EnglishTome 86, cahier 3, Juillet-Septembre 2023

Manifeste de philosophie sceptique
Réflexions sur l’Enquête de David Hume

Benoît Gide, Manifeste de philosophie sceptique. Réflexions sur l’Enquête de David Hume. Avant-propos

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Sophie Bergont, Structure, cibles et enjeux de la critique humienne du raisonnement causal. La section IV de l’Enquête sur l’entendement humain

Cet article consiste en un commentaire suivi de la section 4 de l’Enquête sur l’entendement humain. Il poursuit trois finalités : expliciter la structure de l’argumentation sceptique par laquelle Hume déconstruit la rationalité de l’inférence causale, éclairer le texte par certaines mises en perspectives historiques (en confrontant notamment Hume à Locke) et mettre en évidence le geste d’approfondissement de l’empirisme qui s’y joue : la théorie sceptique du raisonnement causal ne peut être atteinte qu’en dépassant l’expérience courante et immédiate que chacun fait de son entendement.

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Richard Glauser, Hume et la question de la nature de la croyance

(1) Alors que Hume distingue plusieurs sortes de propositions, nous expliquons pourquoi il se focalise sur l’inférence causale lorsqu’il examine la nature de la croyance. (2) Après avoir considéré les réponses que Hume écarte concernant la nature de la croyance, nous étudions sa solution. (3) Nous dégageons les implications de sa position, dirigée entre autres contre la théorie cartésienne du jugement. (4) Une interprétation du rôle asymétrique de la croyance par rapport aux passions et à l’action est proposée. (5) La position de Hume au sujet de la nature de la croyance, pensons-nous, rencontre une difficulté: elle est peu apte à rendre compte de la nature de la croyance existentielle négative.

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Benoît Gide, Liberté et nécessité chez Hume. Une solution sceptique de réconciliation

En quel sens le scepticisme causal de Hume permet-il la solution qu’il revendique au problème de la liberté et de la nécessité ? D’abord, on soutient qu’une interprétation épistémologique (et non sémantique) de ce scepticisme suffit au nécessitarisme proposé. Ensuite, on soutient que, parce qu’il s’accompagne d’une explication naturaliste de l’inférence, ce scepticisme rend raison de l’imputation morale requise par la défense d’un compatibilisme. Le caractère sceptique de ce naturalisme permet de qualifier l’ensemble du propos humien de solution sceptique de réconciliation.

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Catherine Dromelet, Peut-il y avoir devoir moral sans religion ? Question au fil des deux Enquêtes de David Hume 

Dans son Enquête sur l’entendement humain, Hume démontre que la religion ne possède aucune autorité épistémique et ne devrait donc pas dicter les principes de la morale. Pourtant, il constate que la religion semble effectivement exercer une influence sur les actions humaines et possède donc une autorité morale. L’Enquête sur les principes de la morale consiste à présenter l’origine séculaire de la morale et donc le fait que la religion n’y joue aucun rôle. En même temps, Hume emploie des métaphores et analogies religieuses lorsqu’il parle de l’autorité morale des institutions sociales. Le présent article tente de déterminer la position de Hume par rapport à l’autorité morale de la religion en clarifiant sa théorie du devoir moral et en interprétant le sens de son vocabulaire religieux sur le fond de sa philosophie anti-religieuse.

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Claire Etchegaray, Que faire du scepticisme ? Une enquête humienne sur son sens et son absurdité

Dans la section XII de l’Enquête sur l’entendement humain David Hume s’interroge sur le sens et de l’absurdité du scepticisme. Il distingue différentes espèces de scepticisme dont nous examinons, pour chacune d’elles, l’intelligibilité. Celle-ci peut en effet être sémantique, pragmatique ou pratique. Un essai de jeunesse de Hume sur l’idéal chevaleresque, jusqu’ici peu exploité, nous y aide. Nous interprétons alors les deux formes de « scepticisme mitigé » en analysant leurs affections caractéristiques : la modestie intellectuelle et le goût critique. Cela nous permet de répondre à une question débattue du commentaire : le scepticisme mitigé est-il modéré ? Finalement, l’enjeu de la réflexion humienne sur le sens du scepticisme n’est pas de donner une réponse épistémologique au scepticisme mais d’en répondre, en prenant en compte l’expérience de son vertige existentiel.

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Arthur Caillé, Peut-on seulement savoir ce qu’est le corps ? Trois divergences entre Leibniz et Huygens (correspondance de 1692 à 1695)

Malgré l’intérêt de Leibniz pour la physique de Huygens, leur correspondance entre 1692 et 1695 renferme plusieurs divergences révélatrices de deux ontologies différentes des corps. Selon Leibniz, les lois de Kepler peuvent être expliquées par une circulation harmonique, alors que Huygens substitue à celle-ci une pesanteur intrinsèque des corps. De plus, pour Huygens, il y a une extension dépourvue de tout corps et pourtant matérielle, ce qui n’est pas compatible avec la métaphysique de Leibniz. Enfin Huygens explique la cohésion des corps par des atomes extrêmement durs ; Leibniz rejette de telles entités, mais complète les lois du mouvement relatif par un niveau substantiel au-delà de l’étendue.

