Paris

Archives de Philosophie — Année 2013

Cahier 76-1 – Printemps 2013

L’image de l’infini
Sources spéculatives de l’idéalisme allemand

Alexander Schnell, Présentation : L’image de l’infini. Sources spéculatives de l’idéalisme allemand

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Romain Dufêtre, Proximités des théories de l’image chez Maître Eckhart et Fichte

Cette étude cherche à établir entre Maître Eckhart et Fichte une commune nécessité structurelle d’un principe d’unité s’articulant à partir d’une commune réflexion sur la place accordée à l’être, qui engendre une proximité d’intérêt marquée pour une doctrine de l’image qui peut trouver une interprétation théologique. Ensuite, nous montrons que la Doctrine de la Science entretient avec la théologie négative un rapport privilégié quoique implicite en ce que l’Absolu se veut au fond insaisissable au concept et à la conscience. Cette contribution s’achève sur une tentative critique d’ouverture vers l’occasion d’un dialogue entre Maître Eckhart et Fichte en accentuant les subtiles différences qui les séparent notamment sur les figures du Soll, de la lumière et de la révélation.

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Jean-Christophe Lemaitre, Figures de l’unité. Schelling et Nicolas de Cues

Cette étude se propose de confronter les pensées de Schelling et de Nicolas de Cues, bien que rien n’atteste que le premier ait connu le second. L’intérêt de cette confrontation réside alors dans la manière dont chacun traite, avec les moyens qui lui sont propres, une même problématique, celle de l’articulation entre unité, posée comme principe ontologique suprême, et totalité. Il apparaît que tous deux, pour y répondre, mettent en œuvre une conception « itérative » de l’identité, et mobilisent le paradigme de l’image pour penser le statut des choses finies. Cette comparaison permet de constater que ces deux pensées de l’unité n’ont pas pour conséquence d’annuler toute multiplicité, mais réservent au contraire à la singularité une place centrale.

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Frédéric Vengeon, Infini et logique spéculative. Deux philosophes de l’absolu : Nicolas de Cues et Hegel

Cet article compare les philosophies de l’absolu de Nicolas de Cues et de Hegel. Toutes les deux intègrent une logique de la contradiction, une cosmologie processuelle et une christologie spéculative à une manifestation de l’infini. Nous montrons toutefois ce qui sépare le système dialectique de l’approche métaphysique.

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Charles ThéretDeux métaphysiques de la mobilité. Giordano Bruno ou Schelling

Le but de cet article est de proposer une comparaison structurelle des philosophies de Giordano Bruno et de Schelling, afin de mettre en lumière ce qui les sépare malgré une décision métaphysique identique, à savoir ce que nous appelons la saturation modale (l’identité immédiate de la possibilité et de la réalité effective). Philosophe de la finitude et philosophe de l’éternité, ces deux penseurs présentent alors deux métaphysiques de la mobilité, l’une qui pense la phénoménalité elle-même comme mobile, l’autre qui conçoit une mobilité imaginale éternelle comme vie de Dieu, mobilité qui seule permet de penser le rapport entre identité et multiplicité. Ces deux métaphysiques impliquent deux anthropologies différentes qui dépendent toutes deux du statut offert à la phénoménalité.

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Gerhard Schmezer, Wittgenstein, lecteur de la Bible

Si un nombre considérable de travaux aborde la pensée de Wittgenstein sur la croyance religieuse et son énigmatique « point de vue religieux », très peu traitent explicitement du rapport entre le philosophe et la Bible. Cette lacune dans la bibliographie est tout à fait surprenante pour plusieurs raisons : (1) Wittgenstein a lu et réfléchi sur la Bible tout au long de sa vie adulte ; (2) il en a souvent discuté avec ses amis et collègues ; (3) ses manuscrits contiennent de nombreuses références à des passages bibliques, souvent dans des contextes singuliers ; et (4) sa compréhension du rôle que joue l’Écriture dans la vie du croyant est étroitement liée à sa description plus générale de la croyance religieuse. Cette étude examine comment Wittgenstein, influencé par Tolstoï et Lessing, lisait la Bible et l’impact de cette lecture sur sa pensée religieuse.

