (p. 11). Ce faisant, il insiste sur l’interaction entre l’esprit et le corps qu’implique l’attention et parle à ce sujet de manière suggestive d’« unité fonctionnelle » (p. 23). – O. Dubouclez insiste pour sa part sur l’intermédiaire décisif que constitue Clauberg dans la redétermination du statut de l’attention qu’opère Spinoza à partir de D. Alors que chez l’auteur des Regulae l’attention est une sorte de contention de l’esprit par lequel ce dernier, de manière quelque peu ambiguë, peut appréhender une chose singulière, voire plusieurs singularités ou encore le passage d’une étape du raisonnement à l’autre, chez Clauberg elle consiste essentiellement dans une opération sélective de l’intellect, tandis que la simultanéité des opérations intellectuelles ou des différents degrés du sens telle la réception des données par l’organe de la sensibilité, leur perception par l’esprit et le jugement concernant la nature de la chose vue sont un fait relevant de l’union de l’âme et du corps qui ne semble guère élucidé (p. 36). Chez Spinoza, c’est la simultanéité des affections du corps qui permettra la compréhension de la chose par un esprit embrassant adéquatement les choses dans une opération à l’occasion de laquelle l’auteur de l’Éthique ne parlera plus d’attention, laquelle pourrait renvoyer à l’idée de perception disjonctive et, ipso facto, inadéquate, de la complexité considérée alors confusément. – Th. Barrier étudie la relation entre l’admiration et l’attention chez D. et Spinoza. Chez le premier, l’étonnement interdit l’impassibilité et suscite l’admiration (p. 45) mais, s’il s’avère excessif, il peut empêcher de prendre convenablement connaissance de la chose admirée (et l’admiration tend alors vers l’hébétude). C’est pourquoi un effort est requis pour ne pas se laisser égarer par ces passions. L’A. en conclut, sans peut-être tout à fait le prouver, que chez D. « l’attention dépend toujours en dernière instance d’un exercice de la volonté susceptible de déterminer l’entendement » (p. 49), alors que quand Spinoza associe l’admiration à l’étonnement, il insiste sur le fait que la perception simultanée et confuse des choses diverses opère une sorte de blocage qui empêche le progrès vers la connaissance et constitue une sorte d’« absence totale à soi-même de l’esprit » contre laquelle on ne peut qu’enjoindre à être attentif, l’attention palliant alors la difficulté de l’appréhension de pluralité et diversité des éléments à prendre en compte dans une démonstration, par exemple, sans pour autant dépendre d’un simple engagement d’une volonté autonome. On voit ici dans quelle mesure cette contribution répond en un sens à celle d’O. Dubouclez. – L’aspect volontaire ou involontaire de l’attention constitue manifestement une des difficultés majeures des contributions de ce collectif (voir, par exemple, la section 3 de l’article de V. Lähteenmäki, p. 80). On ne s’étonnera donc pas que ce soit sur cette question que s’achève la dernière étude que l’on doit à A. Pelletier et dont on saluera la subtilité, car elle ne se réduit pas à mettre en cause les lectures de Leibniz qui attribuent l’aperception aux animaux. L’A. montre que, dans le cas du philosophe de Hanovre, la physiologie du corps, où s’articulent la perception et la mémoire corporelle, « constitue en fin de compte le ressort naturel de la capture de l’attention » (p. 115), laquelle attention, d’abord non réflexive, peut appeler, mais non systématiquement – ce qui ouvre de manière intéressante la discussion aux enjeux moraux – une réflexion.

Xavier KIEFT

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Pour citer cet article : Xavier KIEFT, « DUBOUCLEZ, Olivier & PELLETIER, Arnaud, éd., « L’attention au XVIIe siècle : conceptions et usages », Les Études philosophiques, 2017/1, 171, p. 3-117 » in Bulletin cartésien XLVIII, Archives de Philosophie, tome 82/1, Janvier-mars 2019, p. 143-224.


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Historia philosophica, 15, 2017, 184 p.

