Auteur : Olivier Tinland

Robert BRANDOM, A Spirit of Trust. A Reading of Hegel’s Phenomenology, Cambridge (Mass.)-London, Belknap Press, 2019, 836 p.

En 2008, Robert Brandom, auteur de plusieurs ouvrages remarquables qui ont contribué à renouveler en profondeur la pensée contemporaine dans le sens d’un néopragmatisme analytique (Rendre explicite, L’articulation des raisons), publiait une recension « inactuelle » de la Phénoménologie de l’esprit de Hegel, dans laquelle celui-ci était considéré comme un jeune philosophe contemporain, encore inconnu mais ô combien prometteur. Le texte se concluait par l’aveu suivant : « J’aurais tellement aimé écrire ce livre. Peut-être qu’un jour, lorsque je serai suffisamment imprégné de cet Esprit à la fois inactuel et actuel, à l’instar du Pierre Ménard auteur du Quichotte de Borges, je le ferai. » On peut considérer A Spirit of Trust, imposante somme de sa lecture si déconcertante et novatrice de Hegel, comme l’accomplissement de ce désir borgésien de réécrire la Phénoménologie de l’esprit. Mais contrairement à l’entreprise de Pierre Ménard, la réécriture de Brandom conduit à un résultat totalement différent de l’original : en effet, il ne s’agit plus seulement de réécrire la Phénoménologie de l’esprit trois siècles plus tard, mais aussi de réécrire Rendre explicite vingt ans plus tard en fusionnant les deux projets, dans le sillage d’une série d’articles et d’ouvrages (citons Tales of the Mighty Dead et Reason in Philosophy) qui ont contribué à en préparer la réalisation.

Bien que s’inscrivant dans la Hegel Renaissance des trente dernières années, l’ouvrage ne s’appuie guère sur les interprétations classiques ou pragmatistes de Hegel (Dewey, par exemple, n’est jamais cité), ni sur la littérature secondaire récente (même si l’on entrevoit l’influence de Robert Pippin) mais bien davantage sur les auteurs de chevet de Brandom : Kant, Frege, Wittgenstein, Sellars, Lewis, Davidson et John McDowell (à qui l’ouvrage est dédié). L’enjeu est donc moins de proposer une nouvelle interprétation de dsicto du chef-d’œuvre de Hegel que de donner de plus vastes proportions à la lecture de re qu’il a esquissée dans ses travaux précédents, à partir de ses propres orientations philosophiques, que l’on peut décrire comme l’articulation d’une sémantique non psychologique et inférentialiste (centrée sur l’idée de négation déterminée), d’une pragmatique normative (adossée à l’idée de reconnaissance mutuelle dans l’échange de raisons) et d’une reconstruction historique des formes de vie sociale qui sous-tendent les statuts normatifs (entée sur l’idée de processus expressif de recollection). Ou pour le dire sous la forme humoristique que lui donne l’auteur : l’ouvrage s’inscrit dans le « genre particulier de l’écriture créative, métaconceptuelle, herméneutique, systématique de non-fiction ». La stratégie de lecture de Brandom consiste à isoler une « contribution philosophique centrale » du livre de Hegel, dont le thème principal serait « la nature de l’activité discursive et le type de teneur conceptuelle que manifestent les choses en vertu de leur implication dans ce genre d’activité » (p. 636).

Les gigantesques proportions de l’ouvrage, découpé en trois parties, défient toute tentative de résumé.

Dans l’introduction, Brandom expose les grandes lignes de sa stratégie sémantique et pragmatiste de lecture, centrée sur la détermination inférentielle du contenu des concepts et les conditions langagières, sociales et historiques de leur usage.

La première partie (ch. 1-7) est consacrée à la section « Conscience » de la Phénoménologie de l’esprit : c’est l’occasion de relire les trois premiers chapitres de l’ouvrage d’un point de vue post-sellarsien, en explicitant les conditions sémantiques et inférentialistes de la connaissance et de la représentation du monde objectif, à commencer par un « réalisme modal » qui implique un « réalisme conceptuel : la thèse selon laquelle la manière dont le monde est objectivement, en lui-même, est articulée conceptuellement » (54).

