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Auteur : Guglielmo Califano

 

Giovanna Luciano, Formare l’umano: il conflitto dell’autonomia tra Kant e Hegel, Padova, Padova University Press, 2025, 144 p.

On peut partir d’une thèse classiquement hégélienne, à savoir que « ce qu’est l’être humain, en soi, n’est pas vrai », résumée à la p. 107, pour reconstruire le noyau théorique autour duquel s’articule l’ouvrage. En effet, si, comme le soutient l’autrice dans un essai à la lecture aisée, mais qui apporte un éclairage nouveau sur les deux philosophes étudiés, l’identité personnelle se constitue dans l’écart entre le soi et le soi, alors il en résulte au moins quatre conséquences. La première est que la liberté n’est ni un point de départ ni un point d’arrivée, mais l’activité dynamique par laquelle l’humain s’institue continuellement ; la deuxième est que la formation de l’humain est destinée à rester ouverte et à ne jamais coïncider définitivement avec un état de choses ; la troisième est que la libre individualité n’est pas un terme fixe, mais ne se constitue qu’à travers la transformation du donné et le conflit avec ce qui est. La quatrième est que la pédagogie et l’éducation scolaire ne peuvent être considérées comme des dimensions accessoires, mais revêtent une importance de premier plan – conclusion qui met d’ailleurs en évidence la centralité nouvelle d’un domaine d’étude jusqu’ici totalement négligé.

C’est à partir de ce point de départ que Giovanna Luciano relit intégralement la signification de la Bildung, à la fois formation, culture et éducation dans la pensée de Hegel, après une analyse brève mais significative du concept chez Kant. Selon elle, la Bildung n’est pas le développement de l’essence humaine, mais la construction, toujours nouvelle, d’une relation entre l’individu et le monde qui redéfinit l’un et l’autre.

Le premier chapitre retrace ainsi le passage kantien de la nature à la culture dans les Conjectures sur le commencement de l’histoire humaine : de la rupture et de la continuité avec la nature immédiate naissent la culture et la civilisation, mais aussi la domination sur la nature, les inégalités et le recours instrumental aux autres. Il s’agit là du caractère structurellement double de la raison moderne qui est intégré par G. Luciano dans sa problématique d’ouverture vers des horizons pratiques. En effet, l’autrice suit Kant dans la distinction entre civilisation et moralité : le progrès culturel et social ne produit pas automatiquement des sujets moraux ; la moralité, en revanche, ne peut émerger que comme critique immanente de la culture et comme une tâche qui n’est jamais définitivement accomplie. En ce sens, déjà chez Kant, la Bildung se définit comme un acte intrinsèquement critique, non orienté vers une essence ou des fins prédéfinies.

Dans le deuxième chapitre, la philosophie hégélienne est abordée à partir de la Weltkrise – développant dans une orientation pratique une tradition interprétative bien établie : la crise d’un monde dont les institutions, les lois et les coutumes ne parviennent plus à donner un sens à la vie. Si l’individu se constitue dans la distance critique relativement au présent, la contradiction n’est pas seulement un dispositif conceptuel, mais une force historique, vécue personnellement : à la fois souffrance, aliénation et liberté.

Si le premier et le deuxième chapitres donnent forme à un cadre théorique qui, en la concevant comme l’ouverture critique d’un espace d’action, permet de soustraire la Bildung à la fois à un humanisme essentialiste, à l’impersonnalité d’un sujet métaphysique et à la simple reproduction historique de la tradition, le troisième chapitre, consacré à l’école chez Hegel, fait ressortir tout le potentiel herméneutique de cette démarche de redécouverte des textes. En effet, G. Luciano y conteste l’image d’un Hegel étranger à la pédagogie et reconstitue le sens théorique de son activité scolaire, en montrant notamment comment l’école constitue non seulement une sphère éthique autonome, mais surtout un intermédiaire entre la famille et la société civile. L’école a pour mission d’éduquer à l’abstraction et à la distanciation par rapport au monde présent, ce qui permet à l’individu de ne pas se confondre entièrement avec sa forme actuelle et de s’appliquer au monde pour le refaçonner : comme le montre cette lecture approfondie et originales des textes, c’est là que réside le sens ultime du classicisme hégélien.

Guglielmo Califano (Université de Sfax) [trad. C. B.]