La dernière livraison de la revue dirigée par P. Cristofolini et A. Del Prete contient cinq articles concernant D. ou ses critiques, qui ne forment pas un ensemble cohérent mais néanmoins une agrégation remarquable. Dans la section « Opuscula », on trouve ainsi « La critica di Vico a Descartes. Critica e topica a confronto » d’Emma Nanetti (p. 31-42), dans lequel l’A. présente l’influence exercée au début des années 1700 par D. sur la pensée du futur auteur de la Scienza Nuova, ainsi que les motifs de la distance que ce dernier prendra à l’égard de l’auteur du DM : les écueils d’une pensée solipsiste et la nécessité de communiquer pour progresser dans la connaissance, le rôle de l’imagination dans l’élaboration du sens commun et l’aspect opératoire de la vérité qu’il convient de concevoir comme processus et non comme pure certitude.

La section « Monographica » est entièrement consacrée à l’histoire du cartésianisme dans un sens assez large. L’étude de D. Collaciani et S. Roux sur « Pierre Bourdin, anti-cartésien ou jésuite ordinaire » (p. 89-113) brosse un portrait original de l’auteur des Septièmes objections. Celui-ci y est en effet appréhendé pour lui-même à partir de ses travaux mathématiques et en particulier des thèses qu’il a fait soutenir durant sa carrière au collège de Clermont, et non pas vis-à-vis de D. On y découvre avec plaisir un Bourdin au travail, curieux des avancées scientifiques de son temps et très éloigné du portrait moqueur qu’en brosse l’auteur des Méditations métaphysiques lorsqu’il annote ses Objections. – Dans « ‘[P.]er experientiam scilicet, vel deductionem’. Descartes’ Battle for Scientia in the early 1630s » (p. 115-133), F. Baldassarri s’arrête sur la constitution du concept cartésien de scientia, élaboré à partir des Regulae et précisé dans la correspondance en opposition d’une part à Beeckman, à qui D. reproche d’appuyer ses découvertes sur la chance ou sur une appréciation erronée de choses sans valeur plutôt que sur les efforts de l’esprit même (p. 121), et d’autre part à Mersenne, dont il déplore les collections de choses curieuses quand il vaudrait mieux restreindre son enquête à ce qui est pertinent et encadrer ses expériences par des raisonnements et des principes de méthode (p. 126 sqq.). – S. Agostini revient dans « Clerselier and Descartes : Pagani habuerunt ideam plurium Deorum » (p. 135-145) sur la figure de celui que Baillet nommait le « second auteur du cartésianisme ». Après une présentation de l’éditeur de D. et de son rôle dans la défense de sa philosophie, notamment en ce qui concerne les fameuses discussions relatives à l’eucharistie, l’A. rend compte d’un autre engagement de Clerselier : il s’agit d’une des « victoires » (selon le mot d’une lettre de D. du 17 fév. 1645) gagnées par le futur traducteur des Objectiones et Responsiones contre un « célèbre philosophe parisien » non identifié à propos de la possibilité du polythéisme des païens (par quoi pouvait être mise en cause la clarté de l’idée de Dieu présentée dans la Cinquième méditation). S. Agostini s’appuie ensuite sur une lecture des Exercitationes centum de cognitione Dei et nostri de Clauberg pour signaler un échange épistolaire à ce sujet entre celui qui est alors étudiant à Groningue et le premier éditeur de la Correspondance de D. – G. Baldin, dans « Archi, spiriti e conatus : Hobbes e Descartes sui principi della fisica » (p. 147-165) s’intéresse à la genèse de la notion hobbesienne de conatus qu’il rapporte, pour une part, à la prise en considération du thème des esprit internes à partir des travaux de ses prédécesseurs et notamment du Mersenne de l’Harmonie universelle et, d’autre part, à sa lecture critique de la Dioptrique de D. à la suite de laquelle il refuse les notions d’inclination ou de détermination au mouvement pour forger une conception proprement dynamique dudit conatus. – Tout ceci constitue un bel ensemble dans lequel l’effort interprétatif le dispute à l’érudition.

Xavier KIEFT

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Pour citer cet article : Xavier KIEFT, « Historia philosophica, 15, 2017 » in Bulletin cartésien XLVIII, Archives de Philosophie, tome 82/1, Janvier-mars 2019, p. 143-224.


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DENNETT, Daniel, From Bacteria to Bach and Back. The Evolution of Minds, London, Allen Lane, 2017, xvi-476 p.

