Auteur : Henri Laux

SPINOZA : Obras completas y biografias, par Atilano Dominguez, Madrid, Vive Libro, Segunda edición, 1004 p. – ebook et imprimé.

La première édition de cet ouvrage (2015), a fait l’objet d’un compte rendu de Pierre-François Moreau dans le « Bulletin de bibliographie spinoziste XXXVIII » (Archives de philosophie 79, 2016, p. 820-821) auquel il convient de renvoyer. L’ampleur de la documentation proposée était soulignée : introduction générale, chronologie et bibliographie ; traduction des œuvres (à l’exception de la Grammaire de la langue hébraïque, pour des raisons explicitées) avec un ensemble de notes particulièrement riche, enfin un dossier de biographies et documents très complet. Cette nouvelle édition apporte plusieurs améliorations significatives : correction des erreurs repérées, simplification des sigles, unification de la bibliographie relative aux éditions et traductions des œuvres de Spinoza, et surtout un enrichissement des index analytiques, déjà fort développés, par l’introduction de nombreuses nouvelles entrées. À travers un tel volume, remarquable instrument de travail, on perçoit l’écho de tout un engagement de recherche, attentif à proposer une véritable interprétation de l’œuvre de Spinoza.

Henri LAUX

Retrouver ce compte rendu et l’ensemble du Bulletin de bibliographie spinoziste XLI chez notre partenaire Cairn

Pour citer cet article : Henri LAUX, « SPINOZA : Obras completas y biografias, par Atilano Dominguez, Madrid, Vive Libro, Segunda edición, 2018 », in Bulletin de bibliographie spinoziste XLI, Archives de Philosophie, tome 82/4, octobre-décembre 2019, p. 853-890.

♦♦♦

Raphaële ANDRAULT & Mogens LAERKE (ed.) : Steno and the Philosophers, Leiden, Brill, 291 p.

Ce volume intéresse tout particulièrement les lecteurs spinozistes car la correspondance de Spinoza intègre depuis 1921 une « lettre ouverte » de Niels Stensen (1638-1686) – Steno dans la forme latinisée du nom – adressée « Au Réformateur de la Nouvelle Philosophie à propos de la Vraie Philosophie », lettre qui comporte de claires allusions au Traité théologico-politique. Publiée en 1675 (numérotée 67A chez Gebhardt et dans la plupart des éditions modernes), celle-ci est écrite en 1671 (et pour cela numérotée 43A dans l’édition française de M. Rovere).

Le projet de l’ouvrage est d’offrir un parcours dans l’histoire et l’œuvre du savant danois. Steno compte tout particulièrement dans le domaine de l’anatomie, de la paléontologie et de la géologie ; il joue un rôle important dans les réseaux intellectuels parmi les philosophes de la nature. Luthérien converti au catholicisme en 1667, devenu évêque à la fin de sa vie, il mène une réflexion dont les enjeux sont au croisement de la science et de la pensée religieuse. Les quatre parties du livre traitent donc successivement : « De la philosophie de la nature à la théologie » ; « Anatomie et métaphysique : Steno et le Cartésianisme » ; « L’histoire naturelle de la terre » ; « Steno à la Cour des Médicis ». Dans leur diversité, les contributions soulignent la complexité des rapports entre science et théologie, notamment dans un contexte politique marqué par d’intenses luttes confessionnelles.

Les contributions ici réunies permettent d’enrichir la connaissance du milieu intellectuel qui était celui de Spinoza. La rencontre de Steno et de Spinoza date de 1661-1662 à Leyde, foyer d’intense activité en médecine et en philosophie, où tout un groupe inspiré par Descartes (dont Hudde, autre correspondant de Spinoza) se rencontre autour des recherches menées en anatomie à l’aide de techniques nouvelles, optiques notamment avec le microscope ; Spinoza lui-même assiste à des dissections du cerveau pratiquées sur des animaux. Les deux hommes partagent un intérêt pour ce qui touche à la connaissance de la nature, mais Steno va rapidement estimer que la conception spinoziste entraîne des conséquences nuisibles pour la foi (le statut du Christ, le statut des Écritures notamment). C’est ainsi que dans la lettre évoquée plus haut, il incite Spinoza, dans un style très apologétique, à se convertir au catholicisme, à mettre ses talents au service de la vraie religion en devenant l’Augustin des temps modernes. Le « zèle » ira plus loin : prenant acte de leur désaccord, Steno voudra se libérer de Spinoza, dont il avait pourtant été l’ami, et le dénoncera au Saint Office dans une lettre accompagnée d’une copie d’un manuscrit de l’Éthique. Dans ses Essais de théodicée Leibniz reprochera d’ailleurs à Steno une compréhension trop rigide du rapport de la science et de la foi, marquée de fidéisme. Les chapitres qui se rapportent le plus directement à Spinoza sont ceux d’Eric Jorink, « Modus politicus vivendi : Nicolaus Steno and the Dutch (Swammerdam, Spinoza and Other Friends), 1660-1664 » (p. 13-44) et de Pina Totaro « Steno in Italy : From Florence to Rome » (p. 270-287), mais on aura saisi que, sur ces questions disputées, l’ensemble de l’ouvrage offre un témoignage particulièrement significatif d’un aspect central de la crise du cartésianisme en ces années.

Henri LAUX

Retrouver ce compte rendu et l’ensemble du Bulletin de bibliographie spinoziste XLI chez notre partenaire Cairn

Pour citer cet article : Henri LAUX, « Raphaële ANDRAULT & Mogens LAERKE (ed.) : Steno and the Philosophers, Leiden, Brill, 2018 », in Bulletin de bibliographie spinoziste XLI, Archives de Philosophie, tome 82/4, octobre-décembre 2019, p. 853-890.

♦♦♦