Dans la deuxième partie (ch. 8-12), l’analyse des chapitres iv et v permet de ressaisir les considérations sémantiques de la partie précédente sur le terrain d’une pragmatique normative centrée sur les relations de reconnaissance entre les consciences de soi, et plus précisément sur l’articulation des statuts normatifs (par quoi l’on est engagé envers quelque chose), qui renvoient à la « conscience », et des attitudes normatives (par quoi l’on se considère soi-même comme engagé envers quelque chose), qui renvoient à la « conscience de soi ». C’est notamment l’occasion d’une intrépide lecture « allégorique », aux accents wittgensteiniens, du célèbre passage sur le rapport de maîtrise et de servitude, qui sera sans surprise bien éloignée des accents heideggériano-marxistes d’un Kojève.

Pour finir, la troisième partie (ch. 13-16) est sans doute la plus novatrice par rapport aux travaux précédents de Brandom : en se confrontant à l’historicité du Geist hégélien, celui-ci prend pour fil conducteur la notion de « confiance  » (Trust) qui donne son titre à l’ouvrage. Le passage de l’éthicité immédiate à des formes modernes de « structures normatives » est considéré comme une « révolution sans précédent des institutions et de la conscience humaines » (p. 470) qui permet d’atteindre « l’époque de la confiance » (p. 726). Cette époque est caractérisée par une articulation plus satisfaisante des statuts normatifs et des attitudes normatives, moyennant une reconnaissance authentique des sujets engagés dans la détermination du contenu conceptuel de leurs pratiques d’échange de raisons. Ainsi s’annonce une troisième forme, « post-moderne », de monde normatif, dont Hegel – une fois retraduit dans l’idiome pragmato-inférentialiste – serait le « prophète » (p. 584). Pour peu que l’on mette entre parenthèses (comme c’est désormais souvent le cas) l’avant-dernier chapitre sur la religion, c’est une forme humaine, pleinement immanente, de vie sociale rationnelle, fondée sur le pardon (non des fautes, mais des erreurs) et la confiance (non dans la justice divine, mais dans le progrès autocorrecteur de la socialité humaine moderne), débarrassée des explications naturalistes de la normativité, qui se dévoile sous nos yeux. Contrevenant à l’avertissement hégélien, Brandom assume ainsi une perspective ouvertement « édifiante » (p. 636), tournée vers le dépassement futur des formes aliénantes de la vie communautaire.

Du point de vue de l’histoire de la philosophie, il y aurait évidemment beaucoup à dire sur la fidélité de Robert Brandom à la lettre du propos hégélien. Son interprétation très libre, délibérément audacieuse, pour ne pas dire provocatrice, de sections telles que le rapport de maîtrise et de servitude ou la dialectique du mal et de son pardon, requiert d’évacuer d’emblée cette question, au profit de celle de la fécondité proprement philosophique de cette reconstruction sélective et « créative » de la Phénoménologie de l’esprit. De ce point de vue, en dépit de nombreuses répétitions et d’inévitables réserves sur la conception brandomienne du Geist (dont on pourra estimer qu’elle est par trop dépouillée de l’épaisseur sociohistorique que lui donnait Hegel), on ne pourra qu’être admiratif à l’égard d’une œuvre colossale qui assume son immense partialité herméneutique pour mieux renouveler le débat sur les conditions sociales de la normativité humaine, tout en proposant un hégélianisme contemporain plausible, à défaut d’être toujours pleinement convaincant.

Olivier TINLAND (Université Paul-Valéry – Montpellier 3)

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Pour citer cet article : Robert BRANDOM, A Spirit of Trust. A Reading of Hegel’s Phenomenology, Cambridge (Mass.)-London, Belknap Press, 2019, 836 p., in Bulletin de littérature hégélienne XXXI, Archives de philosophie, tome 84/4, Octobre-Décembre 2021, p. 141-180.

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Federico SANGUINETTI & André J. ABATH (dir.), McDowell and Hegel. Perceptual Experience, Thought and Action, Cham, Springer, 2018, 273 p.