L’exposition la plus précise et la plus développée de la théorie de l’esprit de Dennett, dans La conscience expliquée, a immédiatement pris la forme d’une confrontation avec la pensée de D. Cette opposition persiste toujours, puisque le dernier ouvrage du philosophe de Tufts consiste également dans la réfutation d’un motif estimé cartésien : la « gravité cartésienne » (« la force qui [nous] enferme dans [le] point de vue égocentrique “de l’intérieur” », p. 20). Ce thème prend pour ainsi dire aujour­d’hui la place du célèbre « théâtre cartésien » inventé dans l’ouvrage de 1991 et constitue l’objet central du nouveau livre. Cette gravité est, selon l’A., ce qui nous incite à déterminer le sens d’une idée ou la signification d’un mot à partir d’un supposé contenu perçu en première personne. Dennett produit en vue de l’élucider son travail le plus complet et le plus suggestif à ce jour sur la notion de même qu’il a empruntée au Gène égoïste de Dawkins pour lui donner une nouvelle extension. La lecture de From Bacteria to Bach and Back est à la fois stimulante et ludique pour autant que l’on s’amuse à découvrir sous les intentions explicites de son auteur un cartésianisme secret, sans s’effaroucher des surinterprétations assumées et autres lectures à l’emporte-pièce dont il est coutumier : il ne s’agit pas ici de faire de l’histoire de la philosophie mais de poursuivre des travaux désormais classiques en théorie évolutionniste de l’esprit.

Xavier KIEFT

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Pour citer cet article : Xavier KIEFT, « DENNETT, Daniel, From Bacteria to Bach and Back. The Evolution of Minds, London, Allen Lane, 2017 » in Bulletin cartésien XLVIII, Archives de Philosophie, tome 82/1, Janvier-mars 2019, p. 143-224.


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MARTIS, John, Subjectivity as Radical Hospitality. Recasting the Self with Augustine, Descartes, Marion and Derrida, Lanham, Lexington Books, 2017, ix-179 p.

Dans une perspective d’emblée revendiquée comme post-déconstructiviste et post-phénoménologique (p. 1), l’A. entreprend de penser, principalement en regard de la philosophie de Marion et notamment de son concept d’adonné, ce qui pourrait tenir lieu de sujet comme « subject-in-loss » : un « sujet égaré », pourrait-on tenter de traduire (car il n’est pas non plus perdu pour lui-même, quoiqu’il soit pour ainsi dire déliquescent : p. 27 et 4). Ce faisant, le parcours tracé rend nécessaire la prise en compte des figures qui ont jalonné le cheminement de Marion, dont les principales retenues ici (outre Husserl et Kant) sont les trois autres auteurs du sous-titre : Augustin, Derrida et D., auquel il n’est finalement fait référence que pour discuter du cogito, reformulé en l’occurrence en « j’accueille, donc je suis » (p. 163). C’est en effet l’hospitalité conçue comme analogue de la foi (p. 5), selon une détermination qui en fait l’ouverture à l’autre comme tel (et non à l’autre reconduit à une sorte d’alter-ego, puisque d’ego qualifié il n’est encore point question avant l’advenue de l’autre) qui va permettre au sujet égaré qui se sent simplement exister de se penser comme ce que la substantialité de la subjectivité, éventuellement transcendantale, héritée du kantisme ne permettait pas d’appréhender convenablement. Au demeurant, l’accueil envisagé ici n’est que rarement – et seulement du fait de l’influence de Derrida – une manière de recevoir l’étranger arrivant en personne, mais plutôt une disposition générale à l’accueil de l’autre qui me fait ainsi prendre forme de sujet accueillant ou disposé à l’autre. On l’aura compris, il n’est point question ici d’interpréter ou même de lire D., mais plutôt de s’essayer à formuler ce que Marion peut donner à penser du sujet.

Xavier KIEFT

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Pour citer cet article : Xavier KIEFT, « MARTIS, John, Subjectivity as Radical Hospitality. Recasting the Self with Augustine, Descartes, Marion and Derrida, Lanham, Lexington Books, 2017 » in Bulletin cartésien XLVIII, Archives de Philosophie, tome 82/1, Janvier-mars 2019, p. 143-224.


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ARBIB, Dan, « L’ego image du Dieu ou du cogito suivant la volonté », Revue de métaphysique et de morale, 3/2016, p. 333-352.

