Auteur : Florian Rada

Georg Wilhelm Friedrich HEGEL, Leçons sur la logique et la métaphysique. Heidelberg, 1817. Cahier de Franz Anton Good, trad. par Tatjana Barazon, Jean-Marie Lardic, Alain Patrick Olivier et Henri Simhon, Paris, Vrin, 2017, 193 p.

Il s’agit ici de la première traduction française du cahier de Franz Anton Good (1793-1866), étudiant en droit d’origine suisse. Ce cahier contient les notes des leçons sur la logique et la métaphysique données par Hegel à Heidelberg pendant le semestre d’été 1817. L’intérêt d’avoir désormais accès à ce cahier en particulier nous semble double. Premièrement, il s’agit du plus long des cinq cahiers que nous possédons portant sur la Logique de l’Encyclopédie de 1817, et de l’un des deux seuls à être complet, c’est-à-dire à porter sur l’ensemble de la Logique. Le second (celui de J. Correvon, daté de 1824) comporte certes un développement très ample du « Concept préliminaire », mais demeure, dans son ensemble, matériellement moins long et parfois très condensé (cf. la fin du Concept). Parfois, le cahier Good peut également survoler certains développements (ainsi la scansion contingent – possible – nécessaire à la fin de l’Essence ou la téléologie dans le Concept), mais n’omet aucune grande section de la Logique. Ajoutons qu’ici également, les leçons sur le « Concept préliminaire », particulièrement riches (nous avons des remarques concernant 20 paragraphes sur les 26 qui composent le Vorbegriff de 1817), permettent de nourrir des interprétations fructueuses concernant le statut de la Logique (cf. Ad. § 12, p. 23-28), le rapport du dialectique au scepticisme (Ad. § 15, en particulier p. 33) ou encore la critique de Kant (notamment p. 65-71). Deuxièmement, du point de vue historique, ces leçons se situent entre la « Grande logique », achevée en 1816, et l’Encyclopédie de 1817 (elles sont prononcées en même temps que l’Encyclopédie paraît). On constate donc d’abord la maturité acquise après la première élaboration de la Logique (un exemple discret peut se trouver dans la formulation des scansions de la logique de la qualité en utilisant la triade propre au concept : universel-particulier-singulier, p. 82). Mais cette maîtrise ne doit pas nous faire considérer ces leçons comme une simple répétition, éventuellement clarifiée, du propos encyclopédique : elles sont un lieu d’élaboration conceptuelle. Ainsi, le moi, Dieu, ou encore le savoir immédiat font l’objet de développements qui vont au-delà du simple commentaire de la Logique de 1817. Dans sa présentation qui, bien que brève, reste aussi précise que précieuse, J.-M. Lardic propose avec une grande justesse quelques exemples de cette élaboration en cours. Il fait ainsi ressortir toute la vitalité de la Logique. On trouvera ainsi p. 17 une analyse très intéressante de la première approche de la critique du savoir immédiat dans le « Concept préliminaire ». On sait que cette critique ne se trouve pas encore dans l’Encyclopédie de Heidelberg, mais qu’elle occupera l’examen de la « troisième position de la pensée vis-à-vis de l’objectivité ». Un tel exemple montre donc que, dès les Leçons de 1817, des arguments qui trouveront leur place dans les éditions ultérieures de l’Encyclopédie sont en construction. Dans le détail, la traduction n’hésite pas à proposer certaines corrections à l’édition allemande qui semblent tout à fait bienvenues. Ainsi, la correction de Ahndung (« châtiment ») en Anhung (« intuition »), dans un contexte où il est question du « savoir immédiat de l’absolu » (p. 63), est parfaitement justifiée, même si l’édition de K. Gloy (1992, qui sert de base à cette traduction) et celle, plus récente d’A. Sell (2013, dans le tome 23,1 des Gesammelte Werke) conservent Ahndung. La correction de la p. 142 (« es muß bewiesen werden, was er ist » au lieu de « er muß bewiesen werden, was er ist ») est également recevable, et l’est d’ailleurs dans l’édition d’A. Sell (cf. GW 23,1, p. 113, l. 6). On pourrait justement émettre un léger regret, concernant le fait que l’édition plus récente n’ait pas été consultée. Mais les variantes entre les deux éditions ne sont pas trop nombreuses (on retiendra toutefois, en suivant Sell, l’expression « région de la pensée » à la place de « religion de la pensée », p. 42), et il reste possible de retrouver aisément le texte allemand de GW 23,1 grâce à la numérotation des paragraphes. Certains choix de traductions, s’ils peuvent se comprendre, demeurent parfois peu clairs. Ainsi, pour la différence entre Nicht et Nichts, la solution proposée est de distinguer entre « [le] non » et « [le] néant ». Mais pourquoi écrire parfois « le Non » avec une majuscule (p. 36) et une autre fois sans (p. 73) ? L’édition de K. Gloy écrit deux fois avec une majuscule, et l’édition d’A. Sell écrit la première fois sans majuscule, et la seconde fois avec, ce qui est l’inverse de la traduction que nous avons. Autre exemple : Beschaffenheit est traduite par « constitution » (p. 156 et p. 161). Entre ces deux occurrences, le même terme est traduit deux fois par « disposition » à la p. 157, sans que l’on explique exactement pourquoi. Enfin, quelques notes de clarification auraient pu être ponctuellement bénéfiques. Donnons comme exemple la p. 76, où l’essence (Wesen), qui consiste en la totalité de la logique objective et de la logique subjective, ne peut être exactement comprise au même sens que l’essence de la Logique. Dans l’autre sens, la traduction du terme Boden (certes signalé en note) par « fondement » (p. 177) peut entraîner une légère confusion à l’apparition de la traduction classique du terme technique Grund. Ces quelques remarques, toutes ponctuelles, ne peuvent bien entendu faire de l’ombre à l’excellente nouvelle que constitue, pour l’étudiant comme pour le chercheur, cette traduction. Le premier y trouvera une élucidation exhaustive et maniable de la Logique, et donc un point d’entrée tout à fait appréciable dans celle-ci, le second un matériau de choix pour étudier la vivacité conceptuelle à l’œuvre dans son élaboration.

Florian RADA (Université Paris-I Panthéon-Sorbonne)

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Pour citer cet article : Florian RADA, « Georg Wilhelm Friedrich HEGEL, Leçons sur la logique et la métaphysique. Heidelberg, 1817. Cahier de Franz Anton Good, trad. par Tatjana Barazon, Jean-Marie Lardic, Alain Patrick Olivier et Henri Simhon, Paris, Vrin, 2017 », in Bulletin de littérature hégélienne XXIX, Archives de Philosophie, tome 82/4, Octobre-décembre 2019, p. 815-852.

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