Auteur : Silvia Locatelli

Stefania ACHELLA, Pensare la vita. Saggio su Hegel, Bologna, Il Mulino, 2020, 320 p.

Le livre de Stefania Achella vise à présenter une relecture du travail de Hegel à l’aune du concept de vie, et, plus précisément, à l’aune du modèle de l’organisme vivant que nous offrent les sciences biologiques. Lire Hegel à la lumière de ce concept permet de considérer son système en mettant l’accent sur la vitalité du penser spéculatif.

En premier lieu, la tentative de saisir conceptuellement la vie incite à la recherche d’un modèle adéquat. En effet, la réflexion hégélienne se situe dans un contexte scientifique et philosophique qui n’est pas encore assez mûr pour penser ce phénomène de façon rigoureuse : d’un côté, les études liées à la biologie commencent à montrer l’insuffisance de la physique mécanique pour décrire le processus vital ; de l’autre, la philosophie kantienne présente la vie comme un mystère qui ne peut être connu scientifiquement au moyen du paradigme de la causalité efficiente.

Hegel, pressentant que le phénomène vital exhibe de lui-même le paradigme cognitif adéquat à sa compréhension, parvient à résoudre ce problème en fournissant « un nouveau modèle de la raison » (p. 157), le penser spéculatif, formé sur le modèle du phénomène vital que nous fournit la biologie. On parvient ainsi à la coïncidence des lois du penser et des lois de la vie, de l’organisme. Selon S. Achella, les caractéristiques qui font du modèle organique une référence adéquate pour la rationalité du penser spéculatif sont diverses : l’aptitude à la connexion concrète de l’universel et du particulier, le rapport constitutif à la finitude, la mort, la négation, considérées comme les moteurs du processus vital et de la raison spéculative ; le développement à travers un mouvement autorégulé et autodéterminé.

D’après l’autrice, l’analyse du processus vital ne représente pas pour Hegel un projet exclusivement épistémologique, mais aussi ontologique. En effet, le penser spéculatif partage avec la réalité la même structure vitale, dynamique, organiquement structurée. Autrement dit, il est fondamental de montrer le développement dialectique de la réalité, dans la mesure où « la vie n’est pas seulement un exemple du développement du penser, mais est elle-même un penser vivant » (p. 206). Ainsi, l’ontologie hégélienne se structure comme une « ontologie vivante » (p. 182), qui trouve ses dynamiques propres dans l’épistémologie du penser spéculatif.

Silvia LOCATELLI (Università degli Studi di Padova) [trad. J.-M. Buée]

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Pour citer cet article : Stefania ACHELLA, Pensare la vita. Saggio su Hegel, Bologna, Il Mulino, 2020, 320 p., in Bulletin de littérature hégélienne XXXI, Archives de philosophie, tome 84/4, Octobre-Décembre 2021, p. 141-180.

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