Cet article propose une analyse du statut de la volonté dans la performance du cogito et dans les Meditationes III et IV où elle prend la forme de l’imago Dei au moyen d’une lecture interne originale et précise qui s’efforce d’élucider D. par lui-même, ce qui est toujours de bon aloi (en l’occurrence, il s’agit de montrer que, sur le point visé, la Meditatio IV opère un retour sur la Meditatio III et travaille en l’explicitant ce qu’elle annonce). Le primat de la volonté fait ainsi l’objet d’une étude suggestive et stimulante. On se plairait à voir comment celle-ci pourrait être articulée avec une analyse de cette volonté en ses déterminations, comme D. en propose par exemple dans les Lettres à Mesland des 2 mai 1644 et 9 février 1645, qui reviennent justement sur la Meditatio IV.

Xavier KIEFT

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Pour citer cet article : Xavier KIEFT, « ARBIB, Dan, « L’ego image du Dieu ou du cogito suivant la volonté », Revue de métaphysique et de morale, 3/2016, p. 333-352. » in Bulletin cartésien XLVII, Archives de Philosophie, tome 81/1, Janvier-mars 2018, p. 171-223.

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BORGHERO, Carlo & DEL PRETE Antonella, éd., L’uomo, il filosofo, le passioni, Florence, Le Lettere, « Giornale critico della filosofia italiana quaderni », 33, 2016, xii-332 p.

Ce volume reprend les actes d’un colloque international ayant eu lieu à l’Université de Rome « La Sapienza » en mai 2014. Il témoigne d’un élargissement des domaines de recherche du « Gruppo di ricerche sul cartesianismo » et est composé de quatre parties mettant chacune un thème ou sujet en relation avec les passions : une consacrée au corps, une axée sur la socialisation, une portant sur D. et les cartésiens et une dernière sur le scepticisme. L’érudition ici à l’œuvre fait la part belle aux choses curieuses et aux auteurs peu connus, tels Moreau de Saint-Elier ou Aubert de Versé, mais aussi à ceux que l’on considère ordinairement comme mineurs (Clauberg, Mersenne, Fontenelle, les Port-Royalistes) ou plutôt comme des gens de lettres que comme des théoriciens (Marivaux), aux grands (post-)cartésiens tels Spinoza, Malebranche et Diderot, aux auteurs anglo-saxons des XVIIe et XVIIIe siècles (Hobbes, Locke, Shaftesbury, Hume). L’ensemble constitue un remarquable panorama déployant la richesse des pensées modernes, présentées au prisme de l’étude des passions. Au cœur de ce beau volume, trois études sont spécifiquement consacrées à D. : une de G. Belgioioso portant sur tristesse dans la correspondance à Élisabeth, une de G. Mori sur la préface des Passions de l’âme, et une de D. Kambouchner centrée sur cette dernière œuvre.

Xavier KIEFT

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Pour citer cet article : Xavier KIEFT, « BORGHERO, Carlo & DEL PRETE Antonella, éd., L’uomo, il filosofo, le passioni, Florence, Le Lettere, « Giornale critico della filosofia italiana quaderni », 33, 2016, xii-332 p. » in Bulletin cartésien XLVII, Archives de Philosophie, tome 81/1, Janvier-mars 2018, p. 171-223.

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SHAW, Devin Zane, Egalitarian Moments. From Descartes to Rancière, London-Oxford, Bloomsbury, 2016, xii-208 p.