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Pour citer cet article : Giovanna Luciano, Formare l’umano: il conflitto dell’autonomia tra Kant e Hegel, Padova, Padova University Press, 2025, 144 p., in Bulletin de littérature hégélienne XXXVI, Archives de philosophie, tome 89/4, Octobre-Décembre 2026, p. 147-192.

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Gianluca RICCADONNA, Dante “poeta transcendentale”. L’idealismo tedesco e la Commedia, Napoli, La scuola di Pitagora, 2021, 134 p.

Dans cet essai court, mais bien informé, Gianluca Riccadonna parcourt les étapes de la réception de la Divine Comédie de Dante au sein de la culture allemande au tournant du XVIIIe et du XIXe siècle, depuis l’enthousiasme des premiers cercles romantiques jusqu’à la systématisation que propose l’Esthétique hégélienne. L’auteur oriente surtout son regard vers les questions théorico-spéculatives : quel est le contexte philosophique du regain d’attention pour le poète italien ? Quel est le rapport entre l’idéalisme allemand et la renaissance de l’intérêt pour la Divine Comédie ?

Après avoir fourni des informations rapides sur une première « redécouverte » de Dante par l’érudit suisse Johann Jakob Bodmer, le livre se plonge dans le milieu d’où est né le dantisme romantique : la demeure d’Iéna des frères Schlegel, dans laquelle Schelling, Schleiermacher, Novalis et d’autres intellectuels se réunissaient pour lire en commun la Commedia.

L’auteur, conformément à une perspective traditionnelle qui remonte au moins à Wilhelm Dilthey et à Benedetto Croce, souligne avant tout le contraste entre leur approche et une sensibilité classiciste répandue. Celle-ci, pour reprendre les termes de Goethe, tenait Dante pour « ennuyeux » et « rebutant ». Il trouve les motivations philosophico-esthétiques les plus caractéristiques des nouvelles lectures dans l’historicisation et la compréhension allégorique de Dante – citant à ce propos la contribution fondamentale qu’est l’Essai sur Dante d’August Wilhelm Schlegel.

Dans ce cadre, l’accent est mis notamment sur la réflexion commune des jeunes romantiques sur l’écart entre modernité et pré-modernité. Celle-ci, aux yeux de l’auteur, semble constituer le filtre principal à travers lequel il est possible de comprendre l’intérêt pour la Commedia. En ce sens, une grande importance est attribuée au fragment sur « Le plus ancien programme systématique de l’idéalisme allemand » : la spécialisation des facultés, la fragmentation des communautés, les mécanismes impersonnels de la politique requièrent des philosophes la capacité de s’adresser au peuple à travers une nouvelle mythologie. Il conviendrait justement d’interpréter les nouvelles lectures de la Commedia à la lumière de ces exigences, alors que Dante, qui oscille constamment entre classique et romantique, entre passé et présent, représenterait en même temps un exemple de philosophe-mythologue – ou même, dans le cas de Friedrich Schlegel, le « père de la philosophie moderne » – et une source d’inspiration pour les contemporains.

C’est donc surtout à partir de l’actualisation problématique mais nécessaire de la forme de la Commedia, capable de restituer la totalité de son propre temps, et des tensions entre poésie et philosophie, raison et mythe, que le livre, après avoir rendu compte dans le chapitre initial de la première « découverte » de Dante, reparcourt certains des moments fondamentaux de la culture du Goethezeit. Alors que le second chapitre fournit un aperçu de l’approche de la mythologie de Christian Gottlob Heyne à Herder, le troisième est consacré au « Plus ancien programme », le quatrième propose un parallèle entre les images de Spinoza et de Dante, le cinquième suit les traces réciproques de platonisme dans les lectures de la Commedia et de dantisme dans les réinterprétations de Platon. Enfin, les trois derniers chapitres se concentrent plus en détail sur les interprétations de Schelling et de Hegel : alors que le premier attribue à Dante un rôle de modèle paradigmatique de toute production littéraire, le second, d’un côté, en historicisant plus résolument la Commedia, et de l’autre en renforçant l’idée que ses personnages ont valeur de figures éternelles, invite à la lecture que produira Erich Auerbach au XXe siècle.

Guglielmo CALIFANO (Università di Pisa) [trad. J.-M. Buée]

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Pour citer cet article : Gianluca RICCADONNA, Dante “poeta transcendentale”. L’idealismo tedesco e la Commedia, Napoli, La scuola di Pitagora, 2021, 134 p., in Bulletin de littérature hégélienne XXXI, Archives de philosophie, tome 84/4, Octobre-Décembre 2021, p. 141-180.</p

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