Cet ouvrage collectif constitue la publication des actes d’un colloque sur Hegel et John McDowell qui s’est tenu au Brésil en 2015, en présence de l’auteur de L’Esprit et le monde. C’est d’ailleurs lui qui ouvre le volume (à la suite d’une introduction générale des éditeurs sur les principaux enjeux de sa lecture de Hegel) par un texte important qui concerne le projet général de la Phénoménologie de l’esprit (« What is the Phenomenology about? »), et c’est lui aussi qui le conclut par des réponses (souvent très fermes) aux diverses contributions de ce volume. Le corps de l’ouvrage se structure en quatre parties : le rapport de McDowell à Kant et Hegel (II), la question de l’expérience perceptive (III), la question de la pensée conceptuelle et de l’objectivité empirique, (IV) les rapports entre nature, seconde nature, raison et action (V). Certaines contributions (S. Houlgate, R. Pippin) sont déjà des « réponses » à McDowell, qui suscitent de nouvelles réponses de sa part, témoignant de son goût prononcé pour les débats autour de sa propre interprétation, originale et discutable à bien des égards, de la pensée de Kant et de Hegel.

L’introduction du livre présente avec clarté le contexte philosophique général d’une telle interprétation, insistant sur l’importance prise par la pensée hégélienne au sein de la philosophie analytique tardive. Elle reconstitue avec précision « l’engagement croissant » de McDowell dans la lecture de Hegel, depuis les allusions encore éparses de Mind and World (pourtant présenté par son auteur comme « des prolégomènes à une lecture de la Phénoménologie de l’esprit ») jusqu’aux articles plus substantiels des années 2003-2009 (partiellement repris dans Having the World in View, 2009). S’inscrivant dans le sillage de la lecture de Hegel proposée par Robert Pippin (Hegel’s Idealism, 1989), il propose de considérer sa philosophie comme une « radicalisation de Kant », plus particulièrement de la thèse de l’unité de l’aperception : le Begriff hégélien permettrait de retrouver une « contrainte externe » garante de l’objectivité de notre expérience du monde, qui serait non plus celle (subjective) des formes de la sensibilité, mais celle (objective) des normes conceptuelles constitutives de la pratique de la pensée. L’idéalisme hégélien, dans la mesure où il permet de justifier que notre esprit ait « prise » sur le monde, deviendrait ainsi le meilleur allié du réalisme du sens commun, pour peu que sa rhétorique spéculative soit dûment « domestiquée ». Cette hypothèse de lecture permet à McDowell de proposer une interprétation originale des sections de la Phénoménologie de l’esprit sur la « conscience de soi » et la « raison » (dans un constant dialogue critique avec Robert Pippin et Stephen Houlgate). Plus largement, dans ce même volume, il esquisse une interprétation générale du sens que Hegel donne au projet d’une « science de l’expérience de la conscience », qui insiste notamment sur l’idée d’un dépassement de la vie animale comme condition d’un rapport authentiquement spirituel au monde et sur l’inadéquation d’une telle science de l’expérience, présentée dans l’introduction et les premières sections de la Phénoménologie, avec le titre définitif (et la dernière partie) de l’ouvrage. Ainsi se trouve réactualisée l’hypothèse, devenue classique à la suite des travaux de Theodor Haering, selon laquelle cet ouvrage aurait connu un changement de cap entre son élaboration initiale et son achèvement, la césure intervenant avec la section « L’esprit ».

L’ensemble du volume, qui est d’un excellent niveau, permet de mettre à l’épreuve la fécondité et les limites de l’interprétation de Hegel par McDowell. C’est aussi l’occasion d’envisager, au prisme d’une telle interprétation et de ses critiques, la manière dont la pensée hégélienne a permis à la philosophie anglo-américaine contemporaine de renouveler son approche de la perception, de l’intentionnalité et de l’action. Cela permet enfin d’envisager à nouveaux frais des questions qui hantent la réception contemporaine de la philosophie allemande moderne : le rapport de l’idéalisme et du réalisme, le lien entre le naturalisme et la « seconde nature », l’autorité des normes conceptuelles, les conditions de l’objectivité de l’expérience. McDowell nous permet d’entrevoir dans quelle mesure l’hégélianisme n’est pas forcément un mal, comme on l’a souvent cru depuis Russell, mais peut-être aussi, et avant tout, un remède : le moindre des paradoxes n’est pas de voir s’esquisser ici le portrait de Hegel en grand représentant de la « philosophie thérapeutique » post-wittgensteinienne.