Le titre du présent ouvrage pourrait être trompeur. Il s’agit d’une étude centrée sur Rancière [= R.] à partir d’un thème fondamental dont l’A. trouve une origine dans la déclaration d’ouverture du Discours de la méthode relative au partage du bon sens. Ce rapprochement l’incite à soutenir que R. pratique l’« égalitarisme cartésien » (p. 9), une tendance qui consiste dans la décision de partir de l’égalité et de travailler à l’émancipation de sujets politiques auxquels on aura fait un tort en leur refusant l’auto-détermination ; on pense ici aux femmes, aux étudiants à qui on fait la leçon et qui n’ont pas leur mot à dire, aux pauvres. Quoique inspirateur d’un mouvement politique qui comprend Poulain de la Barre, Jacotot (le « maître ignorant » du livre éponyme de R.) et Beauvoir avant l’auteur du Philosophe et ses pauvres, l’auteur des Meditationes n’est pas tout fait un « égalitariste cartésien » (p. 11). L’enjeu du primat l’égalité des intelligences est en effet, selon l’A., souvent oblitéré chez lui par des questions de méthode, et D. reste souvent principalement apprécié en raison de son statut dans l’histoire de la métaphysique post-heideggérienne (p. 29-30). Comme par ailleurs « l’œuvre de Rancière ne contient pas de mise en question développée de la pensée de Descartes » (p. 42), notre philosophe brille surtout par son absence. De fait, après les mises au point évoquées à l’instant le livre aborde la question de l’égalitarisme de principe avec l’auteur de L’égalité des deux sexes, avant d’évaluer la position de R. lui-même, essentiellement en regard de Greenberg en esthétique et de Badiou en politique, tout en soulignant l’influence de Sartre et Beauvoir. D’autres auteurs sont mobilisés, tels Schelling ou Schiller, mais de D., il n’est pratiquement plus question après le premier chapitre. On remarquera aussi l’absence totale de Rousseau, pourtant assurément égalitariste et cartésien, et certainement influent sur R., mais on admettra que des choix aient pu être opérés. Quoi qu’il en soit, ces restrictions n’empêchaient pas qu’une étude serrée de la « traduction [par Jacotot] de la célèbre analyse cartésienne du morceau de cire », présentée par R. comme l’expression d’une « égalité cartésienne du cogito » placé sous le signe de la volonté dans Le maître ignorant (2e éd., 2004, p. 92-97) soit opérée. L’A., qui évoque ce passage, insiste sur la difficulté qu’il y a à distinguer la position de Jacotot de celle de R. (p. 44) ; c’est précisément dans un tel travail qu’il aurait été possible de prendre la mesure de la singularité ranciérienne. C’est en effet l’auteur de La mésentente qui découvre un cogito volontariste derrière la perspective sensualiste de Jacotot déployée dans le Journal de l’émancipation intellectuelle (t. IV, 1836-1837, p. 430-431, cité dans Le maître…, p. 93-94). Jacotot, pour sa part, traite plutôt du cogito pour le renverser en « Je suis homme, donc je pense » dans son Sommaire des leçons publiques de Mr. Jacotot, publié par son critique S. V[an] D[e] W[eyer] (Louvain, Valinthout et Vandenzande, 1822, p. 23, cité dans Le maître…, p. 62 et ici p. 44). Ainsi, quand l’inventeur de la panécastique fait quelque cas de D., ce n’est pas exactement dans le sens de R. Il eût été intéressant de montrer de quelle manière l’un et l’autre pouvaient donc, chacun à sa façon, être des égalitaristes cartésiens. Et il était peut-être également possible de montrer que c’est principalement R. qui a constitué Jacotot en cartésien émancipé, comme le suggère un entretien de 2005 sur « L’actualité du Maître ignorant » dans Et tant pis pour les gens fatigués (Paris, Amsterdam, 2009, p. 412-413).

Xavier KIEFT

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Pour citer cet article : Xavier KIEFT, « SHAW, Devin Zane, Egalitarian Moments. From Descartes to Rancière, London-Oxford, Bloomsbury, 2016, xii-208 p. » in Bulletin cartésien XLVII, Archives de Philosophie, tome 81/1, Janvier-mars 2018, p. 171-223.

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DESGABETS, Roberts, Opuscoli teologici e filosofici, editi a cura di Marco Ballardin, Milan, Vita e pensiero, 2013, LXII-326 p.

DESGABETS, Roberts, & LE GALLOIS, Antoine, Sull’Eucaristia. Scritti benedettini inediti negli anni del Traité de physique di Rohault, a cura di Maria Grazia et Mario Sina, Firenze, Olschki, 2013, CXX-509 p.