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Bulletin cartésien XLII

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Cahier 76-2 – Été 2013

Mathématiques et métaphysique

Frédéric Patras, Mathématiques et métaphysique : présentation

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Sébastien Gandon, Quelle philosophie pour quelle mathématique ?

Cet article questionne la pertinence du projet toujours actuel d’élaborer une philosophie des mathématiques. Les trois premières sections sont historiques et visent à illustrer, par le biais d’une analyse de la confrontation Russell-Poincaré, ce qu’est une philosophie des mathématiques réussie. Les deux dernières sections visent à établir que les conditions pour atteindre un tel objectif ne sont aujourd’hui pas réunies.

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Frédéric PatrasMathématiques et herméneutique

Le rapport des mathématiciens aux écrits de leur discipline est complexe puisqu’il dépend, outre du contenu factuel, d’éléments programmatiques et prospectifs qu’une approche des textes conçue sur un mode classique peine à dégager. L’herméneutique philosophique post-heideggérienne nous semble offrir tout un ensemble d’outils conceptuels à même de renouveler profondément la compréhension de ce qu’est une lecture mathématique.

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Dominique PradelleVers une genèse a-subjective des idéalités mathématiques. Cavaillès critique de Husserl

L’objet de cet article est d’exposer et de discuter les objections essentielles faites par Cavaillès à la phénoménologie husserlienne dans son texte ultime Sur la logique et la théorie de la science. Dans ce texte, Cavaillès met en effet en question le statut fondateur du cogito et la capacité génératrice de la conscience vis-à-vis des objets idéaux, pour leur substituer l’idée d’une nécessité génératrice anonyme qui serait d’essence dialectique et serait située au sein des champs d’idéalités eux-mêmes. Il s’agit donc de savoir si de telles objections renversent toute philosophie de la conscience mathématicienne ou seulement une interprétation particulière du sujet constituant de Husserl, et si elles conduisent en dernière instance vers un spinozisme mathématique ou un hégélianisme mathématique.

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Les inventions de la logique
Leibniz – Wolff – Hegel

Arnaud Pelletier, Logica est Scientia generalis. Leibniz et l’unité de la logique

Cet article examine comment le projet leibnizien d’une logique véritablement inventive pose le problème de l’unité de la logique, c’est-à-dire fondamentalement celui de l’articulation d’une logique générale, focale, aux différentes logiques locales. L’article examine ainsi les trois manières dont cette articulation a été pensée par Leibniz : d’abord comme la possibilité d’une application de la logique générale ; puis comme celle de la possibilité de modèles logiques, c’est-à-dire d’un transfert d’une forme logique d’un domaine à un autre ; et enfin comme celle du rapport diversifié entre les fondements et les échantillons de la Science générale. Il faut alors conclure que l’unité de la logique, en tant qu’inventive, ne peut être ni celle d’un calcul mécanique ni celle d’une doctrine achevée.

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Christian Leduc, Les Meditationes de Leibniz dans la tradition wolffienne

Dans le présent travail, l’auteur analyse la réception de la méthodologie de Leibniz chez Wolff et les wolffiens. Même si ces derniers déclarent s’inspirer des Meditationes, il est clair qu’ils en modifient ou en rejettent des thèses centrales, notamment celles qui concernent les critères de connaissance et l’usage des symboles. L’auteur montre que l’interprétation wolffienne des Meditationes s’est finalement faite au détriment de la méthodologie leibnizienne.

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Jean-Michel Buée, Hegel et la monadologie leibnizienne. une tentative de restauration post-kantienne de l’ontologie ?

Peut-on considérer la critique hégélienne de Leibniz comme une inversion de l’amphibologie kantienne, qui viserait à restaurer l’ontologie ? On essaie de montrer, au contraire, que la lecture hégélienne de la Monadologie vise à poursuivre et à radicaliser le geste critique de Kant.

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Bulletin Hobbes XXV

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Cahier 76-3 – Automne 2013

Au-delà du sujet
L’impersonnel ?

Julie Casteigt, Au-delà du sujet, l’impersonnel ? Présentation du dossier

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Frédéric Keck, Dissolution du sujet et catastrophe écologique chez Lévi-Strauss

Cet article présente une lecture des principaux textes de Claude Lévi-Strauss, de Tristes tropiques aux Mythologiques, en passant par La pensée sauvage. Il part du thème de la dissolution du sujet pour le relier à l’horizon de la catastrophe écologique qui en oriente le développement. La subjectivité est pensée à partir des restes de l’analyse structurale comme un témoignage de sociétés en voie de recomposition.