Olivier TINLAND (Université Paul-Valéry-Montpellier)

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Pour citer cet article : Olivier TINLAND, « Federico SANGUINETTI & André J. ABATH (dir.), McDowell and Hegel. Perceptual Experience, Thought and Action, Cham, Springer, 2018 », Bulletin de littérature hégélienne XXIX, Archives de Philosophie, tome 82/4, Octobre-décembre 2019, p. 815-852.

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Terry PINKARD, Does History Make Sense ? Hegel on the Historical Shapes of Justice, Cambridge (MA), Harvard University Press, 2017, 272 p.

Le nouveau livre de Terry Pinkard, l’un des commentateurs les plus novateurs de la pensée hégélienne outre-Atlantique, se présente sous une forme assez surprenante. Le texte principal (170 pages), composé d’une brève introduction et de cinq chapitres, constitue une présentation délibérément très accessible, dépourvue (autant qu’il est possible) de technicité, laissant assez peu de place aux textes de Hegel lui-même. En revanche, l’appareil très fourni de notes (75 pages) propose non seulement de nombreuses citations de Hegel à l’appui du texte principal, mais aussi une mise en perspective des thèses de l’auteur par rapport aux interprétations les plus récentes dans le champ des Hegel studies. Cette distinction soigneuse des deux plans facilite grandement la lecture du texte principal, même s’il peut parfois donner l’impression d’un certain simplisme (souvent assumé) de la reconstitution du propos hégélien, a fortiori quand l’auteur expose ses thèses les plus originales et les plus sujettes à controverse (on se contentera de retenir à titre d’exemple, p. 15-19, son interprétation de l’Idée logique, en l’absence de toute référence à un sujet « absolu », comme un ensemble de concepts permettant à l’homme de se penser comme un authentique « sujet humain »). On trouve dans le premier chapitre un exposé synthétique de l’interprétation forgée par Pinkard dans ses précédents ouvrages (Hegel’s Phenomenology. The Sociality of Reason, 1994 ; Hegel’s Naturalism, 2012), puis, dans les quatre chapitres suivants, une reconstruction très personnelle des grands enjeux de la philosophie de l’histoire mondiale, dans une perspective d’actualisation du propos de Hegel.

L’interprétation générale de la conception hégélienne de la rationalité et de la liberté humaine (ch. i), en insistant sur la structure réflexive de l’esprit dans son rapport à des normes incarnées dans des pratiques sociales (qui prennent la forme de relations de reconnaissance), si elle se fait au prix de raccourcis parfois fâcheux (notamment au niveau de la philosophie de l’esprit subjectif, souvent réduite au modèle trop général de la « conscience de soi »), permet d’instaurer une continuité maximale entre la théorie de la rationalité et la philosophie de l’histoire, dans la mesure où l’histoire est précisément le lieu de déploiement de ces pratiques et le théâtre de l’évolution des normes qui régissent celles-ci. Conscient d’aborder le domaine qui a concentré le plus de critiques à l’endroit de la pensée hégélienne (ch. ii), Pinkard s’efforce de montrer que la philosophie de l’histoire, en dépit de son européocentrisme inexcusable (ch. iii), ne consiste aucunement dans la schématisation grossièrement téléologique d’un progrès rationnel défini de manière purement spéculative, mais dans la reconstruction rationnelle de l’expérience européenne de la modernité (ch. iv) : la « forme de justice » moderne identifie celle-ci à la liberté, c’est-à-dire à la reconnaissance intersubjective de l’autorité rationnelle des normes qui gouvernent les pratiques humaines. À l’encontre d’une représentation fixiste et définitive de la « fin de l’histoire », il fait valoir, dans le dernier chapitre, l’idée d’une « fin infinie de l’auto-compréhension collective » qui ménage un espace normatif ouvert à « différentes manières d’être un sujet humain » (p. 167). Rejetant les interprétations de l’idéalisme hégélien comme monisme ontologique, il insiste sur la contextualisation historique de la normativité qui définit les coordonnées de la subjectivité humaine, dans le sillage de sa lecture de la Phénoménologie de l’esprit comme récit rétrospectif des « formes de conscience » incarnant les conceptions successives de « l’absolu » dans la culture européenne (p. 50). L’ouvrage propose ainsi une lecture résolument « non métaphysique » de la philosophie hégélienne de l’histoire, aux antipodes de la « véritable théodicée » à laquelle Hegel lui-même semble l’identifier. Si le commentateur scrupuleux trouvera maintes raisons de s’offusquer des libertés prises avec le texte hégélien, le lecteur en quête d’une reformulation « sécularisée » de l’idéalisme hégélien, en phase avec les débats contemporains sur le contextualisme, le naturalisme et les théories sociales de la normativité, tirera un bénéfice incontestable d’un ouvrage aussi lisible qu’original.