Deux très beaux volumes concernant Desgabets nous sont proposés : ils présentent la pensée du bénédictin de manière approfondie et permettent d’en réévaluer l’importance et l’originalité. Outre les rares textes parus de son vivant, sa philosophie ne nous était essentiellement connue que par le biais de quelques études – dont les magistrales thèses de P. Lemaire, Le cartésianisme chez les Bénédictins. Dom Robert Desgabets, son système, son influence et son école (Paris, 1901) et J.-R. Armogathe, Theologia cartesiana. L’explication physique de l’Eucharistie chez Descartes et dom Desgabets (La Haye, 1977) –, la publication de certaines de ses Œuvres philosophiques inédites par G. Rodis-Lewis et J. Beaude (Amsterdam, 1984) et les Controverses de Commercy reprises par J. Delon au tome II de son édition des Œuvres complètes du Cardinal de Retz (Paris, 2005). L’auteur de ces lignes avait appelé de ses vœux une édition des œuvres théologiques du bénédictin dans le BC XXXVI ; c’est avec joie qu’il a pu découvrir que cet appel avait été entendu par M. Ballardin, qui a entrepris en 2010 la publication de six de ces œuvres dans la Rivista de filosofia neo-scolastica, toutes reprises dans les Opuscoli désormais offerts au public, qui comprennent également cinq nouveaux inédits, dont un très important texte sur Les fondements de la philosophie et de la mathematique chrétienne contenus dans les loix de la nature et dans les regles de la communication des mouuemens… qui donne des justifications et explications relatives à la fameuse thèse de L’indéfectibilité des créatures comprise dans les fascicules 2 et 3 des Œuvres philosophiques inédites. Ce premier ensemble s’ouvre sur un essai introductif, qui présente le cadre intellectuel dans lequel se déploie la pensée du bénédictin et résume en quelques dizaines de pages les points essentiels de sa philosophie. Il déploie aussi une bibliographie précise qui en fait l’instrument de travail indispensable par lequel il conviendra de commencer ses recherches, parallèlement à la lecture des œuvres parues jusqu’ici. Sull’Eucartistia propose, comme l’indique son titre, un vaste ensemble de textes se rapportant aux questions eucharistiques précisément introduites dans l’essai exemplairement érudit par lequel il s’ouvre. Les textes y sont articulés autour des années charnières 1671-1672, au moment où, sous l’influence d’Harlay de Champvallon et suite à l’émoi causé chez les port-royalistes par la publication des Considerations sur l’estat present de la controverse touchant le tres-saint sacrement de l’autel, cet « avorton » embarrassant dont Lemaire avait fait grand cas aux chap. IV et V de sa thèse, il s’agit de faire cesser la diffusion de la doctrine cartésienne, notamment en ce qui concerne les possibles explications de la transsubstantiation inspirées par les lettres de Descartes à Mesland dont le caractère alors inédit n’a nullement empêché la diffusion. Ce très important ensemble comprend entre autres l’Explication familière de la théologie eucharistique sur laquelle s’appuyait J.-R. Armogathe dans la deuxième partie de Theologia cartesiana. Il propose également de découvrir la hardie Renovatio Antiqui SS. Eucharistiae explicandae modi per Philosophos, Theologiam et SS. Patres d’Antoine Le Gallois écrite en 1670, juste avant la parution des Considerations, et dont le public ne connaissait pour ainsi dire jusqu’alors que la réfutation dans le Mémoire de dom Mège contre un écrit du P. Gal. au sujet de sujet de l’Eucharistie repris par Lemaire en appendice de sa thèse sur le bénédictin. Ces deux ouvrages de vaste envergure sont accompagnés d’un ensemble de lettres et autres textes, principalement de Desgabets et de son disciple Senocq qui donnent la mesure des perturbations générées par ces manuscrits et les positions qu’ils traduisent, leur critique et leur diffusion en marge des publications officielles.

On l’aura compris, ces deux recueils constituent des jalons importants dans l’approfondissement de la connaissance de la diffusion du cartésianisme et de l’influence du cercle de Clerselier, puisque le rôle qu’y assume Desgabets prend le contrepied de la réserve publiquement adoptée par ce dernier et son gendre Rohault, même s’il n’est pas sûr à la lecture attentive des correspondances que la posture de Desgabets exprime sa seule imprudence, un zèle voire un enthousiasme cartésien de mauvais aloi ainsi que le suggéraient les commentateurs tels que Lemaire. Mais ils serviront aussi l’histoire des idées scientifiques, philosophiques et religieuses dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Ils invitent enfin à reprendre à nouveaux frais l’étude de la pensée propre de dom Desgabets, dont la singularité des opinions articulées autour la thèse fondamentale de l’indéfectibilité des créatures fait de lui non seulement un « petit cartésien » de tout premier ordre, mais aussi un auteur véritablement original.