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Annick Charles-Saget, La théologie négative de Plotin et le neutre de Blanchot

Dans la pensée contemporaine, Blanchot et Foucault cherchent à faire surgir une pensée neutre, qui ne soit ni subjective ni objective. Foucault, cherchant un analogue, évoque la théologie négative du Pseudo-Denys. Blanchot, suivant une autre voie, affirme notre dette à l’égard de la langue grecque et de son article neutre, to. Pour nous, la rencontre des deux voies négatives, en langue et en philosophie, s’exprime avec le plus de sens et de force dans la pensée de Plotin. On comparera donc deux forces de la négation, le neutre de Blanchot et l’apeiron de Plotin : quelle est la différence des espaces auxquels ouvrent ces voies ?

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Sylvain Roux, Georges Bataille et la question de l’impersonnel. Une expérience néoplatonicienne ?

Cet article prend pour fil directeur une notion peu étudiée mais pourtant fondamentale pour comprendre la pensée de G. Bataille. Il s’agit de la notion d’impersonnel. Celle-ci est présente principalement dans deux textes, l’étude consacrée en 1955 au peintre Manet et l’ouvrage de 1957 consacré à l’érotisme. Bataille y indique que l’expérience picturale ainsi que l’expérience érotique sont impersonnelles. Une telle expérience s’apparente-t-elle à l’expérience néoplatonicienne qui consiste à remonter jusqu’à un principe premier avec lequel l’âme cherche à s’unir ? Celle-ci, en effet, peut aussi être comprise à partir de la notion d’impersonnel. On montrera cependant qu’une telle notion aussi bien que l’expérience qui est pensée à partir d’elle, reçoivent un sens différent dans les deux cas. L’expérience, telle que la conçoit Bataille, se révèle ainsi particulièrement originale.

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Julie Casteigt« Ni Conrad, ni Henri ». Le fond de la personne est-il personnel, impersonnel ou sans fond dans les sermons allemands de Maître Eckhart ?

Maurice Blanchot voit dans la violence de l’expérience du je un trait commun de la mystique, notamment eckhartienne, et de la pensée contemporaine. Cette violence se manifeste, en particulier, dans la manière dont Eckhart, dans ses sermons allemands 63 à 67, reconduit la personne à un fond impersonnel. Eckhart recourt pour cela à la médiation d’un modèle anthropologique christologique. Selon ce modèle, le fond de la personne qui existe « corps et âme » est un substrat personnel, dans la mesure où je suis identifié à l’être personnel du Christ. Cependant, l’être substantiel de ce substrat personnel est, à son tour, l’un au sens d’un fond originaire, indépendant de toute distinction personnelle. Blanchot reconnaît dans ce fond a-personnel ce qui est, à ses yeux, l’« un des thèmes les plus constants de la philosophie contemporaine » : « une réalité où dans l’intensité de l’immanence est saisie l’absolue transcendance ».

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Laetitia Monteils-Laeng, Aristote et l’invention du désir

Dans les dernières pages du traité De l’Âme, Aristote développe la thèse d’un désir unifié autour d’une seule faculté de l’âme, l’âme désirante. Chez l’homme rationnellement mature, le désir (orexis) est toutefois susceptible d’être rationnel comme irrationnel. De surcroît, ce n’est pas le désir qui se donne à lui-même son propre objet. Qu’invente Aristote avec l’orexis ? Une nouvelle faculté capable de concurrencer la raison ? Ou bien un simple mode opératoire rassemblant des tendances multiples, voire bigarrées ? Une attention particulière accordée à la notion de boulèsis (souhait) permet d’éclairer d’un nouveau jour le problème du désir aristotélicien.