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Raphaël Ehrsam, La métaphysique est politique. Nature, liberté et finalité chez Jules Lagneau

Pour Lagneau, la philosophie coïncide avec la métaphysique. Cette thèse, Lagneau la veut solidaire de l’idée selon laquelle le travail philosophique fondamental pourrait et devrait être indépendant de tout engagement politique. À rebours, le présent article vise à promouvoir une lecture matérialiste et critique de l’histoire de la métaphysique ; il étudie les réflexions cosmologiques, psychologiques et théologiques de Lagneau afin de faire apparaître leur solidarité avec le positionnement naturaliste, libéral-conservateur, paternaliste et anti-démocratique de la métaphysique de Lagneau.

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Bulletin leibnizien IX

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Bulletin de philosophie médiévale XXIV 

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Editorial

Centenaire cette année, Archives de philosophie est tournée, dès ses débuts, vers les philosophes des mondes allemand et anglo-saxon – à côté des philosophies antiques. Cela participait, après la Première Guerre mondiale, d’un souci de jeter des ponts entre les univers de pensées francophone, anglophone et germanophone, et de montrer que le dialogue entre philosophes issus de nations historiquement rivales ou ennemies mais habitées par les mêmes questions était possible. Ce dialogue incarnait la dimension universelle de la philosophie – que la revue reconnaissait aussi dans des pensées extra-européennes.

Aujourd’hui encore, la revue cultive ce dialogue, soit en se saisissant de questions actuelles vives, envisagées et traitées à partir de penseurs contemporains allemands ou anglo-saxons (Raison et société chez le premier Habermas ; De notre responsabilité pour la justice. Penser le politique avec Iris M. Young), soit en se consacrant à une grande figure historique de la philosophie de langue allemande ou anglaise (Utilitarisme et liberté. La pensée politique de Jeremy Bentham ; Relire Rorty ; Fichte et le langage ; Bacon et les formes de l’expérience ; L’héritage de Rawls. Cinquante ans après Théorie de la justice).

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David Hume appartient sans conteste au cercle restreint des grandes figures de philosophes dans l’histoire. Le remarquable dossier Les philosophies écossaises : naturalismes et sciences de l’homme, coordonné par Claude Gautier et publié dans le quatrième cahier de l’année 2015, le mettait clairement et brillamment en évidence. La philosophie de Hume, qui en constituait l’épicentre, s’y avérait portée par un mouvement de rupture assumée aussi bien avec le rationalisme qu’avec l’empirisme et, en même temps, d’invention de nouvelles tâches de la philosophie. Il manquait néanmoins à Archives de philo­sophie qu’un dossier fût exclusivement consacré à cet auteur. Le voici enfin.
Dirigé par Benoît Gide, Manifeste de philosophie sceptique. Réflexions sur l’Enquête de David Hume réunit cinq articles. Chaque article propose une réflexion, qui lui est propre, sur l’Enquête sur l’entendement humain de Hume, et la conduit avec finesse, compétence et pédagogie, non sans l’élargir à d’autres œuvres, le cas échéant, du corpus humien. Ils ménagent ainsi, par plusieurs voies, un accès précieux à une philosophie trop souvent considérée comme facile à aborder, alors même qu’elle exige une attention soutenue et une prudence constante envers les significations faussement évidentes qui en seraient dégagées.
Ce dossier offre en effet d’entrer, par l’Enquête sur l’entendement humain, dans une philosophie sceptique nouvelle qui voit le jour avec Hume. Est-ce pour que le lecteur se constitue un savoir dont il s’approprierait les principes, dans le but de les mettre en œuvre ? C’est plutôt pour inviter chacun à prendre conscience d’une pratique naturellement à l’œuvre en lui-même et pleinement assise sur sa nature d’homme : une pratique effective aussitôt qu’il s’engage dans une démarche de connaissance, dans la quête d’une vie morale ou la recherche et la réalisation de sa meilleure inscription sociale possible dans l’État dont il est citoyen. Or, selon David Hume, cette pratique se manifeste dans l’expérience de la vie la plus ordinaire. Sa philosophie, en se limitant à cette vie ordinaire et à l’expérience réfléchie la concernant, d’une part, en proposant à l’homme d’y examiner et d’interroger les valeurs et les croyances admises comme évidences ou les principes métaphysiques auxquels il suspend son existence, d’autre part, prend figure de manifeste de philosophie sceptique. La conséquence en est pour chacun, par une meilleure connaissance de soi et des illusions susceptibles de l’aveugler, une transformation du regard. Pour une part, l’oracle de Delphes résonne dans ce Manifeste de philosophie sceptique.
La Rédaction

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