Xavier KIEFT

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Pour citer cet article : Xavier KIEFT, « DESGABETS, Roberts, Opuscoli teologici e filosofici, editi a cura di Marco Ballardin, Milan, Vita e pensiero, 2013 et DESGABETS, Roberts, & LE GALLOIS, Antoine, Sull’Eucaristia. Scritti benedettini inediti negli anni del Traité de physique di Rohault, a cura di Maria Grazia et Mario Sina, Firenze, Olschki, 2013, » in Bulletin cartésien XLVI, Archives de Philosophie, tome 80/1, Janvier-mars 2017, p. 147-224.

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ARIEW, Roger, DES CHENNE, Dennis et alii, Historical Dictionary of Descartes and Cartesian Philosophy, Second ed., Lanham-Boulder-New York-Toronto-Plimouth, UK, Rowman & Littlefield, 2015, xx-388 p.
SMITH, Kurt, The Descartes Dictionary, London-New York, Bloomsbury, 2015, x-131 p.

Deux dictionnaires consacrés à D. et au cartésianisme sont parus cette année. Ou plutôt, la seconde édition d’un dictionnaire déjà reconnu (celui de R. Ariew, D. Des Chenne, D. Jesseph, T. Schmaltz et T. Verbeek) et un petit lexique. De dimensions très distinctes, ces deux ouvrages ne s’adressent pas au même public et, de ce fait, n’offrent guère le même contenu. Commençons par le second, The Descartes Dictionary de K. Smith, qui se présente explicitement comme un travail destiné aux étudiants (anglo-saxons) de premier cycle, peu familiers avec l’histoire de la philosophie en général et du cartésianisme en particulier. À ce titre, il s’ouvre sur une présentation rapide de la vie et de la philosophie de D., passablement convenue et, comme c’est presque inévitable pour ce genre d’exercice, en partie discutable, puisqu’elle fait fond sur la fameuse ontologie dualiste attribuée à notre auteur, s’interroge sur l’articulation de l’épistémologie et de la métaphysique et sur la présence éventuelle d’une morale définitive dans les œuvres publiées (p. 1-28). Elle s’achève sur autre pages consacrées au statut attribué à D. dans les salles de cours et met notamment en valeur le rapport conflictuel de Russell à notre philosophe, soulignant ainsi que ce lexique s’adresse principalement aux étudiants « analytiques », plutôt rompus aux discussions d’arguments appréhendés pour eux-mêmes qu’à la recherche de la source historique d’une querelle ou d’une idée. Les entrées de ce petit dictionnaire se devaient donc d’être sobres, synthétiques et non surchargées de références au corpus ou à la littérature secondaire, tout en étant suffisamment suggestives pour inciter les curieux à pousser plus avant leurs recherches. Force est de constater qu’elles remplissent le plus souvent honorablement ce rôle.

Le dictionnaire d’Ariew, Des Chenne et alii, quant à lui, s’adresse davantage aux chercheurs en histoire de la philosophie et aux étudiants de second cycle, et comprend ainsi un certain nombre d’entrées qui tendent vers l’érudition. Il est également agrémenté d’une substantielle bibliographie. Sa première édition était parue en 2003 chez Scarecrow Press (filiale de Rowman & Littlefield). Elle avait connu un assez beau succès et avait été rééditée en paperback en 2010. Les principaux ajouts de cette seconde édition se rapportent, comme l’indiquent les pages ajoutées à l’introduction (p. 12-16) au cartésianisme et à l’anticartésianisme, puisque les entrées de la première version du Dictionary ne sont nullement modifiées. À titre d’exemples, l’examen comparatif de quelques sections (A, B, C, G, L, M) du dictionnaire permet ainsi de découvrir ces nouvelles entrées, concernant des mouvements (« catholicism », « cartesianism », « anti-cartesianism »), mais aussi des concepts généraux en regard desquels la position cartésienne est explicitée (« authority »), des objets d’études ignorés dans la première version ou pour lesquels de simples renvois à d’autres articles étaient proposés (« comets », « composite », « cause in itself (causa sui) », « concurrence », « music »), ainsi que de nouvelles personnalités important pour l’histoire du cartésianisme (« Bagno », « Ban », « Boswell », « Brégy », « Golius », « Maresius », « Meysonnier »). La présentation plus aérée de la nouvelle édition (qui comprend plus de quatre-vingts pages supplémentaires) et la taille légèrement supérieure du nouveau volume accentuent l’impression d’augmentation de l’ouvrage, mais celle-ci n’est en réalité pas si quantitativement impressionnante, même si les suppléments sont très bienvenus et appréciables. Ils traduisent les préoccupations communes de ses auteurs, qui ne conçoivent guère l’étude de D. hors de son contexte historique et du mouvement intellectuel dans lequel sa pensée s’est déployée, à travers ses propres écrits ou ceux de ses contemporains ou successeurs. Il est donc fort agréable de saluer la nouvelle version de ce petit dictionnaire qui, sans pouvoir se comparer aux vastes Lexicons aujourd’hui disponibles sur le marché, n’en constitue pas moins un ouvrage précis et commode, dont seul le prix de vente, qui le rend assez peu accessible (à tout le moins dans cette version hardback, encore plus onéreuse que la première), semble à déplorer.