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Jean-Michel Pouzin, L’intégration de la réflexion logique kantienne dans la Doctrine de l’essence

Parce que les concepts de réflexion de l’Amphibolie sont intégrés aux déterminations de l’essence de la Logique objective, la réflexion kantienne, en tant que « comparaison logique », trouve une fonction spéculative dans les relations négatives de l’essence à elle-même. Le jugement de Foi et savoir, selon lequel cette réflexion appartient au dualisme d’entendement des « philosophies de la réflexion », ne peut plus alors garder la même signification. Nous nous proposons d’établir la réalité, les raisons et quelques conséquences de cette réinterprétation hégélienne.

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Bertrand Saint-Sernin, La cosmologie de Whitehead

Bien que les éléments d’une cosmologie soient scientifiques, la vue de l’univers et de l’homme qu’elle propose va au-delà de la science. Construire une telle conception objective de la réalité implique une critique impitoyable de la raison. L’auteur, mathématicien philosophe, pense, comme Platon, que nous devons décider nous-mêmes ce que nous voulons faire de notre « solitude » de sorte que « rien ne soit perdu ».

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Avishag ZafraniHans Jonas ou comment sortir du nihilisme de Heidegger

L’ontologie est le point d’ancrage de la pensée de Jonas, telle qu’elle lui fût inspirée par Heidegger, son éminent professeur, mais c’est son versant existential, qui donne le primat au Dasein, aux modalités de l’être plutôt qu’à l’être lui-même, qui fera l’objet d’une critique originale de la part de Jonas. Cette originalité réside dans la comparaison qu’il opère entre le nihilisme généré par la gnose antique, et celui impliqué par le nihilisme contemporain de Heidegger de Sein und Zeit. La dualité qui oppose l’homme et Dieu dans la gnose antique aboutit à un isolement de l’individu au sein d’un monde vécu comme étranger et hostile. Elle se retrouve dans un schéma similaire à l’époque contemporaine dans un « existentialisme » définissant l’individu comme un être « jeté » dans ce monde, et dès lors définit par le souci et l’angoisse. C’est cette comparaison qui est étudiée ici dans le but de chercher avec Jonas les racines du nihilisme impliqué par l’analytique du Dasein, qui empêcherait les fondations permanentes et nécessaires d’une éthique prompte à donner un nouvel « impératif catégorique » à la conduite des individus.

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Bulletin de Philosophie médiévale XV

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Cahier 76-4 – Hiver 2013

Sociologie, philosophie : la modernité en question

Bruno Karsenti, Sociologie, philosophie: la modernité en question

La collaboration entre sociologie et philosophie est requise en raison des difficultés qu’on éprouve à saisir la signification du terme de modernité, par-delà la critique philosophique qu’une vision postmoderne lui a appliquée jusqu’à présent. Ces limites tiennent à ce qu’on n’a pas suffisamment pris en compte sa genèse sociale, ou encore les conditions socio-historiques de son avènement. Une nouvelle considération émerge dès que l’on tient compte de l’apport des sciences sociales dans la constuction des concepts cardinaux de sujet et de pouvoir dans leur forme spécifiquement moderne. On est alors amené à prendre la mesure du déplacement que les sciences sociales opèrent dans le champ de la philosophie politique.

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Florence Hulak, L’avènement de la modernité. La commune médiévale chez Max Weber et Émile Durkheim

La Révolution française a fait naître l’idée d’une modernité opposée au monde ancien, mais cet événement politique ne permet pas en tant que tel de penser ce qui fait la spécificité des sociétés proprement modernes. L’article montre que Max Weber et Émile Durkheim situent tous deux les prémisses de ce monde social nouveau dans la commune médiévale, ce qui leur permet de concevoir la rupture qu’est l’avènement de la modernité sans abolir la continuité historique. Le modèle théorique de Durkheim, qui pense la commune à partir de la corporation, et celui de Weber, qui la pense à partir du serment bourgeois, s’opposent toutefois nettement, en ce qu’ils expriment deux conceptions divergentes de l’identité des sociétés modernes et de la sociologie qui en est la science.

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Francesco Callegaro, La raison pratique des modernes. Sur la sociologie comme éducation à l’autonomie

Cet article analyse la forme inédite de rationalité pratique qui caractérise, dans les sociétés modernes, l’autonomie de la personne, selon la perspective sociologique d’É. Durkheim. Par une reprise critique de la philosophie kantienne, Durkheim montre que l’autonomie morale, comme revendication d’une volonté rationnelle fondée sur des normes universelles, est une exigence sociale susceptible de varier historiquement en fonction de la conception que les sociétés modernes se font de l’individu en tant que personne. La raison pratique des acteurs sociaux est renvoyée ainsi à la raison théorique du sociologue qui doit clarifier le sens et les configurations multiples de l’idéal universaliste des modernes. Cette redéfinition sociologique de l’autonomie ouvre la voie d’un autre cosmopolitisme, esquissée dans la conclusion.