Olivier TINLAND (Université Paul-Valéry Montpellier)

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Pour citer cet article : Olivier TINLAND, « Terry PINKARD, Does History Make Sense ? Hegel on the Historical Shapes of Justice, Cambridge (MA), Harvard University Press, 2017 », in Bulletin de littérature hégélienne XXVIII, Archives de Philosophie, tome 81/4, Octobre-décembre 2018, p. 821-856.

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Allegra de LAURENTIIS (ed.), Hegel and Metaphysics. On Logic and Ontology in the System (Hegel-Jarbuch, Sonderband 7), Berlin/Boston, Walter de Gruyter, 2016, 233 p.

Le présent volume, composé de treize contributions (Türken, Lau, Magee, Winfield, Buchwalter, Rinaldi, Ficara, Nuzzo, Bernasconi, Giladi, Herrmann-Sinai, Davis, Morris), constitue la reprise d’un congrès de la Hegel Society of America qui s’est tenu en 2014, sous un intitulé on ne peut plus dans l’air du temps, « Hegel Without Metaphysics? ». Le changement de titre entre le congrès et l’ouvrage (on a substitué le « and » au « without ») est dû au fait que l’ensemble des contributeurs a répondu à la question initiale par la négative : on ne saurait penser le sens et les enjeux de la pensée hégélienne sans l’inscrire dans l’histoire de la métaphysique occidentale, passée et présente. L’interrogation à l’origine de ce livre est liée, d’une part au contexte propre à la philosophie contemporaine (notamment analytique), caractérisé par un certain retour en vogue de la métaphysique durant les dernières décennies, après plus d’un demi-siècle de tentatives de « dépassement » ou de « déflation », d’autre part à la confrontation – qui structure fortement (et quelque peu artificiellement) le débat des Hegel scholars outre-Atlantique et outre-Manche – de lectures « métaphysiques » et de lectures « non-métaphysiques » (Hartmann, Pippin, Pinkard, Brandom…) de la pensée hégélienne.

Le volume se répartit grosso modo en deux catégories : d’une part, il s’agit de rendre compte de problèmes métaphysiques généraux dans le cadre systématique de la pensée hégélienne (le concept d’infini, l’unité de la logique et de la métaphysique, la question du sujet métaphysique dans la Science de la logique, la critique hégélienne de la métaphysique, l’hypothèse d’une lecture « déflationniste » de la conceptualité métaphysique de Hegel…), d’autre part il s’agit d’envisager un point particulier de cette pensée dans son rapport à l’histoire de la métaphysique (la conscience de soi, la philosophie pratique, l’héritage des catégories hégéliennes dans le marxisme, la phénoménologie existentielle et la pensée postmoderne, le holisme, le naturalisme, l’agency, le rapport entre le langage et la pensée).

Il ne saurait être question de résumer un livre caractérisé – comme c’est hélas la coutume pour la plupart des Hegel-Jahrbücher – par sa très grande disparité de propos. L’utilité de cet ouvrage consiste essentiellement à envisager un certain nombre d’enjeux importants liés au statut de la métaphysique dans la philosophie de Hegel et à replacer de tels enjeux dans le double contexte de l’histoire de la philosophie (Aristote, Leibniz, Kant, Marx, Nietzsche…) et de l’histoire plus récente des controverses sur la pertinence de lectures « non-métaphysiques » de cette philosophie.

Olivier TINLAND (Université Paul Valéry – Montpellier III)

Lire l’intégralité de ce compte rendu et l’ensemble du Bulletin de littérature hégélienne XXVII chez notre partenaire Cairn 

Pour citer cet article : Olivier TINLAND, « Allegra de LAURENTIIS (ed.), Hegel and Metaphysics. On Logic and Ontology in the System (Hegel-Jarbuch, Sonderband 7), Berlin/Boston, Walter de Gruyter, 2016 » in Bulletin de littérature hégélienne XXVII, Archives de Philosophie, tome 80/4, Octobre-décembre 2017, p. 773-802.