Xavier KIEFT

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Pour citer cet article : Xavier KIEFT, « SMITH, Kurt, The Descartes Dictionary, London-New York, Bloomsbury, 2015 » in Bulletin cartésien XLVI, Archives de Philosophie, tome 80/1, Janvier-mars 2017, p. 147-224.

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SOSA, Ernest, Judgment and Agency, Oxford, OUP, 2015 vi-269 p.

L’A. est épistémologue et ne fait pas profession d’historien de la philosophie. Il a cependant régulièrement intégré des commentaires novateurs et suggestifs concernant la théorie cartésienne de la connaissance dans le déploiement de ses intuitions relatives à l’épistémologie de la vertu qu’il a développée depuis son article fondamental de 1980 « The Raft and the Pyramid: Coherence versus Foundations in the Theory of Knowledge ». On les retrouve notamment dans A Virtue Epistemology. Apt Belief and Reflective Knowledge, Volume I (Oxford, 2007), Reflective Knowledge. Apt Belief and Reflective Knowledge, Volume II (Oxford, 2009) et l’article « Descartes and Virtue Epistemology » (dans K. J. Clark et M. Rea, éd., Reason, Metaphysics, and Mind. New Essays on the Philosophy of Alvin Plantinga, Oxford, 2012). Jugdment and Agency prolonge et précise ces travaux. On y retrouve notamment « Descartes’s Pyrrhonian Virtue Epistemology », d’abord paru dans D. Dodd et E. Zardini, éd., Scepticism and Perceptual Justification, Oxford, 2014). L’A. perçoit de manière suggestive que l’épistémologie cartésienne porte moins sur des règles ou des critères de justification des énoncés considérés en eux-mêmes que sur une posture particulière à adopter, qui consiste à déterminer l’aptitude à savoir bel et bien ce que l’on dit connaître en vertu d’une réflexion portée sur les moyens d’accéder à la croyance qui en fournissent la justification. Je sais que dans des conditions normales, si je vise la vérité comme je le fais (en suivant par exemple ma méthode d’examen ou si je maintiens mes efforts d’attention), je peux soutenir que je dois atteindre, autant que faire se peut, le savoir. Ainsi, les règles ou critères de vérité importeront progressivement moins que l’exercice et la constance dans mes efforts, c’est-à-dire l’intégration personnelle des normes épistémiques entendues non comme des commandements vis-à-vis desquels chaque défaillance conduirait à un constat d’échec mais selon la tendance générale – épistémologiquement vertueuse – que j’incarne. Sosa s’appuie dans ses écrits principalement sur les ouvrages se rapportant à la théorie de la connaissance de D. (le Discours, les Méditations et les Principes de la philosophie) ainsi que sur quelques extraits de la correspondance. Le lecteur averti pourra s’amuser à retrouver dans Les passions de l’âme où d’autres textes pour le moment ignorés de l’A. certaines confirmations de ses thèses, à tel point qu’il se demandera peut-être si D. n’est pas réellement le précurseur d’une forme d’épistémologie de la vertu – ce qui ne serait pas totalement absurde.

Xavier KIEFT

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Pour citer cet article : Xavier KIEFT, « SOSA, Ernest, Judgment and Agency, Oxford, OUP, 2015 » in Bulletin cartésien XLVI, Archives de Philosophie, tome 80/1, Janvier-mars 2017, p. 147-224.

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