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Cyril Lemieux, Ambition de la sociologie

La sociologie ne peut pas être définie comme le contraire pur et simple de l’idéologie moderne. L’ambition qu’elle se donne est plutôt de réussir, de l’intérieur du cadre mental de la modernité, à penser la modernité en tant que cadre mental. Cet article explore deux tentatives remarquables ayant visé à atteindre cet objectif au XXe siècle : celle, dumontienne, de l’analyse idéologique ; celle, maussienne, de l’approche praxéologique. En s’efforçant d’évaluer leurs vertus et limites respectives, il s’agit de déterminer de quelle façon la sociologie pourrait aujourd’hui retrouver l’ambition qui – elle l’ignore trop souvent – est à son fondement.

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Kierkegaard et la raison philosophique

Philippe Chevallier, Présentation

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André Clair, Kierkegaard et la dialectique. Un poète-dialecticien

Kierkegaard a un rapport intrinsèque à la dialectique ; il se qualifie de poète-dialecticien. Il occupe un lieu singulier dans la famille dialectique, notamment par rapport à Platon et à Hegel. De même il se distingue des romantiques, dont il est parfois proche. Il élabore une dialectique paradoxale qui se réfère finalement au paradoxe absolu, une dialectique où le paradoxe est à la fois l’objet et le sujet de la pensée.

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Matthieu Horeau, Saut qualitatif et rationalité. La position philosophique de Kierkegaard

En opposant l’existence au système, Kierkegaard récuse l’automouvement de la dialectique spéculative au profit d’une dialectique ouverte qui ne conclut que par un saut. De la sorte, il est si loin de succomber à l’irrationalisme qu’on lui a parfois prêté qu’il exprime une authentique position philosophique, définie à partir d’Aristote et de Leibniz. C’est ensuite la confrontation avec Hegel qui fournit au philosophe danois l’occasion d’articuler la justification du saut et la requête de continuité propres à la perspective existentielle. Afin de contester la théorie hégélienne de la mesure, Kierkegaard se réapproprie le paradoxe du sorite, inventé par les mégariques. Simultanément, il explicite le sens de sa propre démarche à travers l’analyse du saut qualitatif.

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Philippe ChevallierIntériorité et extériorité chez Kierkegaard

Kierkegaard penseur romantique n’opposant aux systèmes philosophiques que sa subjectivité solitaire : tel est le reproche fréquent que semble renforcer la place dans son œuvre du rapport individuel à Dieu. Or c’est justement par sa pensée religieuse que Kierkegaard échappe au subjectivisme, appliquant au domaine de l’émotion individuelle des déterminations conceptuelles qu’il n’appartient pas au sujet de régir. La révélation que prétend avoir reçue un contemporain de Kierkegaard, le pasteur Adler, est l’occasion pour le penseur danois d’accentuer encore la séparation entre la vérité chrétienne et l’intériorité.

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Emmanuel Housset, Anne ou la passion d’être soi selon Kierkegaard

Selon la philosophie moderne la pensée est une production de la subjectivité, la volonté est une auto-détermination et le temps est une auto-affection. Kierkegaard offre une autre compréhension de la vie volontaire en envisageant une volonté brisée par le prochain, par le temps et par Dieu. La patience n’est pas pour Kierkegaard un accident de notre caractère, mais la condition pour devenir une personne. Cela suppose de laisser de côté toute compréhension purement psychologique de la patience. La vraie persévérance s’oppose totalement à l’obsession de se blinder par rapport au monde. Entre l’endurance stoïcienne et la patience chrétienne comme patience dans l’espérance il n’y a pas d’essence commune. Kierkegaard montre que la patience de l’amour est une passivité qui est la voie du salut.

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Bulletin de littérature hégélienne XXIII

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Bulletin de bibliographie spinoziste XXXV

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