Auteur : Louis Rouquayrol

DESCARTES, René, Correspondance avec Élisabeth et autres lettres, introduction, chronologie et index par Jean-Marie Beyssade et Michelle Beyssade, bibliographie mise à jour par Delphine Antoine-Mahut, Paris, GF Flammarion, 2018, 322 p.

DESCARTES, René, Correspondance avec Élisabeth de Bohême et Christine de Suède, édition de Jean-Robert Armogathe, Paris, Gallimard, « Folio classique », 2018, 476 p.

Autre époque que celle où l’on croyait pouvoir se dispenser de lire « trop à la lettre » certaines déclarations épistolaires de Descartes, compte tenu de « la qualité de ses correspondants » – « ici, un tout jeune homme [sc. Chanut], là, une femme [sc. Élisabeth] » (M. Gueroult, Descartes selon l’ordre des raisons, Paris, 1953, t. I, p. 29). Ces deux éditions témoignent que la situation a désormais bien changé. La première est la mise à jour d’une précédente, désormais classique (par là il faut entendre : dont la réédition était aussi souhaitable que nécessaire), qui donnait à lire la correspondance avec Élisabeth dans son contexte épistolaire, en même temps qu’elle lui rendait ses lettres de noblesse à travers une dense introduction signée par J.-M. Beyssade (BC XX, 1.1.2, p. 10-12). Ce qui est mis à jour, c’est donc exclusivement la bibliographie, dont le volume est quintuplé, signe de l’intérêt constant et fructueux accordé depuis trente ans à la correspondance de Descartes avec la princesse, et à la princesse elle-même. Quant à la seconde édition, elle répond opportunément à la première, non seulement en citant les acquis de l’introduction de J.-M. Beyssade (p. 16, p. 26), mais encore en accordant autant de soin à la correspondance avec Christine de Suède qu’à celle avec Élisabeth. Le texte est celui de l’édition des Œuvres complètes chez Gallimard (BC XLIV, 1.1, p. 182-185), enrichi d’une préface érudite, dans laquelle l’histoire des rencontres suscite le développement d’une pensée de l’union, du souverain bien, et de l’amour – qui, elle-même, se détache sur un fond admirablement restitué, entre aristotélisme, humanisme, et théories de l’amour au Grand Siècle. On y trouvera une annotation toujours instructive, une notice biographique pour les têtes couronnées, et enfin un ensemble de textes, jusqu’ici éparpillés, qui permettent d’accompagner Descartes jusqu’à sa mort, et même un peu au-delà (avec par exemple les étonnantes vitupérations de la reine Christine sur le corps encore chaud du philosophe, p. 319-325). Les deux éditions se rejoindront donc pour confirmer l’intérêt intrinsèque de ces échanges de lettres, et reconnaître de surcroît leur rôle décisif dans l’élaboration des Passions de l’âme, soit qu’il s’agisse du catalyseur de « l’émergence d’une œuvre » (J.-M. Beyssade, p. 27), soit qu’il faille y voir le « le Journal du traité » en question (J.-R. Armogathe, p. 27). Quant à la « qualité » des correspondantes, elle est dorénavant solidement établie.

Louis ROUQUAYROL (Université Panthéon-Sorbonne)

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Pour citer cet article : Louis ROUQUAYROL, « René Descartes, Correspondance avec Élisabeth et autres lettres, introduction, chronologie et index par Jean-Marie Beyssade et Michelle Beyssade, bibliographie mise à jour par Delphine Antoine-Mahut, Paris, GF Flammarion, 2018 ; Correspondance avec Élisabeth de Bohême et Christine de Suède, édition de Jean-Robert Armogathe, Paris, Gallimard, « Folio classique », 2018 », in Bulletin cartésien XLIX, Archives de Philosophie, tome 83/1, janvier-mars 2020, p. 151-222.

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